CAMEROUN :: L'échec de l'alternance politique pousse une génération à l'exil :: CAMEROON
© Camer.be : Avec Jean-Pierre Bekolo | 26 Feb 2026 13:20:33 | 455Le paradoxe est cruel. L'ancien porte-parole du gouvernement camerounais, figure historique du régime, a quitté le navire. Son cas illustre une vérité que Jean-Pierre Bekolo analyse avec une lucidité tranchante dans sa récente tribune : au Cameroun, ceux qui voulaient changer le pays finissent soit absorbés, soit partis. L'exemple d'Issa Tchiroma Bakary, passé du ministère à l'exil, cristallise le désenchantement d'une nation.
Le verdict des urnes de 2025 a achevé le processus
L'élection présidentielle de 2018 avait déjà laissé un goût amer. Celle de 2025 a définitivement convaincu les plus lucides : le changement par les urnes est impossible. On vote, on attend, on conteste, on réprime. Puis vient l'ordre de circuler. Cette mécanique bien huilée produit un effet dévastateur : elle transforme la citoyenneté en spectacle dangereux dont il faut s'éloigner.
Face à ce constat, une équation existentielle se pose. Soit vous changez le pays, soit le pays vous change par ses compromissions, soit vous changez de pays. La majorité des Camerounais refuse la destruction. Ils ne veulent ni guerre civile, ni coup d'État. Mais l'alternance politique étant devenue impossible, l'alternance géographique s'impose comme seule issue.
La génération des passeports plutôt que des programmes
Le basculement est profond. Aujourd'hui, les jeunes Camerounais préparent des tests de langue plutôt que des projets politiques. Ils constituent des dossiers d'immigration avec la même rigueur que leurs aînés apprenaient le droit constitutionnel. Les procédures consulaires ont remplacé les débats d'idées. L'exil est devenu l'horizon mental d'une génération.
Ce phénomène dépasse la simple émigration. Il s'agit d'un véritable exode des compétences. Le Cameroun exporte ses enseignants et ses infirmiers vers le Canada, condamnant sa population à une éducation et des soins dégradés. Il envoie ses jeunes se faire tuer sur les fronts russe et ukrainien. Il enterre ses enfants au fond de la Méditerranée. Tout cela parce que le système refuse obstinément le changement.
La démocratie confisquée gangrène le lien social
Lorsque le vote ne produit plus l'alternance, la vie quotidienne se transforme. On intériorise l'impuissance. On cesse de parler de projet collectif. On verse dans la débrouillardise individuelle. On quitte la citoyenneté pour entrer dans des réseaux qui permettent de contourner les lois. La démocratie n'est pas qu'un mécanisme de vote : c'est un régime de confiance. Quand le peuple cesse de croire que sa voix compte, le vivre ensemble s'effondre.
Ce qui se joue aujourd'hui est une érosion lente, silencieuse, continue. Toute une génération ne rêve plus de transformer le Cameroun, mais de le quitter. Ce choix migratoire constitue un véritable vote-sanction, un référendum silencieux contre l'immobilisme politique.
Le Cameroun paiera longtemps le prix de ce départ massif
À court terme, l'hémorragie des compétences fragilise déjà les services publics. À long terme, c'est le tissu social lui-même qui se déchire. Chaque départ est une perte sèche pour la nation. Chaque exilé emporte avec lui son potentiel de transformation. Le Cameroun se vide de sa sève pendant que le pouvoir s'accroche.
Comment inverser cette tendance quand l'horizon politique reste obstinément bouché ? Le pays peut-il survivre au départ de ceux qui devaient le construire ?
CHANGER LE PAYS OU CHANGER DE PAYS
par Jean-Pierre Bekolo
L’élection présidentielle, c’était pour changer le pays… sans violence, sans guerre, sans effusion de sang, changer tout ce qu’on n’aime pas. L’élection de 2018 avait déjà laissé un goût amer. Celle de 2025 a achevé de convaincre les plus lucides : le changement par les urnes au Cameroun est impossible. On vote, on attend, on conteste, on réprime, puis c’est « circulez, il n’y a rien à voir ».
Issa Tchiroma Bakary pensait changer le pays. Finalement, c’est lui qui a changé de pays. C’est peut-être cela, aujourd’hui, la véritable équation camerounaise : soit vous changez le pays, soit le pays vous change, soit vous changez de pays.
Les plus jeunes observent. Ils comprennent vite la leçon : mieux vaut partir avant d’être changé à son tour. Ceux qui ont voulu transformer le Cameroun ont souvent été absorbés par ses « réalités » pour ne pas dire ses compromissions. Le système use, façonne, avale et refuse de changer. Ainsi, l’exil est devenu l’horizon mental d’une génération.
Car l’alternance est une transformation qui ne se limite pas aux institutions. Elle descend dans la rue. Elle s’infiltre dans les conversations. Elle modèle les comportements. Lorsque l’alternance politique n’est plus envisageable, l’alternance géographique devient la seule option. On ne change plus le pays. On change de pays.
Pour changer de pays, ils passent des tests de langue plutôt que de débattre de programmes. Ils préparent des dossiers d’immigration plutôt que des projets politiques. Ils apprennent les procédures consulaires pour obtenir des visas avec la même rigueur que d’autres apprenaient autrefois le droit constitutionnel. Ainsi, le Cameroun est en train de devenir une grande puissance d’exportation humaine. Il exporte ses enseignants et ses infirmiers vers le Canada, condamnant le pays à être moins bien éduqué et moins bien soigné. Il exporte ses jeunes comme soldats, à la fois en Russie et en Ukraine et s’entretuent. Il exporte tragiquement certains de ses enfants vers les profondeurs de la Méditerranée.
Tout cela pour une raison simple : au Cameroun, on ne change pas le pays, on change de pays… si on ne veut pas que le pays nous change par sa corruption et sa misère.
Car lorsque le vote ne permet plus le changement, deux options théoriques restent : la destruction ou le départ. La majorité des Camerounais ne veut ni guerre civile, ni coup d’État, ni chaos. Ils ne veulent pas détruire leur pays. Ils veulent le changement, et ils l’ont prouvé avec la victoire de leur candidat lors de la dernière élection.
Dans un pays où l’élection ne produit plus l’alternance, la vie quotidienne se transforme. On intériorise l’impuissance. La politique devient un spectacle dangereux dont il faut se tenir le plus loin possible. On cesse de parler de projet collectif ; on évolue seul, on ne dit plus ce qu’on pense et on ne pense plus ce qu’on dit. On verse dans débrouillardise et on quitte la citoyenneté. On cherche à entrer dans des réseaux qui permettent de violer les règles et contourner les lois.
Parce que la démocratie n’est pas seulement un mécanisme de vote mais un régime de confiance, le peuple cesse de croire que sa voix peut changer le pays et là, ce n’est pas seulement la politique c’est le lien social lui-même, le vivre ensemble qui s’affaiblit.
Ce qui se joue aujourd’hui est une érosion lente. Silencieuse. Continue. Toute une génération ne rêve plus de transformer le Cameroun, mais plutôt de le quitter.
Ainsi à force de répéter des élections sans alternance, on fabrique une génération qui ne croit plus au changement. Et puisque l’alternance politique n’est donc plus envisageable au Cameroun, l’alternance géographique devient la seule option. On ne change plus le pays, on change de pays.
Et ce choix migratoire est une véritable crise, un vote-sanction, un référendum silencieux contre non pas seulement le régime en place mais contre tous les Camerounais qui en paieront le prix.
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