Reforme : L’Etat peut-il supprimer les avantages des fonctionnaires ?
© Le Jour : Younoussa Ben Moussa | 06 mars 2017 10:24:15 | 5745Les institutions de Bretten Woods demandent au gouvernement comme mesure d’austérité de payer uniquement les salaires. Les négociations continuent. Le sujet est jugé hautement sensible.
La Banque mondiale demande à l’Etat du Cameroun de supprimer les primes et autres avantages versés aux fonctionnaires. L’information est rapportée par nos confrères Intégration, dans son édition en kiosque. Le sujet est sur la table des discussions en ce moment à Yaoundé. Dans le raisonnement de la BM, ces économies vont permettre à l’Etat de continuer à recruter.
Le Jour est allé comprendre en quoi cette mesure, si elle est adoptée, serait un vrai problème comme le disent plusieurs sources. D’abord, il faut savoir qu’en ce moment, le nombre d’agents de l’Etat est estimé à 290027. Ils vont coûter au contribuable la somme de 998,5 milliards de Fcfa cette année 2017. Outre les salaires bruts, l’Etat mobilise des centaines de milliards par an pour payer les primes à ces agents. Il s’agit de la dotation en carburant et lubrifiant, des indemnités de mission à l’intérieur et à l’étranger. C’est le cas aussi des heures supplémentaires, des gratifications, des indemnités spécifiques, des indemnités forfaitaires de tournées et de risque, des indemnités de permanence, des primes de rendement, des primes pour travaux spéciaux et de primes spécifiques.
Une minorité en profite
Pour la banque mondiale, une telle générosité est préjudiciable et même intenable. Surtout que le gouvernement envisage de passer la barre de mille milliards de masse salariale en 2019 parce que ses effectifs augmentent de 7% l’an. En fait, les institutions de la Banque mondiale se plaignent surtout du profil et du nombre des bénéficiaires. « Pour nos partenaires, et c’est une réalité, ces avantages profitent à une minorité. Même chez les fonctionnaires, tout le monde n’est pas traité de la même manière. Il faut donc payer simplement les salaires et ces avantages vont permettre à l’Etat de faire des économies et surtout continuer à recruter », avoue une source.
« Nous tenons à mettre en garde le gouvernement, si jamais il venait à s'approprier cette recommandation en la rendant exécutoire. Car, il s'agira là d'une méprise de trop contre ces travailleurs qui, avec l'un des pouvoirs d'achat les plus bas de la région Afrique, ne se sont jamais remis de la baisse drastique (+ de 70%) de leurs salaires en 1993 », réagit Jean Marc Bikoko, président de la centrale syndicale du secteur public.
Avantages
Le sujet est une grande préoccupation pour les agents de l’Etat. Pour le comprendre, il faut d’abord rappeler la place qu’occupent les primes dans les revenus des fonctionnaires. Un enseignant d’université, maitre de conférences(Mc) a ouvert pour nous dans le cadre de cette enquête son bulletin de solde. Son salaire brut est de 324092 Fcfa, en tant que Mc, il a, comme prime 130 000 Fcfa, sa prime technique est évaluée à 40 000 Fcfa.
« Oui, c’est exact, mais il aurait aussi dû vous préciser l’enveloppe qu’il touche lors des soutenances, ce qu’il gagne lorsqu’il encadre des étudiants, et surtout les primes de recherche et de documentation. Sans parler des prestations académiques. Ils s’en sortent avec des millions », avance une source en service au ministère des Finances. Mais les gros de cet argent est consommé dans les missions. Un fonctionnaire, peut avoir, en fonction de son grade et de lieu de sa mission par exemple 100 000 Fcfa par jour. Il peut faire une mission d’un mois.
Pas une seule fois. Pas deux par an. « En fait, le salaire d’un fonctionnaire n’est pas consistant. Ils comptent surtout sur les avantages », analyse notre source. Ce sont ces avantages que la Banque mondiale et le Fmi n’en veulent plus. Pourront-ils convaincre le gouvernement ? Nul ne le sait. Mais il y a une jurisprudence dans la sous-région. Au Congo par exemple, les déplacements à l’étranger sont restreints et la taille de la délégation ne va pas au-delà de trois personnes. Les primes aux ministres, aux membres de leurs cabinets, aux députés sont supprimées. Tout comme les subventions accordées aux partis politiques.
Les mêmes mesures ont été prises au Tchad. Même les bourses aux étudiants sont supprimées. Va-t-on dupliquer cela au Cameroun ? On le saura dans les prochains jours. « Il faut le faire pour le salut de tous, mais il ne faut pas toucher les petits agents. Il faut réduire les missions et couper la vannes aux membres du gouvernement et assimilés qui bénéficient de cet argent au détriment du peuple », suggère encore notre source.
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