Port de Douala paralysé : la crise du scanning coûte 250 milliards au Cameroun
© Camer.be : Paul Moutila | 06 févr. 2026 10:53:09 | 5059Le Port autonome de Douala est en crise. Depuis plusieurs semaines, les dysfonctionnements liés à l'affaire du scanning paralysent progressivement le principal poumon économique du Cameroun. Malgré l'intervention du Premier ministre et la réhabilitation de la société SGS, la confusion persiste. Et les conséquences se font déjà sentir dans les assiettes, dans les usines et dans les caisses de l'État.
Une guerre commerciale aux portes du pays
Tout part d'un conflit autour du scanning, ce système de contrôle et de vérification des conteneurs qui transitent par le port. La bataille entre opérateurs pour gérer ce service stratégique a dégénéré en blocage opérationnel. Les marchandises s'accumulent, les délais s'allongent, les chaînes logistiques se grippent. Le Port autonome de Douala, qui représente plus de 95% du trafic portuaire national, devient un goulot d'étranglement pour toute l'économie camerounaise.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) estime les pertes à plus de 250 milliards de FCFA à ce jour. Une hémorragie financière qui fragilise un tissu économique déjà sous pression.
Le panier de la ménagère en première ligne
L'impact ne se limite pas aux statistiques macroéconomiques. Sur les marchés de Douala, Yaoundé et des principales villes du pays, les effets de la crise portuaire sont immédiatement visibles. Le sel de cuisine, produit de base indispensable dans chaque foyer, se fait rare. Son prix a doublé en quelques semaines, passant de 50 FCFA à 100 FCFA le verre. Une inflation brutale qui touche directement le pouvoir d'achat des ménages.
Cette pénurie révèle la vulnérabilité du système d'approvisionnement national. Lorsque le port ralentit, c'est toute la chaîne de distribution qui se disloque. Les commerçants peinent à renouveler leurs stocks, les consommateurs voient les prix s'envoler, et les tensions sociales montent.
Le secteur industriel asphyxié
Mais c'est le secteur industriel qui paie le prix le plus lourd. De nombreuses usines dépendent des intrants importés pour maintenir leur production. Matières premières, composants, pièces détachées : tout transite par le Port autonome de Douala. Quand ces flux s'interrompent, les machines s'arrêtent.
Plusieurs unités de production ont déjà ralenti leurs activités. Certaines ont été contraintes de fermer temporairement, faute d'approvisionnement. Les pertes s'accumulent, les emplois sont menacés, et la compétitivité du tissu industriel camerounais s'érode. Dans une économie qui peine à atteindre 4% de croissance, chaque jour de paralysie portuaire représente un recul supplémentaire.
Une solution introuvable malgré les réunions
Face à l'urgence, les autorités multiplient les réunions de concertation. L'objectif affiché : trouver une solution durable pour rétablir la fluidité des opérations. Mais entre les intérêts contradictoires des opérateurs privés, les enjeux de souveraineté et les pressions financières, le compromis tarde à émerger.
Le temps joue contre le Cameroun. Chaque semaine de blocage renforce les pertes économiques, nourrit l'inflation et fragilise la confiance des investisseurs étrangers. Dans un contexte où le pays cherche à attirer des capitaux pour financer son développement, l'image d'un port dysfonctionnel est désastreuse.
Un test pour la gouvernance économique
L'affaire du scanning au Port autonome de Douala dépasse le simple différend commercial. Elle révèle les failles structurelles d'une économie trop dépendante d'une seule infrastructure portuaire, insuffisamment diversifiée et vulnérable aux blocages administratifs ou techniques.
La capacité des autorités à résoudre cette crise rapidement sera un indicateur de leur aptitude à gérer les défis économiques majeurs. Le Cameroun ne peut pas se permettre de laisser son principal poumon économique en apnée. Les 250 milliards de FCFA déjà perdus ne sont que le début si la situation perdure.
Combien de temps encore le Cameroun peut-il se permettre de laisser son port à l'arrêt ?
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