Deux Cameroun : celui des projecteurs et celui des torches
© Correspondance de : PDC | 06 Nov 2025 01:03:05 | 2599Les Camerounais n’ont plus besoin qu’on leur raconte des accords diplomatiques qu’ils ne liront jamais. Ils veulent de l’eau, du travail et de la dignité. Pendant qu’une élite roule dans des véhicules à 70 millions, une mère à Yaoundé allume sa lampe-torche pour raconter une histoire à ses enfants affamés. C’est cela, la réalité.
Des constats qu’on ne peut plus balayer
Les propos récents autour de la scène politique reposent en partie sur des éléments factuels.
Il est parfaitement normal que les grandes puissances cherchent à tirer avantage des petits États, sans se soucier des externalités négatives de leurs actes. Toutes, sans exception, se comportent en prédatrices lorsqu’elles ont en face un acteur plus faible. Il suffit d’observer la manière dont les États-Unis traitent parfois leurs propres alliés.
Dès lors, rien d’étonnant à ce qu’Issa Tchiroma bénéficie ou bénéficierait de soutiens étrangers, tout comme le président Biya avant lui. Mais le véritable problème, à mon sens, ne réside pas dans le non-renouvellement d’accords que presque aucun citoyen ne connaît. Qui peut honnêtement affirmer les avoir lus ? Qui mettrait sa main au feu pour en expliquer le contenu ?
Pendant ce temps, le peuple survit
La population camerounaise vit une autre réalité :
Les enfants ne mangent pas à leur faim, l’eau potable manque, les hôpitaux sont plongés dans e noir, et des familles entières parents, enfants, petits-enfants partagent le même toit faute d’emploi.
Créer une entreprise relève du parcours du combattant : les banques n’assument pas leur rôle de soutien à l’économie réelle, et l’État ne régule plus. Et face à cela, une élite déconnectée parade dans des voitures à 50 ou 70 millions, dédouanées à prix d’ami, voyage à Dubaï ou Paris, et affiche un luxe insolent, mêlant arrogance et mépris.
Deux Cameroun : celui des projecteurs et celui des torches
Pendant que certains défilent à Dubaï, une mère à Yaoundé éteint sa lampe-torche pour économiser la batterie et raconte une histoire à ses enfants affamés dans le noir. Dans certains hôpitaux, on pratique la chirurgie à la lampe torche ou à la lumière du téléphone, priant pour que la batterie tienne. Une Mercedes à 70 millions passe devant un centre de santé sans électricité. Le même jour, un enfant meurt d’une infection qu’un simple antibiotique aurait guérie.
Voilà les faits tangibles que la population voit, comprend et vit. C’est sur eux que repose son désir de changement, pas sur des discours technocratiques. Tant que cette réalité ne sera pas comprise, M. Biya ou son camp auront beau multiplier les manœuvres diplomatiques : les Camerounais n’en auront cure.
Un système à bout de souffle
La balance commerciale déficitaire, la dette publique en augmentation, la corruption endémique, et la captation des richesses sont les symptômes d’un modèle épuisé.
Alors la question s’impose :
Qui sont donc les conseillers du président Biya ? Sont-ils à ce point déconnectés de la réalité du pays ? Ou simplement incompétents ? À moins que leur véritable objectif soit de gagner du temps, de continuer à engranger des dividendes et de préparer leur “après-Biya” à l’abri, avec des comptes en milliards ?
Ça ne va pas, et la population le dit. Son cri repose sur des faits des faits têtus.
Le cri d’en bas
Monsieur le Président, Messieurs ses conseillers, avez-vous déjà attendu l’eau au robinet à six heures du matin ? Avez-vous déjà partagé une assiette de riz à quatre ? Si non, alors écoutez ceux qui le font tous les jours. On ne mange pas les accords, on mange du riz. Luxe en haut, larmes en bas : ça suffit.
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