Six fois refoulé aux portes de l’Enam
© Le Jour : Cécile Ambatinda | 12 oct. 2020 09:38:00 | 9468Le jeune homme de 30 ans a été 5 fois admissible et une fois sur la liste d’attente au concours d’entrée dans cette école.
Le jeune homme est désemparé. Il vient une fois de plus d’essuyer un échec au concours d’entrée à l’Ecole nationale d’Administration et de Magistrature (Enam). Il est à son sixième échec cette année. A l’annonce des résultats, il y’a quelques jours, il a eu un choc. Au moment de notre entretien, il revenait de l’hôpital. « J’ai été mis sous perfusion. J’ai chuté parce que je ne comprends pas que, ceux que je forme soient majors. Je n’oserais pas dire qu’ils n’ont pas mérité. Ils sont majors et moi leur formateur, je ne suis même pas sur la liste d’attente », s’interroge-t-il. Le trentenaire avait subi un premier coup lors de son échec en 2014. « J’ai fait une dépression.
C’était le premier échec de ma vie. Je me suis enfermé pendant une semaine dans ma chambre. Au sortir de là, j’ai gagné en maturité », se souvient-il. Son périple dans cette école débute en 2014. « J’ai commencé à m’entrainer. Ça a été très difficile parce que je n’ai jamais fait droit et économie. Je me suis donné à fond. En 2014, j’ai été admissible dans la filière Prix, Poids et mesures, cycle B. Les résultats définitifs n’ont pas été concluants. Je me suis dit que c’était une première tentative.
Il faut se remettre au travail », relate-t-il. En 2015, il se présente à nouveau. Cette fois, il est sur la liste d’attente. « Je me dis que le niveau est déjà bon. Je m’attendais à ce qu’on m’appelle ; ça n’a pas été le cas », exprime-t-il avec regret. L’année suivante, il n’a pas baissé pas les bras. Il affronte encore les épreuves d’admissibilité au concours d’entrée à l’Enam. Avec l’expérience acquise, il décide de se présenter au cycle A. « En 2016, je veux me présenter aux cours de préparation comme candidat mais, mes encadreurs me retiennent plutôt comme un chargé de travaux dirigés au vu de mon niveau. Cette année, mes dossiers sont pour le niveau supérieur. Chose curieuse, les candidats que je forme sont des majors mais, moi je ne suis pas admis », déplore-t-il.
Un nouvel espoir
Il décide d’abandonner ce concours. La nomination d’un nouveau Directeur général à la tête de cette école suscite une lueur d’espoir pour lui. « J’ai composé avec le directeur général actuel en 2014. Je me dis voilà un jeune qui vient aux affaires. J’aurai toutes mes chances. Je me relance ; je suis admissible au cycle A. Finalement, rien ne marche. Une autre tentative en 2020, sans résultat », indique-t-il, dépité. Il ajoute : « mon nom a été six fois sur les listes de l’Enam. Ce qui fait mal, ce n’est pas l’échec. C’est de voir ceux qu’on a formés entrer, sortir et prendre service. » Le jeune homme se souvient des railleries de ses camarades. « Quelquefois, ils viennent nous narguer», déplore-t-il.
L’âge avance
« Mon âge avance. J’ai peur. Il y’a un temps pour bâtir sa carrière. Le bon administrateur c’est celui-là qui entre avec de l’âge et a le temps d’exercer avec amour et passion. Quand on entre avec un âge avancé cela peut motiver la corruption », pense-t-il. Les félicitations du jury ont à diverses occasions été une assurance pour le malheureux candidat mais hélas ! Il raconte : « A l’oral, le président du jury s’est levé pour me saluer et m’a dit : vous êtes un administrateur ; vous avez l’art de parler. Lors de la session de 2020, j’ai été félicité d’être parfaitement bilingue. Je suis ressorti de là complètement rassuré de mon admissibilité définitive. »
Il souhaite voir le mérite mis en avant au sein de cette école. « Mon témoignage n’est pas dans le but de déstabiliser les institutions. Je suis un républicain. Je respecte les institutions et je n'ai jamais impliqué dans une affaire louche. Je veux juste qu’il y ait une promotion du mérite. Le chef de l’Etat dans ces discours à la Nation, à la Jeunesse, a mentionné ce mérite. Même M. Angoula dans ses propos, promeut le mérite. Le ministre, Joseph Le, de la Fonction publique, tient le même discours. Vous n’imaginez pas combien ça coûte les dossiers de l’Enam, la préparation mentale, financière, c’est énorme », se révolte-t-il.
Cet échec consécutif a des conséquences énormes sur lui. Doctorant en mathématiques, il a perdu confiance en lui et ses études sont affectées. « Mon désir est que, la vérité soit restaurée et qu’on cesse de nous frustrer. Lorsque nous sommes frustrés, nous perdons confiance en nous ; « Les recherches de ma thèse sont freinées parce que je ne crois plus en moi. »
« C’est ça la vie, tomber sept fois, se relever huit fois », le jeune homme a traité de ce sujet et entend faire preuve de persévérance. Il a encore deux années avant d’atteindre l’âge limite (32 ans, ndlr). Il fera encore partie des effectifs au concours d’entrée à l’Ecole nationale d’Administration et de Magistrature en 2021.
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