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Cameroun - Alternance : Et si les Américains avaient récupéré Essimi Menye…

Sa promptitude à reprendre le service au sein du Fmi - le Fonds monétaire international, qui coïncide avec les récriminations acerbes des institutions de Brettons Wood sur la situation économique du Cameroun, ne manque pas d’aiguiser quelques lectures chez les analystes futés.

C’est l’histoire qui agrémente les commentaires dans les chaumières et les bureaux de la capitale politique du Cameroun depuis quelques jours. En mission de routine au Fmi pour la défense du dossier Cameroun, il y a quelques temps, Alamine ousmane Mey - le ministre des Finances, et Henri Eyébé Ayissi - le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, ont eu la surprise d’échouer sur leur ancien collègue du gouvernement, interlocuteur attitré du Fmi. Info ou intox, l’ancien ministre a repris du service chez son ancien employeur.

De Yaoundé, chacun peut imaginer l’agacement qui aura été celui des deux membres du gouvernement à revoir la tête d’Essimi Menye, qui en plus, est en charge du dossier Cameroun et de certains pays de la Cemac au sein de l’auguste institution financière. Sans doute une surprise inimaginable venant de celui-là qui est sorti du gouvernement le 2 octobre 2015, et que des supputations annonçaient déjà à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui, à la suite de certaines affaires compromettantes. Et dire que l’ancien ministre des Finances et de l’Agriculture avait quitté le Cameroun au terme de multiples péripéties pour une évacuation sanitaire en Europe au mois de novembre 2015.

L’annonce de sa reprise du service, quelque  trois mois seulement après ce départ chaotique, suffit de convaincre ceux qui en doutaient encore, que la prétendue maladie dont souffrait l’ex-ministre au point de nécessiter une évacuation sanitaire, n’était qu’un simulacre. On savait que la famille de l’ancien ministre était restée aux Etats-Unis d’Amérique durant tout son séjour au gouvernement, mais la promptitude à reprendre du service au sein du Fmi, où il officiait avant, ne manque pas d’aiguiser la curiosité de quelques observateurs. Plusieurs conjectures s’entrechoquent pour comprendre un tel revirement. Peut-être la compétence avérée de l’ancien ministre qui n’a fait que reprendre son ancien bureau. Toutefois, certaines analyses n’excluent pas la thèse d’une récupération américaine dont l’influence est grande sur les institutions de Brettons Wood.

Coulisses

A en croire ces analyses, l’arrivée presque programmée d’Hilary Clinton à la Maison blanche en janvier 2017, au terme de la présidentielle américaine de cette fin d’année dont elle est la super favorite, ne garantirait pas des relations saines et chaudes avec le régime de Yaoundé. C’est depuis longtemps qu’on dit les Américains favorables à un changement de régime au Cameroun, dans le cadre d’une alternance démocratique, afin d’arrimer la pratique camerounaise aux usages universels en matière d’alternance.

Les esprits retors avaient pressenti Marafa comme candidat des Américains dans cette perspective, mais tout le monde peut se rendre à l’évidence aujourd’hui que la cause de l’ancien Sgpr est entendue. Déçus de ne pouvoir trouver un opposant pour jouer ce rôle, les Américains auraient-ils jeté leur dévolu sur l’ancien ministre des Finances et de l’Agriculture ? Rien n’est moins sûr pour ceux-là qui croient lire dans la boule de cristal.

Et comme pour justifier une telle analyse, ils font valoir les rapports exécrables de nombreuses institutions américaines sur le Cameroun ces derniers temps. Human rights watch, Fredoom house, Amnesty international et bien d’autres institutions de notation, ne sont pas tendres à l’égard du Cameroun depuis un certain temps. Même les récentes sorties du Fmi et de la Banque mondiale au sujet de l’endettement du Cameroun participeraient d’une campagne de diabolisation du régime de Yaoundé. Dans cet ordre d’idées, les critiques acerbes de la récente mission de Mario de Zamaroczy tranchent net avec les simples observations que la même mission avait formulé, 6 mois plus tôt, au terme d’une précédente visite de routine, alors que l’endettement du Cameroun était déjà jugé  inquiétant par les économistes avisés.

Au cours de sa récente visite au Cameroun, la directrice générale du Fmi - Christine Lagarde, avait enfoncé le clou en reconnaissant que les projets dits structurants financés par cet endettement ne sont pas d’un apport décisif pour l’économie camerounaise. Vu sur ce prisme, la visite au Cameroun de Mme Samanta Power - le représentant permanent des Etats-Unis à l’ONU, la semaine dernière, avec toutes les civilités qui l’ont entourée, ne serait que du saupoudrage d’une relation qu’on sait inconfortable, tel qu’il est d’usage de maquiller dans les relations diplomatiques.

Dépense de souveraineté

Mais alors pourquoi choisir Essimi Menye ? A en croire les tenants de la thèse de la récupération américaine, l’ancien ministre des Finances détiendrait quelques secrets au sujet de la gestion des ressources financières du Cameroun. En sa qualité d’ex-ministre des Finances, il maitrisait les comptes de l’Etat, et c’est lui qui assurait ce qu’il est trivialement appelé les dépenses de souveraineté de la présidence de la République. Pour ces analystes, il serait l’homme indiqué pour fournir des renseignements précieux sur le Cameroun le moment venu, à même de permettre aux Américains de tenir le régime de Yaoundé. D’ailleurs, le bras de fer ayant opposé longtemps l’ancien ministre aux autorités étatiques au sujet de son évacuation sanitaire était perçu par certains observateurs comme un chantage du ministre déchu à l’égard du régime.

Des rumeurs s’étaient fait entendre autour de sa capacité à tout dénoncer, s’il était poursuivi tel que cela se susurrait dans certains milieux du sérail, et notamment au sujet de l’opacité dans la gestion des fonds dégagés pour la création et la mise en route de la Camair-Co. Tout le monde le sait, il ne rendait jamais compte au Conseil d’administration qu’il avait d’ailleurs vilipendé, mais seulement et directement au président de la République. Mais ceci suffirait-il à tenir Paul Biya ? Question de conscience.

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