Cameroun, Livre Enoh Meyomesse: INDEPENDANCE IMMEDIATE CONTRE INDEPENDANCE A LONG TERME :: CAMEROON
© L'editeur : Camer.be avec | 20 Jan 2019 14:56:00 | 12506Un débat a divisé les Camerounais pendant les dernières années de la colonisation, celui d’une indépendance « immédiate », ou alors « par étapes », c’est-à-dire, à long terme. A la faveur de celui-ci, Mbida s’est vivement opposé à Ruben Um Nyobè. Quels ont été les thèses des deux protagonistes ?
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L’accession du Cameroun à l’indépendance demeure, sur le plan national, un des sujets à très grande controverse, sinon le sujet qui divise le plus l’opinion publique camerounaise, et plus particulièrement les intellectuels de notre pays. Pour les uns, il n’y a guère eu d’indépendance. Pour d’autres, l’indépendance a bel et bien été acquise le 1er janvier 1960 ; par conséquent, il faut cesser de « distraire » le peuple.
Comme conséquence de ce débat – ou en continuité à celui-ci – l’unanimité sur le nom du « père » véritable de l’indépendance du Cameroun, c’est-à-dire l’initiateur de celle-ci, demeure difficile à être accepté de tous. Um Nyobè, pour les uns, demeure avant tout un « maquisard », entendez, un brigand ; tandis que Ahmadou Ahidjo, pour les autres, de-meure un usurpateur, et rien d’autre. Quant à André-Marie Mbida, le commun des Camerounais semble n’avoir retenu de lui que l’image d’un personnage essentiellement impulsif, et pour parler en langage camerounais, « un vrai Eton » avec ses « cinq minutes quotidiennes et inévitables de folie ».
Pourtant, chacun de ces trois personnages avait milité, à sa manière, pour l’accession du Cameroun à l’indépendance, même en s’y opposant. (…)
Notre propos, dans les lignes qui suivent, porte justement sur ce débat qui a agité l’opinion publique nationale dès l’année 1955 à la suite d’un mot d’ordre de l’UPC, et qui, par la suite, s’est transformé en une confrontation idéologique entre Mbida André-Marie, qui venait d’être désigné Premier ministre de la partie du Cameroun sous domination française, et Ruben Um Nyobè qui allait être assassiné au mois de septembre 1958. Quels sont les arguments que les deux protagonistes avançaient pour soutenir leurs points de vue respectifs ? Il importe, en tant que Camerounais, de les connaître.
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Le 20 juillet 1923, les « territoires occupés de l’ancien Cameroun » devenaient un territoire sous mandat « B » de la SDN, autrement dit, un territoire qui était appelé à accéder à l’indépendance, mais ne pouvait le faire dans l’immédiat. Une fois de plus, les plénipotentiaires réunis à Versailles, avaient totalement nié la capacité du Kamerun à s’autogouverner. Pourtant, ils avaient un exemple de pays africain qui se gouvernait tout seul, sans domination étrangère, l’Ethiopie. Il faudrait le rappeler, ce pays n’a jamais été colonisé. Il y avait également le Libéria, qui était constitué d’anciens esclaves négro-américains.
En 1822, le Libéria avait été fondé par une société américaine dénommée The National Colonization Society of America, pour y installer des esclaves noirs libérés.
Le 26 juillet 1847, le Libéria était devenu une République indépendante. Bien mieux, le 14 août 1917, le Libéria avait même déclaré la guerre à l'Allemagne.
Si le Libéria était devenu une République indépendante depuis 1847, le Kamerun pouvait bel et bien le devenir au mois de juillet 1884, c’est-à-dire, 37 ans plus tard.
Hors d’Afrique, un pays noir, Haïti, était déjà indépendant depuis. Cette ancienne colonie française était devenue, le dimanche 1er janvier 1804, le premier État noir des
Temps modernes et le deuxième État indépendant des Amériques (après les États-Unis).
Si Haïti était devenu indépendant un siècle plus tôt, le Cameroun aurait dû l’être le 12 juillet 1914.
Le mandat de la SDN sur le Cameroun, prendra fin avec la disparition de cette organisation et son remplacement par l’Organisation des Nations Unies.
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Chapitre II :
Um Nyobè parle en premier de l’indépendance.
Lorsque l’on évoque le nom de Ruben Um Nyobè, aussitôt, on pense à deux choses : « indépendance immédiate, et réunification ». En fait, on se trompe totalement en procédant, de cette manière, à cette énumération. Cette confusion, ou, plus précisément, cette erreur, provient purement et simplement des adversaires de Ruben Um Nyobè qui, après avoir procédé à son élimination physique, ont entrepris de déformer, à dessin, sa pensée politique, dans
le but de démontrer à la population qu’ils ont réalisé son programme, sans recourir, comme lui, à des meurtres, des assassinats, du brigandage, en un mot, au « terrorisme ». Nul besoin de « fendre le ventre des femmes dans les maternités, d’en extraire les bébés qui s’y trouvaient, et de les égorger, ainsi que le faisait Ruben Um Nyobè, sous le prétexte de la lutte pour l’indépendance ». Telle était le message diffusé, au lendemain de la proclamation de l’indépendance le 1er janvier 1960, par le régime d’Ahmadou Ahidjo. La génération d’hommes de l’auteur de ces lignes l’a avalé, des années durant, sans être en mesure de vérifier la véracité des faits énoncés.
La réalité est malheureusement tout autre. D’une part, Ruben Um Nyobè plaçait la réunification en dehors de l’indépendance, bien mieux, estimait que celle-ci était même un préalable à l’indépendance, donc elle devait se produire bien avant l’indépendance, d’au-tre part, la réunification du Cameroun, telle qu’il l’avait préconisée, n’a pas du tout été réalisée par Ahmadou Ahidjo. Enfin, l’indépendance, dans l’esprit de Ruben Um Nyobè, ne pouvait, en aucune manière, signifier hypothéquer le sous-sol camerounais avant sa proclamation, ainsi que l’avait fait Ahmadou Ahidjo le 31 décembre 1958, à travers les accords de coopération franco-
camerounais signés entre le gouvernement camerounais, non encore indépendant, et la France, autrement dit, entre un vassal et son suzerain.
Mais avant tout, l’histoire du Cameroun a retenu que le tout premier Camerounais ayant évoqué la question de l’indépendance du Cameroun devant les Nations Unis, est Ruben Um Nyobè.
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A – Mbida et l’indépendance par étapes.
Sur la question de l’indépendance, la position d’André-Marie Mbida rejoignait celle d’innombrables Africains qui estimaient que, au regard de l’absence de cadres locaux, il était utopique de parler d’indépendance avant un certain temps.
Accordons la parole à l’un d’eux, le leader voltaïque, Daniel Ouezzin Coulibaly, prenant la parole au cours d’une réunion du, Rassemblement Démocratique Africain, RDA, à Bouaké, en Côte d’Ivoire, le 16 novembre 1956 :
« … Je voulais dire à tous ceux qui sont des intellectuels ici, qu’il faut que vous preniez garde à certains mots qui sont sonores, à certains mots qui sont musicaux. Prenez garde, on parle beaucoup d’indépendance et d’autonomie. Bien sûr, tous ceux qui ont une certaine culture, tous ceux qui à l’école, ont appris les mots de liberté, de justice, de fraternité, d’indépendance, aiment bien qu’on leur parle d’indépendance. Ils ne pèsent pas assez les conséquences des mots trop tôt venus, les conséquences d’un fardeau très lourd. Ils ne voient pas ce qui se trouve derrière les mots. Ils aiment les mots. Faites bien attention, que si, un jour, nous demandions notre indépendance et que la France, par hasard, accepte de rappeler tous les Français qui sont ici, qu’est-ce qui se passera à Bamako ? (…) Quel est le patrimoine que vous avez pour supporter cette indépendance que vous demandez ? Comment allez-vous travailler ensemble ici alors qu’aujourd’hui pour quelque poste de conseiller, vous-mêmes, vous n’êtes même pas d’accord… »
Même son de cloche au Gabon voisin de la part de Léon Mba, qui sera le premier président de la République de ce pays :
«… en raison de l’insuffisance présente des cadres administratifs et techniques autochtones, la souveraineté interne actuelle est préférable à l’indépendance totale, nominale qui plongerait l’Etat gabonais dans le néo-colonialisme. Le Bloc Démocratique Gabonais, BDG, ajoute toutefois qu’il est prêt, le moment venu, à demander l’accession du Gabon à la souveraineté internationale… »
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André-Marie Mbida, pour sa part, a nettement pris position contre une indépendance immédiate au cours du congrès constitutif du Parti des Démocrates Camerounais, PDC, tenu dans la ville d’Abong-Mbang le 12 janvier 1958. Une des résolutions adoptées au cours de cette assise, préconise l’indépendance du Cameroun par étapes :
« … il est du plus grand intérêt politique, économique, social, etc., des populations du Cameroun que la souveraineté ou l’indépendance totale de leur pays ne leur soit pas accordée actuellement ou immédiatement ni même à brève échéance. Ce serait, au contraire, un très grand préjudice à tous points de vue. L’accession ou la progression à l’indépendance par étapes successives plus ou moins longues suivant la volonté expresse et libres des populations intéressées elles-mêmes, conformément aux dispositions de l’article 76 de la Charte des Nations Unies en son paragraphe B, sous la tutelle d’une autre nation ou autorité est incontestablement la voie la plus sûre et le meilleur garant de l’obtention d’une indépendance réelle et durable… »
Avant-propos
Chapitre I :
La question de l’indépendance du Cameroun dès le départ et les Nations Unies par la suite.
A – L’accord de tutelle du 13 décembre 1946.
B – Le Cameroun sous tutelle : une colonie française purement et simplement.
Chapitre II :
Um Nyobè parle en premier de l’indépendance
A – Um Nyobè à l’ONU le 17 décembre 1952.
B – Um Nyobè et l’indépendance le 1er janvier 1956.
Chapitre III :
Mbida et l’indépendance après 1968.
A – Mbida et l’indépendance par étapes.
B – Le revirement d’André-Marie Mbida.
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