Décès de Bertrand Zephirin Teyou, l’homme qui « déshabilla » la Première dame du Cameroun
© Camer.be : Hugues SEUMO | 23 Jan 2020 10:28:00 | 15134Écrivain et activiste politique en France depuis 2011 où il a jouit du statut de réfugié politique, il est arrêté et jeté en prison en novembre 2010 pour avoir écrit un livre intitulé « la Belle de la République bananière: Chantal Biya de la rue à la Présidence », l’ouvrage fut retiré des librairies et confisqué par la Police.
Grâce au soutien d’Amnesty International, il va recouvrer la liberté. Son exil le conduit d’abord au Mexique avant de se retrouver en Suisse, puis en France.
Le 12 février 2019, après 45 mois de lutte inlassable derrière les barreaux, la Justice française annule les mesures prises contre sa personne par l’Etat français. Une décision qui, sur le principe, le réhabilite dans tous ses droits, rejoignant l’expertise légale qui, lors de son procès de Besançon, préconisa formellement sa libération en déclarant son acte de revendication précurseur du mouvement des gilets jaunes. Bien que saluant cette victoire judiciaire rarissime, l’homme confesse avoir renoncé à reprendre sa carte de résident et à bénéficier des 150 euros par jour de dédommagement proposés en accompagnement juridique. Car sortant du cœur même de la « férocité blanche » qui décime l’Afrique.
Qui était Bertrand Teyou ?
Zéphirin Bertrand Teyou naquit le 17 mars 1969 à Douala au Cameroun. Celui qui était connu comme un écrivain militant des droits de l'Homme et le développement économique et social du Cameroun est mort le 22 janvier 2020 aux environs de 14h à l'hôpital de la garnison militaire de Douala au Cameroun, des suites d'une courte maladie.
Son activisme
Le 3 novembre 2010, Teyou a été arrêté dans un hôtel de Douala où il avait organisé une séance de dédicaces; des exemplaires de son livre saisis et détruits.
Le 10 novembre, il est jugé au Tribunal de première instance de Douala et reconnu coupable d '"insulte à la moralité" et d'organisation d'une "manifestation illégale". Il est condamné à deux ans d'emprisonnement ou à une amende de 2 030 150 francs CFA. Parce qu'il ne pouvait pas payer l'amende, il a commencé à purger sa peine dans la prison de New Bell à Douala.
Grève de la faim, emprisonnement et libération
En février 2011, Teyou a entamé une grève de la faim pour protester contre les conditions à New Bell.
Le 8 mars 2011, Bertrand Teyou avait été hospitalisé à cause de son état inquiétant suite à une mauvaise alimentation à la prison centrale de New Bell/ Douala
Le 2 mai 2011, Bertrand Teyou avait été libéré lorsque la section londonienne du PEN international avait accepté de payer son amende sur son fonds d'urgence afin qu'il puisse immédiatement demander un traitement médical idoine ailleurs qu'au Cameroun.
Incendie criminel à Besançon
Après son séjour Mexicain, Suisse et Français, le 26 juin 2015, une partie de la mairie de Besançon a été détruite par un incendie provoqué par deux cocktails Molotov lancés par Bertrand Teyou.
Arrêté Soupçonné de cet incendie criminel, Bertrand Zephilin Teyou, qui vivait en France en tant que réfugié depuis mai 2013 ,voulait créer sa propre maison d'édition, mais ne pouvait pas le faire faute de fonds. Il a ensuite demandé l'aide d'une association qui aide les gens à démarrer leur propre entreprise, mais a estimé que le soutien qu'il avait obtenu n'était pas satisfaisant.
Quelques semaines avant l'incendie criminel, Teyou avait fait deux sit-in à l'hôtel de ville, forçant la police à intervenir pour le déloger. Lors de son deuxième sit-in, il avait menacé le personnel de la municipalité en disant qu'il "brûlerait tous", si ses demandes n'étaient pas satisfaites.
Zéphirin Bertrand Teyou, écrivain camerounais âgé de 46 ans, qui bénéficiait d’un statut de réfugié politique en hexagone, a été reconnu coupable en septembre 2015 par la justice française dans l‘affaire de l’incendie de la commune de Besançon, (Est de la France), département du Doubs.
Il avait été condamné pour « avoir volontairement mis le 26 juin 2015, le feu à l’hôtel de ville de Besançon.
Le parquet, représenté par Christian Molé, procureur adjoint, avait requis 5 ans de condamnation dont une partie avec sursis, en indiquant que, « c’est un symbole de la République qui était frappé » faisait valoir l’autorité judiciaire.
En février 2019, libéré par la justice française, Bertrand Teyou, titulaire d'un titre de séjour illimité français, décide de retourner au Cameroun, auprès de sa famille.
Il s'installe d'abord à Yaoundé avant de décider quelques mois après de retourner vivre auprès de ses enfants et sa famille à Douala.
Il décède ainsi à Douala, ce 22 janvier 2020, dans les circonstances troubles où un doigt accusateur est pointé par ses proches sur les autorités sanitaires camerounaises sur les conditions de sa prise en charge médicale.
L'artiste, la cinquantaine sonnée, laisse une famille éplorée et des amis combattants pour la libertés au Cameroun inconsolables.
Reposes en paix l'artiste.
Bibliographie
2019: Le peuple noir et l'ani-mâle blanc,Collection boustrophedon, ed. Nation libre
2012 : L'archipel des pingouins, éditions A vos pages, Paris (sur les conditions de détention de la prison centrale de New Bell de Douala).
2010 : La belle de la République bananière : Chantal Biya, de la rue au palais, Cameroun
2010 : Sortir de l'impasse, éditions Nation libre
2009 : L'Antécode Biya, éditions Nation libre (réponse à l'ouvrage Le code Biya sur la vie du président Paul Biya, du journaliste français François Mattei)
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