Appel de Patrice Nganang au génocide:« Le Ministère public doit porter plainte contre cet individu »
© Cameroon Tribune : Propos recueillis par Jean Francis BELIBI | 13 juil. 2019 09:20:00 | 6675Maître, un individu dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux appelle à un génocide de l’une des ethnies du Cameroun. Qu’est-ce que cela vous suggère?
Premièrement, vous me permettrez de ne pas citer le nom de cette personne, pour ne pas lui faire de la publicité dans votre journal qui est une publication sérieuse. J’ai regardé cette vidéo du début jusqu’à la fin. Le premier sentiment qui m’a animé est celui de la honte, parce que je me dis, voilà un soi-disant intellectuel qui prend la peine de dire tout haut ce qui est interdit partout dans le monde, c’est-à-dire l’appel au génocide qui n’est rien d’autre qu’un crime contre l’humanité. Si un tel pseudo intellectuel tient ce type de propos, c’est une honte pour la science. Quand on pense qu’il se dit professeur, je me demande ce qu’il enseigne aux étudiants. Le second sentiment est celui de la condamnation. Je condamne cette façon de faire de la politique parce que ça nous réduit à de la sauvagerie. On ne peut pas imaginer dans le contexte actuel du monde, qu’un politicien se lève pour appeler au génocide. Dans ces conditions-là, mon sentiment est qu’il faut agir. On ne doit pas laisser cette affaire tomber dans le silence.
Justement, qu’est-ce que le Cameroun qui est visé par cet appel peut faire ?
Nous avons deux niveaux dans lesquels nous pouvons agir. Le premier, c’est la justice camerounaise. Nous sommes un Etat organisé avec une justice. Il faut que le Ministère public porte plainte contre cet individu. Où qu’il se trouve, il sera jugé par la justice camerounaise. Et il encourt une condamnation par coutumace. Ce qui fait que, si par extraordinaire il remettait ses pieds dans ce pays, il se trouvera en face de sa condamnation. Le deuxième niveau c’est à l’international. Vous savez, la plupart de nos compatriotes qui vivent à l’étranger s’imaginent qu’ils peuvent poser des actes contre les intérêts du Cameroun sans conséquences juridiques pour eux. Il faut aujourd’hui démentir cette façon de penser. Il y a des Etats avec lesquels nous avons des accords juridiques. C’est le cas de la France et de beaucoup d’autres. Ça veut dire qu’un Camerounais qui pose un acte contre l’Etat du Cameroun dans l’un de ces pays peut être poursuivi. Mais ensuite, il y a la réglementation internationale. Le génocide est classé comme crime contre l’humanité.
Selon nos informations, il serait Américain…
S’il est Américain, tant mieux. Parce que la législation américaine là-dessus est encore plus sévère. Il faut que dans ce pays, on comprenne que le Cameroun doit défendre ses intérêts où que l’on se trouve. Aux Etats-Unis, il faut que le gouvernement porte plainte contre cet individu. La preuve est là : nous avons un support audio-visuel. Celui-ci doit être apporté à la justice américaine pour poursuivre cet individu pour appel au génocide.
On sait qu’il y a 25 ans, de tels appels avaient causé environ un million de morts à un pays, le Rwanda en quelques mois seulement. Comment jugez-vous l’attitude de la communauté internationale qui est sans réaction face à de tels propos?
C’est au gouvernement camerounais de réagir à ces attaques. Il est clair aujourd’hui que les autres pays attendent de voir la réaction du Cameroun. Si le gouvernement décide de poursuivre cet individu au niveau des Etats-Unis d’Amérique, vous allez voir la réaction de la justice américaine. Elle sera à la mesure du crime qu’il a commis. Les déclarations seules ne vont pas suffire. Nous avons une corporation d’avocats au Cameroun qui est bien connue et compétente. Rien n’empêche le gouvernement de constituer des avocats et de les envoyer attaquer ces gens-là où ils sont. Il faut réagir aujourd’hui avec la manière forte. L’Etat doit marquer sa présence partout où notre pays est attaqué. C’est d’autant plus facile que le Cameroun n’est pas attaqué par des étrangers. Mais il l’est par ses propres fils où des binationaux. Nous les connaissons. Il est facile aujourd’hui de commettre des avocats pour suivre des procédures là où se trouvent ces individus. Ils sauront qu’ils ne sont pas en sécurité et qu’ils peuvent être poursuivis partout .
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