FRANCE :: Le journalisme d’aujourd’hui : De l’objectivité à l’engagement
© AFRIKSURSEINE : Calvin DJOUARI | 30 Dec 2024 09:38:05 | 2657« Le caractère de vos publications dans le forum me laissait un peu indifférent quant à vos titres subjectifs. Prière de bien formuler vos titres de manière objective même si les contenus sont subjectifs. Car des prof en journalisme se plaignent de la sensibilité. » C’est en ce terme que le Docteur Stelane Daniel m’a interpellé la semaine dernière. Je fus vraiment décontenancé, car les titres subjectifs ne devraient pas être perçus comme un problème, mais plutôt comme un outil journalistique puissant pour attirer l’attention et susciter la réflexion.
Dans un monde saturé d’informations, un titre subjectif peut faire la différence entre un article lu et un article ignoré. Bien sûr, l’objectivité a sa place dans le corps du texte, mais exiger que les titres soient purement objectifs pourrait nuire à leur capacité à interpeller un public souvent submergé par des données neutres et fades. L’essentiel est de trouver un équilibre, sans sacrifier l’impact au nom d’une rigueur excessive. Après tout, le journalisme consiste aussi à émouvoir et à engager, et les titres ne font pas exception.
Pour saisir pleinement le sens de cette critique, j’ai pris le soin de dialoguer avec plusieurs confrères, issus des deux continents, africain et européen. Le constat est unanime : il est désormais impossible de pratiquer le journalisme comme on le faisait jadis, car le monde a profondément changé. L’un d’eux, fort d’une longue expérience dans le métier, m’a particulièrement éclairé sur ce point. Il soulignait avec justesse l’importance croissante de l’image et de la vidéo dans le journalisme contemporain. Autrefois reléguées au rôle d’illustrations secondaires, elles occupent aujourd’hui une place primordiale, surpassant parfois même le contenu écrit en termes d’impact et de pertinence.
Cette révolution visuelle reflète à elle seule l’évolution des attentes et des usages dans notre société moderne. Ce que l’on oublie souvent aujourd’hui, c’est que les bouleversements technologiques, en constante évolution, imposent aux journalistes une adaptation permanente. Leurs pratiques et méthodes de travail doivent évoluer pour répondre aux nouvelles exigences, qu’il s’agisse des techniques de recherche ou de leur façon de traiter l’information. Vivre avec son temps est désormais une obligation.
Depuis l’avènement de la démocratie dans les années 90, la presse écrite a amorcé une métamorphose rapide, passant d’une pensée unique à une pensée complexe, comme le soulignaient Morel et Salvator. Cependant, il ne s’agit pas simplement d’adopter aveuglément le numérique et d’abandonner l’art du métier. Il s’agit plutôt de réconcilier innovation et créativité, en faisant du journaliste un véritable producteur d’idées. Si la radio a su transformer ses pratiques, pourquoi la presse écrite ne le ferait-elle pas également ? Chaque article, chaque chronique, doit être enrichi d’images percutantes, de titres captivants et de légendes éloquentes.
Ce besoin de renouvellement est d’autant plus pressant à l’heure où les journalistes radio se tournent vers la télévision et investissent même la presse écrite. Le journaliste d’aujourd’hui, comme un joueur sur le terrain, doit déployer son imagination et s’affranchir des systèmes rigides enseignés à l’école, qui ne peuvent constituer qu’un socle de départ. L’art journalistique réside dans l’innovation, et comme tout art, il transcende les conventions et refuse le conformisme. Les médias connaissent aujourd’hui une métamorphose viscérale. Autrefois, la presse écrite se contentait de rapporter les faits d’actualité avec un simple « Voilà ce qu’il s’est passé ». Mais cette approche est désormais obsolète face à la concurrence du numérique.
La presse écrite s’attèle donc à des enquêtes de fond, des analyses approfondies et des reportages éclairants. Elle n’a plus vocation à informer sur l’instantané, mais à sélectionner, décrypter et révéler. Ainsi, l’enquête, le reportage et le commentaire à chaud sont devenus ses nouveaux piliers. Dans ce contexte, le téléphone portable, capable de capturer des sons et des images en temps réel, surpasse même la plume, reléguée au second plan. En Afrique, où le lectorat est moins fervent, les citoyens réclament davantage d’images pour s’informer. Cela témoigne de l’évolution des attentes du public et de l’importance de s’adapter.
Dans le domaine de l’écriture, ce sont souvent des écrivains ou des enseignants, et non des journalistes de métier, qui produisent les meilleurs textes journalistiques. L’heure est venue pour les journalistes camerounais de moderniser leurs méthodes de travail, notamment par une plus grande présence sur le terrain, tout en préservant leur indépendance, cette valeur essentielle qui a résisté au temps. Le défi majeur aujourd’hui est de regagner la confiance d’un public méfiant et de redonner le goût d’une information fiable et vérifiée. Avec l’avènement des médias numériques, les abonnements et le sensationnel dictent parfois les choix éditoriaux.
Cependant, il est primordial de privilégier la qualité de l’information sur les artifices des titres ou des images. Le véritable enjeu est de se démarquer en produisant un journalisme engagé et innovant. Comme l’ont prouvé des figures telles que Dany Laferrière, qui a su marier avec brio journalisme et littérature, la créativité peut devenir un atout de taille. En somme, à l’ère de la mondialisation, les journalistes doivent danser avec leur époque et avec un public toujours plus exigeant, sur un terrain numérique qui redéfinit sans cesse les règles du jeu. Le monde, désormais un village planétaire, appelle à une presse écrite qui ne se contente plus de constater, mais qui questionne, éclaire et transcende.
Les journalistes d’aujourd’hui doivent sortir des cadres rigides des schémas traditionnels appris dans les écoles. Le monde évolue à une vitesse vertigineuse, transformé par les avancées technologiques, les bouleversements sociaux et les nouveaux modes de communication. S’accrocher aux méthodes d’antan, c’est risquer de devenir obsolète dans un paysage médiatique en perpétuel mouvement. Il est temps d’embrasser l’innovation, de réinventer les pratiques, de réévaluer les formats et d’explorer des narrations plus audacieuses, capables de capturer la complexité de notre époque. Évoluer n’est plus une option, c’est une nécessité.
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