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Paul Biya absent de l’ONU depuis 2017 : la diplomatie camerounaise s’efface

Paul Biya n’a plus foulé la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU depuis septembre 2017. Cette année encore, c’est son ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, qui a représenté le Cameroun à New York. Une absence qui interroge le poids réel de Yaoundé sur la scène mondiale.

New York, septembre 2026. La 81e Assemblée générale des Nations unies bat son plein. Les chefs d’État défilent à la tribune. Pour le Cameroun, c’est Lejeune Mbella Mbella qui parle. Comme en 2018. Comme en 2019. Comme chaque année depuis 2017.

Paul Biya, 93 ans, n’est pas là. Il n’est pas à New York. Il n’est pas non plus à Addis-Abeba, où se tiennent les sommets annuels de l’Union africaine. Selon les données compilées par Jeune Afrique sur la décennie 2014-2023, le président camerounais n’a participé qu’à deux reprises à l’Assemblée générale annuelle de l’ONU : en 2016 et 2017. Soit 20 % de présence. Le reste du temps, ses ministres ont parlé à sa place.

À l’Union africaine, le constat est plus sévère encore. Sur la même période, Paul Biya n’a pas assisté une seule fois aux sommets d’Addis-Abeba. Tout au plus s’est-il rendu au sommet UA-Union européenne à Bruxelles en 2014, puis à Abidjan en 2017.

74 jours à Genève : le séjour de trop

L’été 2026 a donné à cette « politique de la chaise vide » une illustration saisissante. Le 7 juin, Paul Biya quitte Yaoundé pour ce que la présidence présente comme un « court séjour privé en Europe ». Il ne rentre que le 20 août. Soixante-quatorze jours. Le plus long séjour à l’étranger depuis son arrivée au pouvoir en 1982.

Pendant ces dix semaines, les dossiers diplomatiques s’empilent. Le Cameroun est alors en pleine campagne pour le poste de président de la 81e Assemblée générale de l’ONU, confié à l’ancien Premier ministre Philémon Yang. Un moment où la présence du chef de l’État aurait pu peser. Il ne sera pas là non plus.

Cette absence prolongée a nourri les spéculations. Des diplomates en poste à Yaoundé auraient exprimé leurs inquiétudes, certains évoquant une hospitalisation en Suisse, démentie par la présidence. Le gouvernement a publié un communiqué affirmant que le président « exerce ses fonctions » depuis Genève. Mais la question demeure : qui gouverne le Cameroun quand le président reste absent deux mois ?

« Aujourd’hui, nous ne savons pas qui dirige vraiment le pays », déclarait cet été Aristide Eko, du Parti camerounais pour la réconciliation nationale, décrivant un Cameroun « en pilote automatique ».

Les instruments sont là, la volonté manque

Le Cameroun dispose pourtant d’un appareil diplomatique dense. Au 1er avril 2025, le pays comptait 37 missions diplomatiques résidentes, 70 missions non résidentes et 9 postes consulaires actifs. Une couverture de 61,1 % des pays du globe, selon les chiffres du ministère des Relations extérieures.

Mais les ambassades manquent de moyens. Depuis la dématérialisation des passeports et des visas en mai 2023, les recettes consulaires se sont effondrées. « Les caisses des missions diplomatiques sont vides », alertait un sénateur à la fin 2024, évoquant des salaires locaux impayés. En mai 2026, Jeune Afrique rapportait que plusieurs représentations camerounaises « ne peuvent plus remplir leur mission », étranglées par les contraintes budgétaires.

L’Union africaine a même suspendu le Cameroun de ses instances décisionnelles en décembre 2025, pour près de 2 milliards de francs CFA d’arriérés de contributions.

Que pèse encore Yaoundé ?

Les classements internationaux dessinent une diplomatie à la traîne. Dans l’indice Chandler de bonne gouvernance 2025, le Cameroun se classe 105e sur 120 pays évalués. Plus révélateur : dans la catégorie « Influence et réputation internationales », le pays occupe la dernière place mondiale, 120e sur 120.

Le contraste avec d’autres poids moyens africains est frappant. Le Rwanda, avec une taille économique comparable, déploie une diplomatie offensive. Le Sénégal a bâti une réputation de stabilité démocratique. Le Cameroun, lui, reste englué dans la crise anglophone : un conflit qui a fait plus de 6 000 morts selon les estimations, et qui continue de plomber son image.

Dans le Global Soft Power Index 2025 de Brand Finance, le Cameroun se hisse à la 110e place mondiale, leader de la zone CEMAC. Mais cette position reste modeste à l’échelle du continent, loin derrière des pays comme l’Afrique du Sud, le Nigeria ou le Kenya.

Une neutralité qui ressemble à un effacement

Officiellement, le Cameroun assume une « neutralité active » héritée de la guerre froide. Yaoundé s’abstient sur les résolutions sensibles à l’ONU, entretient des partenariats avec Moscou, Pékin et Washington sans exclusive. Cette stratégie a permis au pays de résoudre le conflit de Bakassi par voie judiciaire et de maintenir une certaine marge de manœuvre.

Mais la neutralité a un coût diplomatique. « Sans présence physique aux grands rendez-vous mondiaux, une diplomatie reste en suspens », résume un observateur basé à Genève, joint par téléphone. « Le Cameroun a les instruments. Il lui manque la volonté d’être là où se joue l’avenir. »

Le poste de Philémon Yang à la présidence de l’Assemblée générale aurait pu offrir une tribune. Il n’a pas été exploité. À New York, cette année encore, c’est un ministre qui a parlé. Pas un président.


Pourquoi Paul Biya ne va-t-il plus à l’ONU ?
La présidence n’a jamais donné d’explication officielle. L’âge du président (93 ans) et son état de santé sont régulièrement évoqués, sans confirmation. La dernière participation de Paul Biya à l’Assemblée générale remonte à septembre 2017.

Qui représente le Cameroun à l’ONU ?
Le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, conduit la délégation camerounaise à chaque session. Il lit le discours du président à la tribune.

Le Cameroun a-t-il encore de l’influence en Afrique ?
Le pays conserve un poids économique en zone CEMAC et un siège dans plusieurs instances. Mais son absence des grands sommets, ses arriérés à l’Union africaine et sa dernière place mondiale dans l’indice Chandler d’influence internationale limitent son rayonnement.

Que coûte le séjour de Paul Biya à Genève ?
Selon une estimation de l’OCCRP en 2018, l’hébergement collectif (suites, collaborateurs, sécurité) coûtait environ 40 000 dollars par jour. Pour 74 nuits en 2026, cela représenterait entre 1,66 et 4,26 milliards de francs CFA, selon les calculs relayés par la presse. Aucune facture officielle n’a jamais été publiée.

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