Afrique - INTERVIEW DE JÉHU NDOUMI – FONDATEUR ET CEO DU GROUPE YUNUS
© AFRIKSURSEINE : Dalila Pasquet | 21 Apr 2025 21:50:47 | 7801« Financer les rêves africains, ce n’est pas une utopie, c’est une ingénierie »
Monsieur Ndoumi, vous êtes à la tête du Groupe Yunus, qui se positionne comme un architecte financier de projets sur le continent africain. Pouvez-vous nous présenter votre groupe en quelques mots ?
Le Groupe Yunus est une plateforme financière globale, basée au Luxembourg et en Belgique, avec une forte présence en Afrique, notamment au Cameroun, au Mali, au Cap Vert, et à Madagascar. Nous sommes spécialisés dans le financement structuré, la fintech, l’ingénierie financière et l’investissement en capital pour projets d’infrastructure, d’énergie, d’agro-industrie et d’immobilier. Nous agissons comme bailleur de fonds enregistré auprès des Nations Unies (UN OIM) et travaillons en réseau avec des partenaires internationaux de premier plan.
Vous avez mis en place un mécanisme de financement structuré innovant. En quoi est-il différent du financement bancaire classique ?
Notre innovation repose sur un montage structuré à recours limité, adossé à un instrument bancaire de premier ordre (SBLC ou MTN). Nous créons une SPV dédiée au projet, que nous co-détenons avec le promoteur. L’instrument bancaire sert de collatéral pour obtenir un financement auprès d’une banque tierce, sans mise en risque directe du promoteur. C’est un modèle plus souple, plus sécurisé, et plus rapide que le crédit bancaire traditionnel souvent inaccessible aux porteurs de projets africains.
Pourquoi ce modèle est-il particulièrement pertinent pour les projets africains ?
L’Afrique a une immense réserve de projets rentables mais sous-financés. Les banques locales, souvent frileuses, demandent des garanties irréalistes. Notre modèle contourne ce blocage en mobilisant la finance privée internationale, tout en responsabilisant le promoteur local via une participation au capital de la SPV. C’est une coproduction financière qui valorise les ressources locales et sécurise les investisseurs internationaux.
Et pour les banques africaines ? Quel intérêt ont-elles à soutenir ce modèle ?
Les banques africaines ont ici une opportunité unique de devenir acteurs et non simples spectateurs du développement. En collaborant avec Yunus, elles peuvent jouer un rôle dans la monétisation des instruments ou la gestion des comptes de projets, voire cofinancer certains volets en monnaie locale. Cela renforce leur portefeuille de projets bancables et améliore leur visibilité dans des secteurs stratégiques.
Quel rôle peuvent jouer les PME africaines dans ce mécanisme ?
Nous avons une vision très inclusive. Les PME peuvent intervenir comme sous-traitants dans les projets SPV, mais aussi devenir porteuses de projet elles-mêmes. Nous développons des financements structurés allégés pour PME avec des tickets à partir de 1 à 5 M€. Et via notre plateforme fintech YunusPay, nous proposons aux MPME des solutions de micro-crédit, micro-assurance et e-paiement, pour qu’elles accèdent à des services financiers adaptés.
Quelles sont vos perspectives à moyen terme pour le développement de ce modèle ?
Nous visons la création de 100 SPV thématiques sur 10 ans, dans les domaines prioritaires que sont l’énergie, l’agro-industrie, le logement et la connectivité. Notre vision est de créer une dynamique de souveraineté financière africaine, à travers des montages solides, duplicables, et compatibles avec les standards internationaux de compliance et de rendement.
Mais comment réussir ce modèle face à un système bancaire africain encore peu adapté aux montages complexes ?
Justement, nous ne demandons pas au système bancaire local de tout porter. Nous l’intégrons progressivement dans une architecture de financement sécurisée, normée, pilotée par des structures expérimentées. Le secret, c’est de bâtir une chaîne de confiance : un promoteur engagé, un SPV bien gouverné, une garantie bancaire crédible, et une banque prêteuse fiable. Nous accompagnons chaque étape, depuis le montage juridique jusqu’au remboursement structuré.
Enfin, quel est votre message aux jeunes entrepreneurs africains et aux décideurs publics ?
Mon message est clair : « le vrai capital de l’Afrique, c’est sa capacité à structurer ses rêves. » Les jeunes, les PME, les collectivités ont des projets. Ce qu’il leur manque, ce n’est pas l’idée, mais l’ingénierie pour la rendre finançable. C’est ce que nous faisons chez Yunus. Nous bâtissons des ponts entre les idées africaines et les capitaux mondiaux. Et nous le faisons avec rigueur, éthique et une foi profonde dans le potentiel africain.
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