Cameroun - L’étrange Macron
© Mutations : Georges Alain Boyomo | 25 Feb 2020 02:15:00 | 2599On a cru entendre Valery Giscard d’Estaing parler de Jean-Bedel Bokassa au plus fort de leur brouille dans les années 70 ou alors Nicolas Sarkozy s’exprimer sur l’affaire des Français de l’Arche de Zoé, retenus au Tchad en 2007. Tellement le paternalisme le dispute à l’arrogance et la condescendance dans l’entretien surréaliste entre le président français Emmanuel Macron et le leader de la Brigade anti-sardinards (Bas), samedi au Salon de l’agriculture, à Paris.
Enjambant la courtoisie diplomatique, dans une cynique décontraction, le locataire de l’Elysée se pose en « donneur d’ordres » au président de la République du Cameroun sur des dossiers d’Etat, suite à l’interpellation d’un « résistant » dont la seule évocation des (mé)faits d’armes irrite Yaoundé. L’échange entre Macron et son interlocuteur n’a rien à envier à un scénario hollywoodien. Bien léché, le « jeu de rôles » des deux principaux acteurs illusionne, mais questionne davantage. Interpellé sur la tuerie de Ngarbuh, Emmanuel Macron se paie même le luxe d’une digression assassine, en embrayant sur la libération de Maurice Kamto, fruit de sa « pression », et en faisant noter les noms d’autres « prisonniers politiques », comme pour rappeler à son auditoire que son homologue (subordonné ?) lui obéit au doigt et à l’oeil.
Lorsqu’on est citoyen d’un pays, voir le chef d’un Etat, quelle que soit sa puissance alléguée, essuyer crânement ses crampons sur son chef d’Etat a quelque de chose de gênant, voire d’affligeant. En fonction du bord politique, la scène de samedi a plu ou déplu, mais il reste que la trame du scénario portait sur le Cameroun, notre dénominateur commun. Dans un accès de lucidité, Emmanuel Macron a d’ailleurs indiqué que « ce n’est pas la France qui va faire la démocratie au Cameroun à la place des Camerounais ».
Une manière de renvoyer dos à dos les gladiateurs engagés dans une interminable foire d’empoignes depuis l’élection présidentielle de 2018. Comment Paul Biya a-t-il accueilli le coup de massue de Macron ? Lui qui croyait avoir réchauffé sa relation avec l’Elysée au lendemain du sommet de Lyon. On doit à la vérité de dire qu’en politique comme dans d’autres domaines, lorsqu’on se fait miel, on s’expose à l'appétit des abeilles. « Le président Macron m’a demandé comment s’est déroulé le grand débat [grand dialogue national, ndlr]. Je lui ai fait un compte-rendu ». Par cette seule déclaration, le chef de l’Etat camerounais s’était déjà placé dans une position d’infériorité et d’inconfort vis-à-vis de son pair français. Cette gaffe que des souverainistes avaient balayé, à l’époque, du revers de la main, ne justifie pas la bavure de Macron, mais peut en constituer une clé d’explication.
Sous François Mitterand, Paul Biya avait déjà déclaré sur le perron de l’Elysée, au terme d’une audience avec le maître des céans : « Je ne crois pas démentir la pensée du président [français] qui pense que je suis le meilleur élève » de la France en matière de démocratie. De Mitterand à Macron, le logiciel du pouvoir de Yaoundé n’a pas vraiment changé. La réalité du rapport de forces aussi. Seul hic, l’actuel président français semble moins rodé aux usages diplomatiques.
Cela pourrait bien lui coûter, face au sphinx camerounais qui en a vu d’autres et qui sait faire le mort pour mieux cracher son venin au moment fatidique. Autrement dit, conscient des intérêts de la France au Cameroun, le phoenix Biya, dont l’extraordinaire capacité à renaître de ses cendres est connue, n’a certainement pas dit son dernier mot.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Monde Entier - Extrême droite : le tsunami qui change l'Europe
Cameroun - Qui est vraiment Junior Biya ?
Cameroun - TCS vidé : complicité interne présumée dans un casse spectaculaire
Cameroun - Décès de Dorothée Temou Eboa à Dakar : le drame
Cameroun - OMP : « Une loi pour l'opposition, une pour le RDPC ? »
il y a un mois
Cameroun - Effoudou : « La DGRE est venue me tuer en France »
Cameroun - Faux capitaine arrêté à Maroua : le butin militaire
Cameroun - Conflit Baboke-Ngoh Ngoh : la guerre cachée d'Etoudi
Cameroun - DGRE : Sani Mouhamadou aurait-il menti sur ses diplômes ?
Cameroun - Thomas Nkono : « Vive les Lionnes ! » après l'exploit
il y a un an