Cameroun: Paroisse EEC de Ndiangdam-Bafoussam : comment un cercle ésotérique traditionnel met l’église aux ordres. :: CAMEROON
© Camer.be : Alain NDANGA | 30 Dec 2016 09:26:54 | 9346Faisant suite à leur souhait de voir débarquer leur pasteur, une frange des membres de l’église, pratiquant parallèlement des rituels antiévangéliques, peuvent enfin exulter.
Le pasteur Tenefopa Mathieu est sur la ligne de départ. La bête noire partira, c’est sûr. D’ailleurs, il n’a plus officié de culte depuis le 11 décembre 2016, jour où les membres d’une secte traditionnelle sont venus apeurer l’assemblée pendant la prédication. La situation invivable a poussé les hauts responsables de l’Eec à la médiation. Le pasteur garde sa soutane, mais n’est plus berger à Ndiangdam. Il attend tranquillement d’être affecté dans une autre paroisse. Lire la bible, écrire, recevoir des visites dans son bureau, restent son passe-temps préféré.
Certains fidèles du temple rencontrés, n’ont aucune appréhension et positivent plutôt : «respecter les principes de la vie chrétienne et les prescriptions de l’Eglise Evangélique du Cameroun, ne sauraient être une faute. La hiérarchie de l’Eec sait exactement ce qu’elle fait. Un pasteur ne peut rester éternellement dans la même mission», nous a confié un fidèle de la paroisse ce 24 décembre 2016. D’autres fulminent que le révérend Tenefopa est « traité de tous les noms d’oiseaux, humilié à cause de sa foi inébranlable en Jésus Christ. Nous savons que ses bourreaux sont tapis dans l’ombre et manipulent les membres du clan de la secte traditionnelle comme des moutons de panurge ». A en croire ces fidèles, le malaise semble avoir fait son nid à la paroisse Eec de Ndiangdam. La société sécrète et la bible se mêlent et s’entremêlent dans une bataille rangée où le mal semble avoir mis le bien aux pas.
Un choix !
Quel ange pourra-t-il libérer les chrétiens de Ndiangdam où les enseignements tirés de leurs bibles sont battus en brèche ? Le moins que l’on puisse dire c’est que la dangerosité de la paroisse fait l’unanimité. Des gens qui en savent un peu plus, attestent qu’en termes de tartuferie, leur paroisse est sur la première marche du podium dans la région de l’Ouest. Le fait de l’appeler habituellement « paroisse de la chefferie Bafoussam, la transforme en antichambre de la chefferie des Bafoussam. Or, il faut faire la part des choses. Si tu suis Dieu, tu dois radicalement abandonner d’autres choses qui ne l’honorent pas. Si tu choisis d’être traditionnaliste pratiquant, tu ne devrais non plus venirà l’église au risque de perdre ton temps. La Bible recommande que l’on ne serve pas deux maîtres à la fois », a équilibré un autre fidèle qui n’a pas aussi dévoilé son identité. Et de conclure que le pasteur Tenefopa est vilipendé du fait de son inflexibilité par rapport aux prescriptions de la Bible et aux règles en vigueur à l’Eec, c’est curieusement là, la source de ses malheurs. Pendant tout le temps qu’il a passé à Ndiangdam, les fidèles pensent qu’il ne demandait qu’à faire le distinguo entre Dieu et ce qui n’est pas Dieu, à n’encourager les fidèles qu’à faire le choix de Dieu et de Jésus-Christ.
La dissonance
Une lettre du révérend pasteur Batome Henga Isaac, président général de l’Eec datant du 13 aout 2016, adressée aux responsables de l’église à tous les niveaux, instruit l’organisation des « Elections générales » pour marquer la fin du mandat qui coure depuis 2009. Cette longue circulaire de 7 pages précise les modalités d’organisation des dites élections au sein de la chapelle religieuse dont il est le guide actuel. Dans la région de l’ouest, des sons de cloches dissonants n’ont pas trop retentit. Seule la paroisse de Ndiangdam a présenté un visage différent. L’élection des anciens d’église s’y est déroulée dans une ambiance particulière. Près de 12 candidats anciens d’église ont vu leur candidature être rejetée par la commission électorale indépendante instituée à cet effet. L’on indique que ces derniers ne réunissaient pas les conditions d’éligibilités contenues dans la lettre pastorale du président général de l’Eec. Et cette lettre et les textes de base de l’église indiquent en effet que « des candidats au poste d’ancien d’église ou autres postes de responsabilité, doivent être chrétiens à part entière de l’Eec et n’appartenir à aucun autre groupe mystico ésotérique ou société secrète traditionnelle ; de même, ils ne doivent pas être polygames ». Les 12 candidatures écartées, sont selon des sources dignes de foi, des membres du Nyangnyang, un groupe initiatique aux us et coutume des peuples fussep (Bafoussam) dont les pratiques sont « incompatibles avec les valeurs de l’évangile et d la mission particulière des anciens d’église». Cette mise à l’écart a été très mal digérée et a créé un profond de malaise au sein de la communauté et de l’église. Mais les pro-Tenefopa sans se réjouir de la situation, estiment que: «Le révérend Tenefopa a fait bouger des lignes ici. Son courage qui mettait mal à l’aise plus d’un, nous a permis de suivre le vrai chemin qui mène à Dieu. Notre paroisse ne saurait s’ériger à une fourre tout ; plus grave quand les adorateurs de crâne veulent commander l’église ».
L’église aux pas du Nyangnyang
Le groupe des 12 anciens écartés a attendu le 5 novembre 2016 pour écrire au « conseil d’anciens d’église, sous-couvert monsieur le pasteur, président du conseil », avec pour objet « lettre de désapprobation de l’élection des anciens d’église pour le dimanche 6 novembre
2016 ». Ils indiquent dans leur lettre que : « la sélection des candidats s’est faite sous fond de combat annoncé et exécuté contre le groupement Bafoussam. Le pasteur n’a manqué aucune occasion d’annoncer officiellement qu’aucun homme originaire Bafoussam initié au Nyangnyang ne fera partie du nouveau conseil d’ancien d’église ». Ils entendaient par-là contester l’élection des anciens et se faire intégrer au forceps dans ce corps d’élite de l’église, même s’ils ne remplissaient pas des conditions requises. Les 12 pétitionnaires ne s’en cachent pas et parlent à visage découvert avec la satisfaction d’avoir eu gain de cause et d’avoir remporté leur guerre contre le Pasteur. A en croire les frondeurs du mouvement mémorandiste, « Le vice-président de l’Eec chargé du personnel (Pasteur Richard Priso Moungole, Ndlr), était là. Nous avons tenu une réunion. L’une des résolutions fortes était que le pasteur Tenefopa devait être redéployé ailleurs et que les 12 candidats écartés devront rejoindre les rangs des anciens » sans élection bien sûr, se targue Takam Jean Pierre joint par téléphone ; Youmgnié Michel renchérit par le même canal et nargue : « notre grève a payé ». Mais l’analyse d’un fidèle recadre, « nous sommes 852 chrétiens. L’une des lois édictées par l’église indique : le conseil d’ancien est composé de tous les anciens. Leur nombre est de 2 jusqu’à 50 membres inscrits, et d’un de plus par tranche de 50 membres supplémentaires. Cela voudrait dire par calcul simple que pour 52, il faut 2 anciens et 16 pour les 800, donc 18 anciens pour Ndiangdam. Le pasteur a retenu 22 au lieu de 18, dans sa marge de manœuvre et de ses prérogatives. La paroisse de Ndiangdam compte désormais 22 anciens élus et 12 nommés, toute chose qui conforte l’idée d’une effraction », regrette-t-il.
Des armes à la main
Joint au téléphone, le pasteur Tenfopa, peut être désarçonné, mais sans intentions de vouloir travestir des faits, ne désarme pas pour autant. Il est même très confiant et consacre la sagesse divine selon laquelle, « tout ce que Dieu fait est bon », se félicite même d’avoir révolutionné la paroisse. « Je n’ai pas seulement totalement accompli ma mission. Je remercie le tout puissant de m’avoir bondé de courage, je suis prêt à servir le Seigneur partout où il lui plaira de m’envoyer », s’engage-t-il, même contre vent et marrée.
En réalité, des faits démontrent à suffisance que la paroisse Eec de Ndiangdam est un panier de crabes. Le pasteur Tenefopa, malgré tout, a battu un record. Celui des rares pâtres à avoir séjourné pendant plus de 15 mois dans ce qui convient d’être considéré comme le bastion des traditionnalistes Bafoussam. Avant lui, d’autres pasteurs insoumis sont passés à la trappe. Il s’agit sans être exhaustif, du pasteur proposant Nantchouang Luther (8 mois), Pasteur Dassi Joseph (4 mois), Pasteur proposant Ndjantou Isaac (6mois), pour ne citer que ceux-là. Ils peuvent témoigner de ce que, à Ndiangdam, l’évangile est soumis aux coutumes et non l’inverse. Au regard de ce feuilleton digne d’un film fiction de Nollyhood (Nigéria), l’on ne peut s’empêcher de se demander jusqu’où iront le Nyang nynang et les autres cercles mystico-ésotérico-traditionnels pour contrôler l’église dont ils ne partagent pourtant pas les enseignements similaires. La question qui taraude l’esprit de ceux qui sont au fait de ce dossier, est celle de savoir comment l’Eec peut-elle aussi facilement faire et défaire ses règles établies, au point de sacrifier ses valeurs séculaires sur l’autel des intérêts inavoués ? Comme pour dire, l’oiseau et le poisson peuvent tomber amoureux, mais ne peuvent fonder une famille ensemble.
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