Cameroun : et si Genève devenait sa capitale ?
© Camer.be : Paul Moutila | 22 juil. 2026 12:18:33 | 2307Quarante-quatre jours sans président, un pays en attente, et une proposition qui fait rire jaune : transférer la capitale du Cameroun à Genève, palace suisse inclus.
La question qui brûle les lèvres
Depuis 44 jours, le Cameroun tourne au ralenti. Le président Paul Biya, 93 ans, a quitté Yaoundé le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe ». Il n'est toujours pas rentré. Dans les salons, sur les réseaux sociaux, dans les taxi-brousse et les ministères désœuvrés, une même question revient en boucle : où est passé le Lion ? Et, dans un élan de sarcasme aussi désespéré que créatif, les Camerounais ont trouvé une réponse : et si Genève devenait la nouvelle capitale du Cameroun ?
L'idée, née sur les réseaux sociaux, est simple, cinglante et profondément politique : puisque le chef de l'État semble avoir élu domicile à l'hôtel Intercontinental de Genève, pourquoi ne pas officialiser la chose ? Une révision constitutionnelle, un déménagement, et voilà : Yaoundé cède sa place à la cité suisse, l'Intercontinental devient palais présidentiel. La blague est virale. Mais derrière le rire, c'est tout un pays qui interroge le silence des institutions.
44 jours d'absence, un record inquiétant
Le 7 juin 2026, Paul Biya quitte le Cameroun en compagnie de son épouse Chantal. La présidence parle d'un « court séjour privé en Europe ». Quarante-quatre jours plus tard, le président n'a toujours pas reparu en public. C'est la plus longue absence du chef de l'État hors de ses frontières.
Sur les réseaux sociaux officiels du cabinet civil, des messages sont publiés en son nom : félicitations à Emmanuel Macron pour la fête nationale française, vœux au président du Monténégro. Mais aucune apparition publique, aucune prise de parole directe. Le vide est comblé par les rumeurs. Jeune Afrique évoque des soins dans une clinique privée de Genève. La présidence dément, le RDPC, parti au pouvoir, tente de rassurer : « Le pouvoir n'est pas vacant. Le Lion n'est pas parti » , écrit Christophe Mien Zok.
Mais à Yaoundé, l'inquiétude gronde. Les acteurs politiques s'impatientent. Le constitutionnaliste Pr Jean Calvin Aba'a Oyono dénonce une « posture de président de la République à éclipse » et accuse le Conseil constitutionnel de « faute professionnelle par évitement ».
Une vacance du pouvoir sans texte
Le débat est juridique, mais il est aussi politique. L'opposition, par la voix du député Jean-Michel Nintcheu (FCC), a saisi le Conseil constitutionnel pour qu'il constate la vacance du pouvoir. L'Union Démocratique du Cameroun (UDC) appelle à la transparence pour garantir « la stabilité de la République » .
Le problème ? Aucun texte camerounais ne fixe une durée maximale d'absence du président hors du territoire. Si certains analystes estiment qu'au-delà de 45 jours, le Conseil constitutionnel devrait agir, la loi ne le prévoit pas explicitement. « Une absence prolongée du territoire national ne constitue pas automatiquement une vacance du pouvoir » , reconnaît l'UDC.
La situation est d'autant plus complexe que la révision constitutionnelle d'avril 2026 a créé un poste de vice-président. Ce nouveau numéro deux, nommé par le président, doit assurer la succession en cas de vacance. Mais aucun vice-président n'a été nommé. Le Cameroun se retrouve donc dans un entre-deux institutionnel : une fonction créée, mais pas pourvue. Un président absent, mais pas officiellement empêché.
La dérision citoyenne : « Genève, capitale du Cameroun »
C'est dans ce contexte de flou juridique et d'inquiétude diffuse qu'est née la blague. Sur Facebook, X (ex-Twitter), TikTok et WhatsApp, les Camerounais se sont emparés de l'absurde.
« Puisque le président passe plus de temps à l'Intercontinental de Genève qu'à Yaoundé, pourquoi ne pas modifier la Constitution pour faire de Genève la capitale du Cameroun ? »
La publication, reprise des milliers de fois, est accompagnée de montages photo où l'on voit le palais présidentiel d'Étoudi remplacé par la façade de l'hôtel Intercontinental. D'autres suggèrent de renommer le lac Léman en « lac Yaoundé ». L'humour est noir, mais il dit une vérité : le sentiment d'abandon.
Car l'absence du président n'est pas qu'une question symbolique. Elle a des conséquences concrètes. Des décrets en souffrance, des nominations qui n'aboutissent pas, une administration qui tourne au ralenti. Le pays fonctionne « en mode pilotage automatique » , dénoncent certains. Et quand le pilote est aux commandes depuis Genève, à des milliers de kilomètres, l'ironie n'est pas loin.
Conséquences : Un État en suspens, une opposition qui monte
L'absence prolongée de Paul Biya fragilise les institutions. Le RDPC tente de maintenir la barre, mais les fractures internes commencent à apparaître. L'opposition, elle, voit une opportunité politique. Jean-Michel Nintcheu, qui avait déjà porté plainte contre le président en 2024, est aujourd'hui en première ligne pour exiger la transparence.
La communauté internationale observe. La Suisse, pays hôte, se retrouve dans une position délicate. Des manifestations ont déjà eu lieu devant l'Intercontinental. Genève, capitale diplomatique mondiale, devient malgré elle le théâtre d'une crise politique camerounaise.
Et demain ?
Deux scénarios se dessinent.
Le premier : Paul Biya rentre au Cameroun, met fin aux spéculations, et le pays reprend son cours. Le RDPC pourra alors nommer un vice-président, conformément à la révision constitutionnelle, et préparer la transition.
Le second : l'absence se prolonge. Le Conseil constitutionnel est saisi, la vacance est constatée, et le président du Sénat ou, si le poste est pourvu, le vice-président assure l'intérim. Une élection présidentielle anticipée pourrait alors être organisée dans les 120 jours.
Mais en attendant, les Camerounais rient. Parce que c'est plus supportable que de pleurer. Parce que l'humour, au Cameroun, a toujours été une arme de résistance. Parce que, comme le dit un internaute : « Si le président peut gouverner depuis Genève, alors Genève est notre capitale. Point. »
Qu'en pensez-vous ? Genève devrait-elle devenir la capitale du Cameroun ? C'est une blague, bien sûr... mais jusqu'à quand peut-on rire de l'absence de son président ?
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