Cameroun - HOMICIDE : Un prisonnier poignarde à mort son codétenu à Kondengui
© Kalara : Louis Nga Abena | 08 Aug 2019 00:36:00 | 6147Un détenu s’est servi d’un couteau de cuisine pour écourter la vie de son codétenu. Renvoyé en jugement pour assassinat, il se cache derrière une prétendue provocation du défunt.
La prison de Kondengui a tout d’une jungle. Charles Nakongo n’est plus de ce monde. Il a trouvé la mort pendant sa détention provisoire à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui. C’est son codétenu Éric Kombe alias Van Dame qui a abrégé son séjour sur terre en le poignardant mortellement dans la nuit du 24 au 25 octobre 2014. L’info claire et nette. Le bourreau qui purge déjà une condamnation de dix ans d’emprisonnement écopée dans une autre procédure judiciaire, répond cette fois des supposés faits d’assassinat devant le Tribunal de grande (TGI) du Mfoundi. Si le mis en cause reconnait avoir flanqué au défunt trois coups de poignard à l’abdomen et au bras droit, il dit avoir réagir à la provocation de la victime. Le verdict tombe le 16 août 2019.
Les débats publics autour de l’affaire ont eu lieu le 19 juillet dernier. En présentant les faits au centre du procès, le représentant du parquet a déclaré que feu Nakongo vendait dans une échoppe à l’intérieur du pénitencier de Kondengui, et vendait « du whisky en sachet, des cigarettes », entre autres. Le propriétaire de la boutique était l’accusé. Les deux gens se sont brouillés à cause de manquants sur la marchandise. La nuit du drame, l’accusé avait profité du sommeil de la victime pour l’achever avec un poignard. Évacué à l’hôpital central de Yaoundé, M. Nakongo a succombé à ses blessures à l’âge de 23 ans.
Pour sa part, M. Kombe prétend que le défunt était sorti de prison, mais était revenu deux semaines plus tard pour un autre forfait. Peu avant l’incident, le défunt l’avait surpris dans son sommeil en lui demandant de se méfier, car « un homme en guerre ne dort pas !». Depuis ce temps, il était sur ses gardes. La nuit des faits, aux environs de 1h du matin, la victime l’a violemment agressé avec une fourchette en le blessant au bras. « J’ai sursauté. Je l’ai poursuivi dehors. Je l’ai rattrapé avec un couteau. Je l’ai poignardé à l’abdomen puis au bras. Il est tombé. Le sang coulait beaucoup. Quand j’ai voulu l’amener à l’infirmerie, les gardiens m’en ont empêché. On m’a jeté en cellule ». Plus loin, le tribunal a demandé à l’accusé pourquoi il n’a pas pris la fourchette pour réagir à la prétendue agression. « Je sortais du sommeil », répond M. Kombe .
Témoins de la scène
Pour confondre l’accusé, le magistrat du parquet s’est appuyé sur le témoignage de David Zete et Roméo Safabot, deux détenus qui ont assisté à la scène macabre. De fait, M. Safabat, qui occupait les fonctions de « chef du quartier » où étaient écroués les protagonistes à l’époque des faits, avait révélé aux enquêteurs que l’accusé avait l’habitude de violenter le défunt après l’avoir déshabillé. M. Idriss Zete a quant à lui déclaré que le jour des faits, M. Kombe avait remis son « mandat » (matelas) prétextant vouloir faire le ménage, pourtant une manière pour lui de préparer le terrain. Il a conclu en faisant constater qu’aucun des témoins ne dit qu’il y a eu une bagarre entre l’accusé et la victime. De plus, M. Nakongo ne rapporte pas la preuve des blessures que le défunt lui aurait causées.
En présentant son réquisitoire, le magistrat du parquet s’est voulu sans pitié contre l’accusé. « Est-ce que de simples menaces peuvent justifier qu’on attente à la vie de quelqu’un ?». « Il n’y a pas de légitime défense, car il ne s’est pas référé aux autorités de la prison pour se plaindre ». Et d’ajouter, «la fourchette n’a jamais existé. Elle n’existe que dans son esprit. Mais le couteau du crime est scellé. Il y a peut-être eu altercation, mais pas de bagarre ». Il n’a pas hésité de faire allusion au physique de l’accusé disant que le rapport de force était en sa faveur, car feu Nakongo était de petit gabarit. Il a suggéré au tribunal de condamner sévèrement l’accusé. A l’opposé, l’avocat de l’accusé a plaidé la requalification des faits au centre du procès. Il s’est longuement évertué à faire la différence entre le meurtre et l’assassinat. Avant de balancer : « C’est parce qu’il y a eu provocation qu’il a réagi, mais n’avait pas l’intention de tuer », a-t-il affirmé suggérant au tribunal de requalifier les faits querellés en ceux d’homicide involontaire. Un délit. Verdict attendu ce 16 août.
Dans une autre affaire, les ayants droits de feu Samuel Baye traînent l’Etat du Cameroun devant le Tribunal administratif du Centre. Ils déplorent la disparition brutale de leur « fils » décédé en détention provisoire à la prison de Kondengui à l’âge de 25 ans le 20 juin 2015, des suites d’un coup de poignard. Le forfait est imputé à Cyrille Noah, « un grand bandit » qui y purgeait sa peine pour assassinat. Les plaignants s’insurgent contre la supposée négligence dont l’administration pénitentiaire s’est rendue coupable en ne procédant pas à de fouilles permanentes pour débusquer les objets interdits, et surtout en plaçant dans le même cachot les prévenus de délits avec les condamnés pour crimes. La famille exige 500 millions de francs au titre de dommages intérêts. Le tribunal s’est déclaré compétent pour connaître de l’affaire. Jugement à venir.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- Le Dialogue social comme levier de développement chez AGL, SOCOPAO et PPK
- Justice populaire à Fondjomekwet: L'intégralité de la lettre ouverte de Philippe Roger Tamkou Ngouo
- « Le Nattesgate » : un scandale qui intrigue
- Meridianbet devient sponsor officiel de l'UFC Fight Night Belgrade
- Rebecca Enonchong face à la SRC : procès le 27 juillet à Douala
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Cameroun - Paul Biya absent : le vide constitutionnel qui inquiète
Nigéria - Héritage de 35 millions : son mari exige tout, elle divorce
Cameroun - SNH : Chantal Biya veut évincer Nathalie Moudiki
Monde Entier - Coupe du Monde 2026 : L’Angleterre prend le bronze, la France craque après une remontée folle 6-4
Cameroun - Yaoundé capitale du VIH en milieu urbain
il y a un mois
Afrique - Polygamie africaine : de l'assumé au caché, le grand basculement
Onana tacle Eto'o : « L'ego de Donatien K » a coulé le Cameroun
Cameroun - Faux décrets à la CRTV : manipulation politique ou tentative de putsch ?
Zébé : barricades et colère autour des frais de transport Cameroun-Tchad
Cameroun - Kribi : 2,6 milliards FCFA pour faire du port un géant logistique
il y a un an