Octobre 2025 : un an de silence sur les PV
© Camer.be : Paul Moutila | 08 oct. 2026 16:51:00 | 379Un an après la réélection de Paul Biya, les procès-verbaux publiés par Tchiroma n'ont jamais été confrontés à ceux des autres candidats. Analyse.
Le résultat officiel est connu, la contestation aussi. Mais sans confrontation contradictoire des documents détenus par tous les candidats, la crise de confiance née du scrutin du 12 octobre 2025 reste entière.
Le 12 octobre 2025, les Camerounais votaient. Le 27 octobre, le Conseil constitutionnel proclamait Paul Biya vainqueur avec 53,66 % des voix, contre 35,19 % pour Issa Tchiroma Bakary.
Un an plus tard, le pays ne sait toujours pas ce que disent les procès-verbaux détenus par les autres candidats. Tchiroma a publié les siens. Les autres les ont-ils encore ? Pourquoi ne les montrent-ils pas ?
Les faits : ce que l'on sait, ce que l'on ignore
Le 12 octobre 2025, le Cameroun organisait son élection présidentielle. Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, briguait un huitième mandat à 92 ans. Onze autres candidats étaient en lice.
Le 27 octobre, le Conseil constitutionnel proclamait les résultats officiels. Paul Biya : 53,66 %. Issa Tchiroma Bakary : 35,19 %. Cabral Libii : 3,41 %. Bello Bouba Maigari : 2,45 %.
Ces chiffres sont juridiquement proclamés. Les décisions du Conseil constitutionnel en matière électorale sont sans recours. Mais un résultat proclamé n'est pas nécessairement un résultat vérifié.
Dès le soir du scrutin, Issa Tchiroma Bakary revendiquait la victoire. Le 20 octobre, il publiait ce qu'il présentait comme les procès-verbaux de 18 départements sur 58. Son équipe affirmait que ces documents couvraient près de 80 % de l'électorat national.
Des médias ont documenté cette publication. RFI, l'AIP, Xinhua et d'autres ont relayé l'information.
La question qui fâche : et les autres ?
Issa Tchiroma n'était pas le seul candidat à disposer de représentants dans les bureaux de vote. Cabral Libii, Bello Bouba Maigari, Joshua Osih, Tomaïno Ndam Njoya et les autres en avaient aussi.
La loi électorale camerounaise prévoit que les représentants des candidats signent les procès-verbaux des résultats. Chaque candidat dispose donc, en théorie, d'une copie des documents qui attestent du vote bureau par bureau.
Où sont ces documents ? Un an après, aucun des autres candidats n'a rendu publics ses procès-verbaux. Ni les compilations, ni les tableaux de résultats, ni les données permettant de reconstruire le vote.
La question n'est pas de savoir si ces documents existent. La question est de savoir pourquoi ils ne sont pas publiés.
Ce que la réforme électorale de 2026 a changé
Le 14 avril 2026, Paul Biya a promulgué une loi modifiant le code électoral. La réforme a notamment levé la limite de dix-huit mois jusque-là applicable à la prorogation du mandat des conseillers municipaux.
Pour l'opposition, cette modification ouvre la voie à des reports indéfinis. Le FDC de Denis Emilien Atangana a publiquement appelé à un nouveau report des législatives et municipales prévues en février 2027.
Ce que cette réforme ne change pas, en revanche, c'est le cœur du problème soulevé par la crise d'octobre 2025 : la transparence sur les procès-verbaux.
Le bilan humain de la crise
La période post-électorale a été marquée par des manifestations et une répression violente. Le gouvernement camerounais a annoncé un bilan officiel de 16 morts et plus de 800 interpellations.
Human Rights Watch a documenté l'usage de gaz lacrymogènes et de munitions réelles par les forces de sécurité. L'ONG a fait état de fortes divergences sur le nombre de personnes tuées, l'opposition évoquant 55 morts selon ses propres décomptes.
Le décès d'Anicet Ekane, dirigeant du MANIDEM et soutien de Tchiroma, le 1er décembre 2025 en détention à Yaoundé, a suscité des demandes d'enquête indépendante. Il avait été arrêté le 24 octobre, deux jours après avoir mis en garde contre « une incitation à la révolte ».
Ces faits ne sont pas contestés. Ce qui l'est, c'est la responsabilité et l'ampleur exacte de ce qui s'est passé.
L'hypothèse d'un arrangement tacite
Une question circule dans les milieux politiques camerounais : le silence des autres candidats sur la transparence électorale traduit-il une volonté de normaliser rapidement le jeu institutionnel ?
Certains seraient-ils davantage préoccupés par l'accès aux sièges parlementaires, aux commissions ou aux mairies que par une réforme profonde du système électoral ?
Il n'existe pas, sur la seule base du silence concernant les PV, de preuve publique suffisante permettant d'affirmer l'existence d'un arrangement tacite ou d'un partage négocié des postes. Cette hypothèse ne peut être dissipée que par la transparence.
La question de fond : changer les hommes ou changer le système ?
Derrière les débats sur les PV et les calendriers électoraux, une question plus profonde se pose.
Le changement, est-ce simplement changer le président, obtenir quelques sièges de plus à l'Assemblée, contrôler quelques municipalités ? Ou bien est-ce changer les mécanismes qui déterminent qui gagne les élections et comment cette victoire est établie ?
Un système peut parfaitement changer ses occupants sans changer ses mécanismes. Et les citoyens découvrent alors que ceux qu'ils ont élus avec l'espoir d'une rupture finissent par fonctionner selon les mêmes règles que ceux qu'ils avaient remplacés.
Un an après le 12 octobre 2025, la question reste entière : où sont les procès-verbaux détenus par les autres candidats ? S'ils confirment le résultat officiel, qu'ils soient publiés. S'ils le contredisent, qu'ils soient publiés aussi.
La vérité n'a pas peur des documents.
Où sont les procès-verbaux des autres candidats de la présidentielle 2025 ?
Aucun des autres candidats n'a rendu publics ses PV. Seul Issa Tchiroma Bakary a publié les documents qu'il détenait pour 18 départements.
Le résultat officiel de la présidentielle 2025 est-il contesté ?
Le Conseil constitutionnel a proclamé Paul Biya vainqueur avec 53,66 %. Issa Tchiroma conteste ce résultat et affirme détenir des PV prouvant sa victoire.
Que s'est-il passé après la proclamation des résultats ?
Des manifestations ont éclaté. Le gouvernement a annoncé 16 morts et plus de 800 arrestations. HRW a documenté l'usage de la force létale et des arrestations massives. L'opposition évoque 55 morts.
Les législatives et municipales auront-elles lieu en 2027 ?
Elles sont prévues pour février 2027, mais plusieurs sources évoquent un possible report.
Lire aussi
Octobre 2025 : un an de silence sur les PV
Bello Bouba marionnette ? Gatama répond à Domche
Jules Domche : « Ils voulaient Kamto hors course à tout prix »
Compétence universelle : Tchiroma attaque Biya en Suisse
« Bello Bouba roulait pour Biya » : l'accusation qui secoue le Nord
Cameroun : Issa Tchiroma porte plainte à Paris
Anicet Ekane et Kamto : la révélation de Djeukam Tchameni sur l'alliance sans argent
Diaspora camerounaise : l'appel unitaire urgent de Tchiroma après l'élection d'octobre 2025
Cameroun – États-Unis:comment Trump a négocié en secret des expulsions contre 30 millions de dollars
Un ancien diplomate américain valide la victoire contestée d’Issa Tchiroma
Canal de vie
POINT DU DROIT
partenaire
évènement
vidéo de la semaine
vidéo camer
il y a une semaine
Affaire Joyce : 4 mois de silence, la Toile s'enflamme
Ukraine : 20 millions de réfugiés, le scénario qui glace l'Europe
FCC : le communiqué annonçant l'adhésion de Kamto est un fake
Affaire ex-Regifercam:Vente du Giratoire Joss à 5,5 milliards, l'État s'engage à payer la démolition
Jorge Jesus recadre Cristiano Ronaldo : « C'est moi qui décide »
il y a un mois
il y a un an