CAMEROUN :: Affaire Zogo : Amougou Belinga retente sa liberté :: CAMEROON
© Camer.be : Toto Jacques | 17 Jul 2026 10:54:23 | 404Détenu depuis février 2023, le magnat des médias Jean-Pierre Amougou Belinga tente à nouveau d'obtenir sa liberté provisoire. Mais le ministère public s'y oppose, tandis que la procédure devant la Cour d'appel du Centre est renvoyée au 20 août 2026 en raison d'une composition jugée irrégulière.
Trois ans et demi. C'est le temps qui s'est écoulé depuis la découverte du corps martyrisé de Martinez Zogo, le 22 janvier 2023. Trois ans et demi d'une procédure judiciaire qui, loin d'approcher d'un dénouement, semble s'enliser dans des débats procéduraux sans fin. Ce 16 juillet 2026, le tribunal militaire de Yaoundé se penche sur une énième demande de mise en liberté provisoire de Jean-Pierre Amougou Belinga. Une demande de plus. Un espoir de plus pour l'accusé. Une crainte de plus pour la famille du journaliste assassiné.
L'accusé qui ne veut pas renoncer
Jean-Pierre Amougou Belinga n'a jamais cessé de clamer son innocence. Depuis son incarcération en février 2023, le patron du groupe l'Anecdote qui possède les chaînes Vision 4 et Télésud multiplie les recours pour obtenir sa liberté provisoire. Chaque demande est examinée. Chaque demande est rejetée.
Ce 16 juillet 2026, une nouvelle audience s'est tenue devant le tribunal militaire de Yaoundé. À la barre, les avocats de l'accusé ont plaidé pour une remise en liberté. En face, le ministère public a réitéré son opposition, estimant que la gravité des charges, complicité de torture, enlèvement et assassinat justifie le maintien en détention.
« La gravité des faits reprochés et les risques de fuite constituent des obstacles insurmontables à toute libération provisoire », argumente le parquet militaire, qui s'appuie sur une ordonnance de renvoi accablante signée par le Colonel-Magistrat Pierrot Narcisse Nzié.
Le témoignage qui accuse
L'ordonnance de renvoi du juge d'instruction militaire dresse un faisceau d'indices. Au centre de l'accusation : les aveux du Lieutenant-Colonel Justin Danwé, ancien chef des opérations de la Direction générale des recherches extérieures (DGRE).
Danwé a déclaré avoir reçu une enveloppe de 2 millions de FCFA en lien avec l'opération. Il a également affirmé que l'ordre venait d'en haut. Les images de vidéosurveillance, versées au dossier, renforcent l'accusation. La défense, elle, conteste la fiabilité de ces témoignages et dénonce une instrumentalisation politique du dossier.
La Cour d'appel renvoie au 20 août
Parallèlement à l'examen de la demande de liberté provisoire, la procédure devant la Cour d'appel du Centre a connu un nouveau rebondissement. L'affaire, qui devait être examinée, a été renvoyée au 20 août 2026. Motif : une composition jugée irrégulière de la juridiction.
Un renvoi de plus. Depuis l'ouverture du procès, les reports s'accumulent. En novembre 2025, une audience avait déjà été renvoyée après des protestations du collectif des avocats des ayants droit de la victime, qui dénonçaient une audience non notifiée. En mars 2026, une nouvelle collégialité avait été mise en place après un blocage interne : le président de la juridiction optait pour la libération, son vice-président s'y opposait. Face à ce blocage, la présidente de la cour avait saisi le ministre de la Justice, Laurent Esso.
La bataille des assesseurs
Lors de l'audience du 16 juillet, un nouvel incident procédural est venu émailler les débats. Maître Charles Tchoungang, avocat de la défense, a sollicité du président de la juridiction la désignation d'un assesseur militaire. Une demande en apparence technique, mais qui revêt une importance stratégique.
La réponse du président a été cinglante : « Ce n'est pas moi qui nomme l'assesseur militaire. C'est le Président de la République ou alors le Ministre de la Défense, Monsieur Beti Assomo ».
Cette déclaration met en lumière un point crucial : la nomination des assesseurs militaires, qui siègent aux côtés des magistrats civils dans les tribunaux militaires, relève du pouvoir exécutif. Une situation qui, pour les observateurs, pose la question de l'indépendance de la justice dans ce dossier hautement politique.
Un procès qui dure, une vérité qui se fait attendre
L'affaire Martinez Zogo est devenue, en trois ans et demi, le symbole des lenteurs de la justice camerounaise. Le 17 janvier 2023, le journaliste de 50 ans, directeur de la radio Amplitude FM, était enlevé devant un poste de gendarmerie dans la banlieue de Yaoundé. Cinq jours plus tard, son corps nu et mutilé était retrouvé à 15 kilomètres au nord de la capitale.
En juin 2026, des images insoutenables de la torture infligée à Martinez Zogo ont été diffusées lors d'une audience du tribunal militaire. Des vidéos qui ont sidéré la salle et relancé l'indignation de l'opinion publique.
Pourtant, malgré ces preuves accablantes, le procès piétine. Les renvois s'enchaînent. Les débats procéduraux prennent le pas sur le fond. La famille du journaliste, elle, attend toujours que la justice dise son nom : qui a tué Martinez Zogo ?
Un enjeu politique plus que judiciaire ?
L'affaire Martinez Zogo dépasse le cadre judiciaire. Elle touche au cœur du fonctionnement de l'État camerounais. Le journaliste dénonçait la corruption au sommet de l'État. Son assassinat a été qualifié par Human Rights Watch de « meurtre d'un journaliste » appelant à une enquête indépendante.
La présence d'acteurs clés du renseignement parmi les accusés dont l'ex-patron de la DGRE, Maxime Eko Eko ajoute une dimension politique au dossier. Et si le procès s'éternise, c'est peut-être parce que la vérité dérange.
La décision du tribunal militaire sur la nouvelle demande de mise en liberté provisoire d'Amougou Belinga était attendue dans la journée du 16 juillet. Quelle qu'elle soit, elle ne mettra pas fin à une affaire qui, trois ans et demi après les faits, continue de secouer le Cameroun.
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