Cameroun - Gouvernance : La Commission de Paul Biya peut-elle résoudre le problème anglophone ?
© Le Jour : Assongmo Necdem | 26 Jan 2017 06:02:17 | 4699Le spectre des revendications formulées apparaît plus large que les missions de cette instance chargée de promouvoir le bilinguisme, les cultures nationales et le vivre-ensemble.
Nul ne niera que ce sont les revendications anglophones qui ont conduit le président de la République, Paul Biya, à créer la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (Cnpbm). Une instance qu’il a placée sous son autorité directe. En attendant la nomination des hommes chargés de l’animer, la question qui découle de la création de cette commission est celle de savoir si elle va résoudre le problème anglophone.
Si tout le monde a fini par reconnaître qu’il existe bel et bien un tel problème au Cameroun, il est à noter que l’Etat n’a pas luimême pris le soin de dire formellement en quoi ce problème retourne. Et maintenant que le président a créé la Cnpbm, on est tenté de conclure que le problème anglophone tourne autour du bilinguisme, de la cohabitation des cultures et d’un déficit du vivre-ensemble. Paul Biya a déjà dressé les chantiers de la Commission : s’assurer que la constitution est respectée dans ses dispositions faisant de l’anglais et du français les deux langues officielles d’égale valeur au Cameroun ; étudier, enquêter et proposer des mesures pour renforcer le caractère bilingue et multiculturel au Cameroun ; élaborer des projets de texte sur le bilinguisme, le multiculturalisme et le vivre-ensemble, vulgariser la réglementation dans ces trois domaines ou encore traiter les dénonciations portant sur les discriminations en ces matières.
Au moins, les concitoyens de la partie anglophone du pays savent désormais vers qui se tourner ; eux qui se disent si souvent marginalisés dans leur langue et dans la culture anglosaxonne qu’ils ont héritée de la colonisation. Cette culture qui a souvent fait dire qu’ils sont toujours « à gauche ». Seulement, pour pouvoir identifier tous les domaines que la Commission pourra prendre en charge, il faudra encore définir le bilinguisme et le multiculturalisme.
Sur ce point, il y a bien de non-dits dans le décret présidentiel créant et organisant le fonctionnement de la Commission. Dans tous les cas, on imagine qu’elle pourra connaître des premières revendications formulées par les avocats et les enseignants anglophones puisque c’est d’eux que tout est parti. C’étaient des revendications essentiellement techniques portant par exemple sur la traduction des documents en anglais. On pourra même aller plus loin et s’intéresser à l’usage de l’anglais dans le fonctionnement quotidien de l’Etat à tous ses niveaux et dans tous ses démembrements. La Commission pourra aussi s’atteler à promouvoir un système judiciaire qui prend en compte la tradition juridique anglosaxonne et les préoccupations du justiciable anglophone.
Pour emprunter aux propositions du Pr Jean Emmanuel Pondi, il n’est pas exclu de croire que plusieurs actions symboliques pourront être menées : revaloriser le Monument de la Réunification qui se trouve à Yaoundé, réorganiser les curricula des enseignements secondaires et universitaires pour introduire la connaissance des dix régions du Cameroun au plan socioculturel, introduire l’enseignement de l’anglais pour les francophones et du français pour les anglophones dès l’âge de 5 ans, identifier et revigorer les institutions civiles ou religieuses présentes dans les deux parties concernées du territoire, changer totalement les comportements vis-à-vis des uns et des autres (francophones et anglophones).
Questions politiques
Toutefois, il sera difficile de voir la Commission prendre en charge des questions hautement politiques que recouvre le problème anglophone. Même si le gouvernement s’entête à imposer le tabou, le débat sur la forme de l’Etat a été posé. Dans son analyse, David Abouem à Tchoyi, ex-gouverneur du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, observe que s’agissant des cultures et traditions, on ne saurait oublier les traditions administratives et institutionnelles qui sont propres au Cameroun anglophone et qui ont disparu ou sont en voie de disparition.
Dans le même temps, les cultures et traditions héritées de la France demeurent prédominantes. Et les Anglophones estiment qu’ils ont perdu ce qu’ils avaient de bon, à savoir leur manière de faire la politique, d’organiser leur vie, de gérer leurs ressources et de subvenir à leurs besoins. Avec l’existence de la Commission, il restera à prendre en charge ces questions, peu importe le type d’Etat en vigueur au Cameroun ; que celui-ci soit unitaire et décentralisé comme le martèle le gouvernement, ou que celui-ci soit fédéral comme beaucoup le demandent aujourd’hui.
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