Cameroun - Législatives 2027 : le scénario d'un nouveau report se précise
© Camer.be : Paul Moutila | 17 Sep 2026 21:40:40 | 383Le RDPC étudie un nouveau report des législatives de février 2027, invoquant le ramadan. Dans le Grand-Nord, le vote utile menace la majorité écrasante.
Derrière l'argument religieux du ramadan, le RDPC tente de conjurer une défaite annoncée aux législatives de 2027.
Les élections législatives et municipales sont prévues pour février 2027. Mais au sommet de l'État, une autre date circule : celle d'un report.
L'argument avancé : le ramadan commence le 8 février 2027. Le calendrier religieux coïnciderait avec le scrutin.
Derrière cette justification, une réalité plus politique : le RDPC, majorité écrasante depuis des décennies, redoute le vote sanction.
Le scénario d'un nouveau report
L'exécutif camerounais étudie le scénario d'un décalage du double scrutin législatives et municipales prévu en février 2027. L'information, révélée par Africa Intelligence, agite les milieux politiques depuis plusieurs semaines.
Pour justifier ce report, le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, s'apprête à invoquer la concomitance du scrutin avec le début du ramadan. En 2027, le mois sacré de l'Islam commence le 8 février, soit la première semaine de février la période initialement envisagée pour les élections.
L'argument religieux masque toutefois une préoccupation plus politique.
Un RDPC qui doute de sa capacité à sortir indemne
Dans l'état actuel du rapport de force, le comité central du parti de Paul Biya doute de sa capacité à sortir indemne de ces élections groupées.
Le RDPC détient aujourd'hui une majorité écrasante à l'Assemblée nationale, ainsi que plusieurs municipalités. Mais il craint le vote sanction.
Les séquelles de la crise post-électorale d'octobre 2025 pèsent lourd. Après la proclamation de la victoire de Paul Biya avec 53,66 % des voix, son principal adversaire, Issa Tchiroma Bakary, qui revendiquait son propre succès, avait refusé de reconnaître les résultats. La contestation avait alors gagné plusieurs villes, donnant lieu à des affrontements avec les forces de sécurité et causant la mort de plusieurs personnes.
Le Grand-Nord Garoua et Maroua notamment avait été l'un des principaux foyers de la contestation. Or, cette partie du pays constitue historiquement l'un des plus importants réservoirs de voix du RDPC.
Le vote utile dans le Grand-Nord
À l'approche des législatives et des municipales, l'entourage du secrétaire général du comité central, Jean Nkuété, sait qu'une partie de cet électorat entend désormais voter utile.
Le vote utile pourrait se tourner vers des formations d'opposition telles que le Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) d'Issa Tchiroma Bakary, l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) de Bello Bouba Maigari, ou encore le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC).
Ce dernier traverse toutefois une période d'incertitude depuis la démission, le 8 septembre 2026, de son président Maurice Kamto. Son successeur doit encore être désigné. Trois candidats sont en lice pour lui succéder.
Un budget en question
Les actuels mandats des députés et des conseillers municipaux devaient en théorie toucher à leur terme en 2025. Ils ont déjà été prolongés par deux fois ces derniers mois.
Le projet de loi de finances, qui doit être examiné par le Parlement lors de la dernière session de l'année, prévue du 10 novembre au 10 décembre, ne consacre pour l'heure aucune ligne budgétaire à l'organisation du double scrutin. Le coût est pourtant estimé à près de 100 milliards de francs CFA (152 millions d'euros).
Selon Christian Ntimbane Bomo, le budget du Cameroun 2026 ne permet pas de financer une élection pour début 2027. « Le Cameroun a engagé environ 120 milliards de francs CFA d'investissement sur des prévisions budgétaires annuelles de plus de 2 000 milliards », explique-t-il.
La mécanique du report
Le gouvernement a déjà modifié l'article 170 du Code électoral en mars 2026. Le texte, défendu par Paul Atanga Nji lui-même, supprime le plafond de 18 mois qui encadrait les prorogations du mandat des conseillers municipaux.
La formule « en cas de besoin », sans durée maximale spécifiée, donne au chef de l'État une latitude discrétionnaire considérable pour reporter les élections municipales sans contrainte de délai légal.
Un paradoxe que relèvent les observateurs : le ministre de l'Administration territoriale est à la fois l'autorité compétente pour organiser les élections et celui qui défend devant le Parlement le projet de loi permettant de les reporter sine die.
Ce que dit l'opposition
Le MRC ne croit pas à l'argument du ramadan. Lors d'une conférence de presse tenue le 25 juin 2026, son premier vice-président, Mamadou Mota, a soutenu que le parti au pouvoir a reporté les élections par peur de la force de l'opposition.
« Le parti du président Paul Biya est en panne d'idées, de bilan et de souffle », avait-il lancé. Il a accusé le régime de vouloir « masquer ses propres faiblesses » par des manœuvres de diversion.
Le MRC a annoncé qu'il prendra part à toutes les élections, notamment législatives et municipales de 2027. « Ce sera une autre occasion de démontrer sa force », a déclaré Mamadou Mota.
Et maintenant ?
Le scénario d'un report s'inscrit dans une instabilité institutionnelle plus large. La prorogation des mandats, la modification du Code électoral, l'absence de budget alloué au scrutin, la crise post-électorale d'octobre 2025, la démission de Kamto autant de facteurs qui dessinent un paysage électoral camerounais mis entre parenthèses.
Une question revient dans les rédactions et les permanences politiques : si les élections sont reportées, jusqu'à quand ?
Aucune date n'a été officiellement annoncée. Le Parlement se réunit en novembre. Le budget sera discuté. Le ramadan commencera en février.
Pourquoi les élections législatives sont-elles reportées au Cameroun ?
Le gouvernement invoque la concomitance du scrutin avec le début du ramadan, prévu le 8 février 2027. Mais l'opposition y voit une manœuvre pour éviter un vote sanction contre le RDPC.
Quand auront lieu les élections législatives au Cameroun ?
Initialement prévues en février 2027, elles pourraient être reportées à une date ultérieure. Aucun calendrier officiel n'a été communiqué.
Qu'est-ce que le vote utile au Cameroun ?
C'est le fait, pour un électeur, de voter pour le candidat le plus susceptible de battre le parti au pouvoir, plutôt que pour son parti de cœur. Dans le Grand-Nord, ce phénomène pourrait profiter au FSNC, à l'UNDP ou au MRC.
Le RDPC a-t-il peur des élections de 2027 ?
Selon l'opposition, le RDPC redoute une défaite. La crise post-électorale d'octobre 2025 a fragilisé le parti au pouvoir dans le Grand-Nord, historiquement l'un de ses principaux fiefs.
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