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CAMEROUN :: Le calvaire des 10 rapatriés de Trump détenus à la PJ de Yaoundé :: CAMEROON

Il avait rendez-vous avec son avocat pour ses formalités d'immigration. Il a été interpellé par la police américaine, jeté en prison pendant quatre mois, puis expulsé menottes aux poignets. Aujourd'hui, Johnny (nom d'emprunt) est détenu à la Police Judiciaire d'Elig Essono à Yaoundé. Il fait partie des dix Camerounais rapatriés par l'administration Trump que les autorités locales tentent de passer sous silence.

Un rapatriement express sous haute tension

L'histoire commence en septembre dernier aux États-Unis. Johnny, demandeur d'asile protégé par la loi américaine contre le refoulement, se présente à son rendez-vous d'immigration. La police l'intercepte et l'empêche de contacter son avocat. Direction la prison de La Nouvelle-Orléans, où il croupit quatre mois avant d'être embarqué dans un vol spécial à destination de Yaoundé.

À ses côtés, six autres Camerounais. Trois autres les rejoindront quelques jours plus tard. Leur point commun ? Avoir été rapatriés dans le cadre de la politique migratoire du président Trump, sans que l'opinion publique camerounaise en soit informée.

L'accueil des "héros" : brutalité et cellule collective

Descente d'avion sous haute tension. Une escouade de policiers armés jusqu'aux dents attend les expulsés sur le tarmac. Ceux qui osent résister sont copieusement bastonnés par les agents de l'immigration américaine. Message reçu : personne ne discute les ordres.
Direction la Police Judiciaire d'Elig Essono, dans le centre de Yaoundé. Là, les dix Camerounais sont entassés dans une cellule infecte. Parmi eux, une femme partage le même espace que ses compagnons d'infortune, sans aucune séparation. Les conditions de détention sont dégradantes. Pas d'eau potable. Des humiliations quotidiennes. Des moqueries de la part des forces de l'ordre.

Une double peine juridique et humaine

Pendant que des ressortissants d'autres nationalités rapatriés sont logés dans des maisons décentes, les Camerounais subissent un traitement discriminatoire. La police justifie cette détention par des "enquêtes" visant à déterminer si ces expulsés ont participé à des casses d'ambassades à l'étranger.

Le paradoxe est saisissant. Johnny, protégé par le droit américain, a été refoulé illégalement. Rentré au pays, il est traité comme un criminel sans avoir été jugé. La procédure administrative est devenue une peine de facto. Les droits de la défense, bafoués aux États-Unis, le sont tout autant au Cameroun.

Les conséquences d'un silence médiatique

À court terme, ces dix personnes vivent un enfer carcéral dans l'indifférence générale. À long terme, ce traitement pose une question fondamentale : quel sort le Cameroun réserve-t-il à ses ressortissants contraints de rentrer ?

Le silence des autorités et des médias traditionnels sur cette affaire crée un dangereux précédent. Si dix expulsés peuvent disparaître dans les geôles de la PJ sans que personne ne réagisse, demain, ce sera le sort de centaines d'autres. Le droit à un procès équitable et la protection contre les traitements inhumains sont pourtant inscrits dans la Constitution.

Combien d'autres Johnny croupissent dans l'ombre ?

Alors que Johnny a pris des risques pour témoigner, une question hante ses proches : qui sait ce que deviennent les neuf autres détenus ? Et surtout, combien de vols spéciaux ont atterri à Yaoundé sans que la lumière soit faite ?

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