Tchad - Polémique autour du récit français du retour militaire
© Camer.be : Nding Tchibi | 27 Feb 2026 10:25:01 | 4104Au moment où le Tchad redéfinit les contours de sa politique étrangère et sécuritaire sur de nouvelles bases souveraines, des médias français à forte influence tentent d’orienter cette dynamique en construisant des récits qui ne reposent pas sur des faits précis. Au lieu de se limiter à relayer l’information, certaines plateformes connues se sont engagées dans une démarche visant à façonner l’opinion publique autour d’une idée bien précise : Paris et N’Djamena seraient en voie de rétablir une coopération militaire, alors même qu’un tel projet n’a jamais été officiellement inscrit à l’ordre du jour des discussions entre les dirigeants des deux pays.
Cette orientation est apparue clairement dans ce qu’a publié le journal ‘’Le Monde’’ au sujet de la visite du président Mahamat Idriss Déby à Paris et de sa rencontre avec le président français Emmanuel Macron à la fin du mois de janvier dernier, où le quotidien évoquait une « dimension militaire non déclarée » parmi les nouveaux projets de coopération
.
Une formule brève, mais lourde d’implications politiques et sécuritaires, d’autant plus que des sources tchadiennes ont confirmé que la question de la coopération militaire ne figurait pas à l’ordre du jour de la rencontre.
La fabrication de l’impression : de la « reprise des relations » au « retour militaire »
Ce qui a marqué dans cette couverture ne réside pas uniquement dans l’évocation d’une dimension militaire non déclarée, mais dans la construction même du récit. La rencontre a été présentée comme une réconciliation stratégique ouvrant la voie au retour de la coopération en matière de défense, comme si ce processus était déjà acté. Or, la réalité politique indique que la décision de mettre fin aux accords de coopération militaire avec Paris en novembre 2024 n’était pas un geste circonstanciel, mais le résultat d’une évaluation souveraine d’une expérience ayant duré plusieurs années.
Dans le même contexte, ‘’RFI’’ a publié récemment un rapport qualifiant l’accession de Déby au pouvoir en 2024 de « coup d’État militaire », établissant un lien entre sa stabilité au pouvoir et le soutien français ainsi que la présence militaire antérieure. De plus, cette plateforme médiatique française de premier plan a tenté d’exagérer l’activité des rebelles, laissant entendre que le Tchad ferait face à des menaces croissantes impossibles à contenir sans l’expertise militaire française.
Selon des experts, la mise en avant de « l’efficacité » des forces françaises dans la lutte contre le terrorisme s’inscrirait dans une logique de promotion indirecte de l’idée d’un rétablissement des accords de défense résiliés à la fin novembre 2024.
Ces mêmes experts soulignent toutefois que cette approche ignore une réalité essentielle : l’une des principales raisons de la résiliation de ces accords résidait dans l’absence de résultats probants en matière de lutte contre le terrorisme. En effet, le Tchad a subi des attaques meurtrières alors même que des forces françaises et leurs moyens aériens avancés étaient présents sur son territoire. Parmi elles figure l’attaque d’octobre 2024 menée par le groupe terroriste ‘’Boko Haram’’, qui a coûté la vie à 40 soldats tchadiens, soit un mois seulement avant la fin des accords.
Dès lors, suggérer qu’un retour au dispositif antérieur constituerait la solution sécuritaire optimale contredit le bilan même de cette expérience.
Le Tchad et le choix de l’indépendance stratégique
Après le départ des forces françaises, le Tchad n’est pas entré dans un vide sécuritaire comme certains médias ont tenté de le suggérer. Il s’est au contraire orienté vers la diversification de ses partenariats stratégiques, notamment dans le domaine militaire, avec de nouveaux partenaires, parmi lesquels la Turquie, les pays de l’AES et d’autres nouveaux partenaires. Cette évolution traduit une vision fondée sur la pluralité des partenariats et le renforcement de capacités nationales indépendantes, loin de toute dépendance exclusive.
Dans ce contexte, l’insistance médiatique à réduire l’avenir de la sécurité tchadienne à un passage obligé par Paris apparaît comme une lecture réductrice des transformations en cours dans la région, où plusieurs États cherchent à se détacher d’anciens modèles de coopération qui n’ont pas permis d’atteindre la stabilité escomptée.
La pression politique par le biais des médias
Il convient également de rappeler que depuis le départ du dernier soldat français du Tchad, les relations entre les deux pays ont connu d’autres tensions, notamment l’accueil par Paris d’activités d’opposants tchadiens et l’ouverture de dossiers judiciaires et médiatiques visant la réputation du président Déby, que N’Djamena considère comme à caractère politique.
En décembre 2025, de fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux enregistrées à Paris ont également circulé, prétendant qu’une attaque militaire avait visé la résidence présidentielle — un exemple manifeste des risques que peut représenter l’espace informationnel français pour la sécurité et la stabilité du pays
Conclusion
L’expérience a démontré que les solutions importées et préfabriquées ne suffisent pas à bâtir une sécurité durable. Le Tchad, qui a mis fin à ses anciens accords militaires à l’issue d’une évaluation objective de leurs résultats, sait désormais que sa sécurité relève d’abord d’une responsabilité nationale, et que ses partenariats doivent reposer sur l’égalité et le respect mutuel.
En conséquence, selon des experts et des observateurs, répéter l’expérience de l’accueil de forces françaises sur le sol tchadien ne constituerait pas un simple ajustement de politique de défense, mais un retour à un modèle qui n’a pas atteint les objectifs escomptés. Dans le contexte actuel des transformations en cours, le Tchad ne peut se permettre de reproduire la même erreur ni de rééditer une expérience que le temps et les réalités ont dépassée
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