Un activiste torturé pour avoir dénoncé les poubelles de Douala
© Camer.be : Toto Jacques | 25 avr. 2026 12:46:25 | 3352Des milliards impayés, des rues nauséabondes et un homme bâillonné
Jacques Bertrand Mang est sorti de l'hôpital Laquintinie il y a deux jours. La police l'avait interné de force au pavillon psychiatrique. Son crime : filmer les déchets qui envahissent les rues de Douala.
Un activiste réduit au silence, puis libéré
Mang avait été interpellé sans mandat d'amenée. Au commissariat de New Bell, il a subi des actes de torture selon les informations disponibles. Les policiers l'ont ensuite conduit de force à l'hôpital Laquintinie et l'ont contraint d'y rester plusieurs jours.
Depuis sa libération, l'activiste ne peut plus s'exprimer verbalement sur la gestion des déchets à Douala. Il a néanmoins trouvé d'autres formes d'expression pour continuer à documenter ce qu'il considère comme une crise sanitaire d'ampleur.
La dette de l'État : le nœud du problème
L'État camerounais doit plusieurs milliards de francs CFA à Hysacam, la société privée chargée de la collecte et du traitement des ordures dans les principales métropoles du pays. Cette dette crée une rupture directe dans la chaîne de service public.
Hysacam détient depuis des décennies le contrat de gestion des déchets urbains au Cameroun. Sans paiement, les camions ne tournent pas. Les déchets s'accumulent. Les rues de Douala et Yaoundé témoignent aujourd'hui de cette défaillance institutionnelle profonde.
Une façade propre pour le pape, une réalité sous les tapis
Le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a récemment réagi. Sa solution : distribuer des balais et des bacs à ordures au maire de Yaoundé. Objectif affiché assainir la capitale avant la visite du pape François.
Atanga Nji a également menacé d'interpeller quiconque jetterait des ordures dans la rue. Une posture répressive qui évacue la question centrale : pourquoi l'État n'honore-t-il pas ses engagements financiers envers Hysacam ?
La logique est saisissante. L'État ne paie pas le prestataire. Les déchets s'entassent. Un citoyen dénonce. Il est arrêté, torturé, hospitalisé de force. Et le ministre distribue des balais.
Les enjeux : entre répression civique et risque épidémique
La crise sanitaire dans les villes camerounaises va s'aggraver si la dette publique envers Hysacam n'est pas soldée. Les maladies liées aux déchets choléra, typhoïde, paludisme progressent dans les quartiers les plus exposés.
Sur le plan civique, l'affaire Mang envoie un message clair aux lanceurs d'alerte : documenter les défaillances de l'État peut conduire à la psychiatrie forcée. Ce précédent fragilise durablement l'espace de liberté d'expression au Cameroun.
Ll'absence de modèle viable de gestion des déchets urbains au Cameroun risque de transformer les métropoles en zones à risque permanent. Douala et Yaoundé concentrent une urbanisation rapide. Sans infrastructure solide, les conséquences sanitaires seront massives.
Jusqu'où peut-on bâillonner ceux qui montrent ce que l'État préfère cacher ?
L'affaire Jacques Bertrand Mang révèle deux crises imbriquées : une crise de gouvernance urbaine et une crise des libertés publiques. Quand dénoncer une poubelle devient un acte réprimé par la police, c'est que la poubelle contient aussi quelque chose d'autre la vérité sur l'État.
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