CAMEROUN :: Micmacs : Manipulations, trafics... :: CAMEROON
© Source : Le Jour | 13 May 2015 09:05:57 | 6338Querelle sur les vrais critères de sélection des maitres de parents contractualisés
Depuis que la ministre de l’Education de base, Youssouf Adjidja née Halimata Alim, a décidé de rendre publiques les listes de quelque 3000 maîtres des parents contractualisés dans la première vague, avec presqu’un an de retard, des marches de protestation se multiplient à travers le pays : Douala, Kribi, Ngaoundéré, ... Lésés, de nombreux maîtres des parents accusent les tripatouillages qui ont émaillé un processus lent et manipulé. Outre le fait qu’aucun représentant de cette catégorie de travailleurs n’a été associé aux travaux de la commission de recrutement, des témoignages de corruption sont enregistrés.
Comment ne pas croire cet enseignant du secondaire, qui entre deux gorgées de bière, « vante sa force » de frappe, pour avoir fait recruter son épouse dans une école de la Menoua, alors que son nom ne figurait pas dans la liste initiale de son inspection ? « J’ai frappé fort en haut. Ils faisaient ça à la femme de qui ? », s’interroge- t-il publiquement, comme un défi. Pour ne s’en tenir qu’à l’Ouest, la plupart des écoles éligibles à l’affectation des maîtres des parents en cours de recrutement se trouvait dans le Noun. Sur la liste des 588 potentiels contractualisables, affichée à la délégation régionale en 2014, laquelle devait servir de vivier à la sélection des trois vagues annoncées (2014 – 2016) des instituteurs à contractualiser, les seules écoles qui offraient de chances pour un poste de travail se trouvaient dans ce département.
Sur les 202 écoles éligibles, la Mifi, les Bamboutos, le Haut Nkam, la Menoua, le Koung Khi, les Hauts Plateaux et le Ndé s’en sortaient avec 58 places. Le reste, 144 postes, presque les ¾ du volume des recrutements, se trouvait en pays Bamoun. Les responsables à la base marquent leur surprise. Lorsque les listes ont été affichées, les inspections du Noun avaient presque le même nombre de recrues que les autres. Des écoles non programmées au départ se seraient retrouvées avec des enseignants, tout comme des noms nouveaux apparaissent. Des écoles publiques dans la ville de Bafoussam (Bamendzi, groupe 3 ; Kena, groupe B ; Djemoum) ont des recrues, alors qu’on se plaint du sous-emploi des maîtres citadins.
Attendus dans les zones dites d’éducation prioritaire, des instituteurs contractualisés se retrouvent là où on refuse d’affecter des agents plus anciens. La réglementation prévoit que les candidats à la contractualisation devaient tous être issus du fichier des écoles, établi pour cette cuvée durant l’année scolaire 2012/2013. On dénonce l’existence des faux enseignants dans ces listes. Des noms de titulaires de Capiem, le diplôme exigible certes, mais qui n’exercent pas là ou sont dans le privé et ont été positionnés dans certaines écoles-cibles par des parrains haut placés.
Nombre de ces hiérarques avaient d’ailleurs mal pris la rigueur annoncée dans la procédure de sélection de cette vague à problèmes, avons-nous appris dans les services du Minedub. On évoque des remboursements aux postulants déçus. Dans plusieurs écoles concernées, ce n’est pas la sérénité entre les enseignants. Ceux qui méritaient d’être contractualisés et ont été doublés par leurs collègues moins anciens sont découragés. « Comment voulez-vous qu’ils nous obéissent dès lors qu’ils savent que ce sont nos chefs qui les ont fait recruter ? Ils savent qu’en cas de mauvais rendement, ces gens seront toujours là pour les couvrir », se plaint un inspecteur d’arrondissement. La date d’obtention du diplôme est une autre pomme de discorde.
Des instituteurs affirment que certains retenus ont eu le Capiem après 2012 et que la date portée devant leurs noms est un maquillage. Devant les services déconcentrés du Minedub, un communiqué du ministre annonce pour le 30 mai prochain, la clôture du dépôt des dossiers en vue de la contractualisation de la deuxième vague. Quelque 3000 autres postes sont à pourvoir. Les candidats doivent avoir au plus 40 ans, être titulaires du Capiem à la session de 2013 ou avant, enseigner dans une école où le besoin se fait sentir. Pour s’assurer qu’il s’agira de vrais maîtres des parents, Mme Youssouf Adjidja exige des postulants cette fois, la production des justificatifs des trois derniers mois de salaire, signés par le président de l’Apee ou du conseil d’école.
Là encore, les postulants affirment que « c’est la chose la plus facile à fabriquer ». Ici et là, plus personne n’est sensible aux appels à la dénonciation des racketteurs et autres « réseauteurs ». En privé, les maîtres des parents en course confessent qu’ils ne se laisseront plus prendre au piège de l’incantation ministérielle sur la transparence. Sans avoir fini avec le dossier, ils cherchent déjà le « tuyau ». Le coût des marchandages avoisinerait le million.
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