Cameroun - Bois illégal : Des pots-de-vin de 4 milliards versés par an aux agents de l’Etat
© LE QUOTIDIEN DE L’ECONOMIE : Sylvain Andzongo | 10 Oct 2016 11:10:59 | 3726C’est ce que démontre une récente enquête du Centre pour la recherche forestière internationale.
L’association « Action for Sustainable Developement » (Saild) a permis, le 5 octobre dernier à Yaoundé, de se rappeler le visage hideux du commerce du bois illégal au Cameroun. L’ONG a ressuscité une enquête de septembre 2014 du Centre pour la recherche forestière internationale (Cifor) qui pointe près de 6 millions d’euros (environ 4 milliards de FCFA) par an en pots-de-vin que les opérateurs artisanaux reversent aux représentants des ministères, à la police locale, aux militaires et aux douaniers.
Ceci pour que puisse prospérer le commerce illégal du bois. « La taxation informelle est omniprésente le long de la chaîne de production. Selon les résultats, les opérateurs artisanaux versent environ 9 % de leurs marges », note l’étude du Cifor. De son côté, le Saild note que l’exploitation forestière industrielle au Cameroun est fortement extravertie, avec une production principalement destinée à l’export.
Or, la demande et consommation du bois dans le marché domestique est significativement importante. Car le volume total de bois exportés pour l’année 2014 est de 1 414 152 m3, dont 780 137 m3 de grumes de bois transformés.
Tandis que, estime la production annuelle de sciages informels à 715 000 m3 et révèle qu’environ 75% du bois destiné au marché intérieur est quant à lui produit illégalement. Et pourtant le Cameroun s’est engagé depuis 2010 dans des accords commerciaux bilatéraux — appelés accords de partenariat volontaire (APV).
Seulement, explique le Cifor, au Cameroun, les usagers des forêts et les négociants au niveau local sont généralement absents des négociations nationales sur l’Accord. Cela étant dû à leur grand nombre, à leur éparpillement sur un vaste territoire et à une capacité d’organisation médiocre, ainsi qu’aux tensions qui existent souvent entre la volonté affichée des pouvoirs publics de les faire sortir du secteur informel et le comportement de fonctionnaires décentralisés à la recherche de rentes.
Par conséquent, avant d’amorcer des réformes, des discussions officielles et périodiques doivent être organisées pour échanger avec les scieurs artisanaux et les négociants sur leurs besoins propres, les modes de gouvernance coutumière et les difficultés et attentes éventuelles par rapport à la formalisation. Le Cifor préconise l’implication des autres ministères, en particulier ceux des Finances, de l’Agriculture et de l’Administration territoriale. Sion, cela pourrait entraîner l’échec de la mise en oeuvre si l’on ne pèse pas dès le départ les avantages et les inconvénients du système (les coûts pour les opérateurs).
Le secteur représente environ 4 % du PIB, fait rentrer près de 62 millions euros (40,6 milliards de FCFA) de recettes annuelles dans les coffres de l’État et entretient environ 13 000 emplois formels et 45 000 emplois informels directs.
Le Cifor prévient que, quand il voudra mettre véritablement en oeuvre l’APV, le Cameroun sera confronté à un certain nombre de difficultés : la demande de bois en augmentation aux niveaux régional et national, la contribution positive du secteur à l’économie locale qui devra être soutenue, l’absence de réglementation adéquate en termes d’accès à la ressource, d’exploitation et de vente. Et enfin, les intérêts en jeu qui se sont développés au fil du temps.
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