CAMEROUN :: Bamenda clean : Peur sur la ville :: CAMEROON
© Mutations : Blaise Djouokep | 21 Sep 2020 10:28:00 | 2870L’affrontement entre l’armée et les séparatistes crée la psychose conduisant les populations à rester cloitrées dans leurs domiciles depuis plus d’une semaine. Elles commencent à manquer de nourriture, du fait de la fermeture des marchés, banques, et de la rareté des moyens de locomotion.
Depuis une semaine, Usmane n’a presque pas quitté son domicile. Ses journées, il les passe cloîtré dans sa maison avec son épouse et ses enfants. Dans le meilleur des cas, il sort ; discute avec quelques voisins, prend de l’air hors de sa maison, mais, ne s’aventure jamais à aller loin de celle-ci. Ses journées, devenues longues, ennuyeuses et pénibles sont interminables. «Nous n’avons plus de vie à Bamenda. Depuis une semaine, la situation déjà très difficile s’est dégradée. Entre les forces de défense et de sécurité (Fds) qui lancent l’opération de traque des sécessionnistes et ces derniers qui lancent le mot d’ordre de «ville morte », ce sont les populations qui trinquent. Nous sommes des morts-vivants à Bamenda. Nous sommes plus sûrs de mourir à tout moment, que de voir le prochain lever ou coucher du soleil», s’offusque ce riverain.
La situation est apocalyptique dans tous les quartiers de Bamenda. Et la capitale régionale du Nord-Ouest ressemble à une ville fantôme. Les rues de Bamenda sont désertes. Aucun taxi ou même véhicule personnel ne circule. Les banques, établissements de microfinance, services publics sont fermés. Tout ou fermé. Les marchés et espaces marchands n’ont pas ouvert depuis plus d’une semaine. Et se retrouver dans les rues est un risque. La peur règne, faisant planer un sentiment d’insécurité et même de mort.
« Là où il y a la vie, il y a les mouvements des hommes et des femmes. Cette absence de vie, ces rues désertes, tout cela fait planer un sentiment de mort, de non vie. Et se retrouver à 100m de chez soi vous donne la chair de poule, parce que le pire peut survenir à tout moment », argue Kiven, un habitant de Bamenda joint au téléphone.
La «ville morte» illimitée a été imposée par les sécessionnistes, en réponse à la décision des autorités municipales et administratives de la ville de Bamenda d’interdire la circulation des motos, principalement utilisées par les ambazoniens pour faire régner la terreur. Et les conséquences sur les populations sont déjà terribles. Les habitants de Bamenda sont de plus en plus menacés par la faim. « On ne peut pas acheter de quoi manger parce que les marchés sont fermés. On ne peut même pas avoir de l’argent pour en acheter parce que les banques et Etablissements de microfinances sont fermés. Et je n’ai presque plus rien à manger à la maison. On ne sait quoi faire. La ration alimentaire a diminué considérablement », informe un habitant de Bamenda. En outre, en raison de l’interdiction des véhicules de circuler imposée par les sécessionnistes, les agriculteurs ne peuvent pas transporter les récoltes des champs et autres lieux de culture pour les lieux de commerces.
Faim
Egalement impossible pour les commerçants de Bamenda et des autres villes qui se ravitaillaient dans les bassins agricoles de cette ville de s’approvisionner en denrées alimentaire. Et pour ne pas mourir de faim, les populations ont à la fois revues à la baisse la quantité et la qualité de leur repas et se soutiennent mutuellement. « On mange maintenant, une, ou deux fois tout au plus par jour. Et même la quantité du repas qu’on servait à chacun a diminué. La qualité en a également pris un coup, parce qu’il faut économiser au maximum les réserves en nourritures qu’il nous reste, puisque nous ne savons pas quand nous aurons encore l’autorisation de nous déplacer, de sortir de nos maisons», explique Cyndy. Les populations disent ne pas savoir où mettre la tête si les «villes mortes» persistent.
Le transport interurbain dans cette ville a également pris un coup. D’après certaines sources, la ligne Bamenda - Bafoussam qui coûtait habituellement 2000Fcfa a plus que doublé. Les transporteurs qui ont encore le courage de s’aventurer sur cet axe exigent 5000Fcfa par passager pour rallier notamment la ville de Bafoussam. Sur le plan sécuritaire, l’Opération Bamenda clean lancée par le haut commandement militaire pour mettre un terme à la grande insécurité dans cette ville continue. Les populations disent entendre régulièrement des coups de feu. Mais, d’après certains, les forces de défense et de sécurité procèdent par des opérations de rafle en bouclant certains quartiers, afin de débusquer les sécessionnistes. Toute fois, impossible de dire si des interpellations ont été effectuées, ou si des sécessionnistes ont été neutralisés.
L’«opération spéciale de sécurisation de la ville de Bamenda baptisée ‘‘Bamenda clean’’ » a été lancée le 08 septembre dernier. Le communiqué informant les populations du lancement de cette opération a été signé du général de brigade Ekongwese Divine, commandant la 5e région de gendarmerie, du général de brigade, Valère Nka commandant la 5e région militaire interarmées, et du commissaire divisionnaire Emile Gousmo, délégué régional de la Sureté nationale pour le Nord-Ouest.
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