Arabie Saoudite - Trump refuse deux fois de frapper les Houthis pour MBS
© Camer.be : Paul Moutila | 20 Sep 2026 03:00:07 | 394MBS a appelé Trump deux fois pour frapper les Houthis. Trump a refusé. Sept ans après Abqaiq, l'Arabie saoudite découvre que le parapluie américain ne la protège plus.
Après un second refus américain en sept ans, Riyad et les monarchies du Golfe doivent affronter une réalité qu'elles ont trop longtemps différée : il n'y aura pas de sauveur extérieur.
Mohammed ben Salmane a appelé Donald Trump deux fois en une semaine. Deux fois, il a demandé des frappes américaines contre les Houthis. Deux fois, Trump a dit non. Le prince héritier saoudien était déjà passé par là en 2019, après les attaques contre Abqaiq et Khurais, Trump avait refusé de riposter contre l'Iran. Sept ans plus tard, rien n'a changé. Sauf que cette fois, les bases américaines dans le Golfe ne sont plus opérationnelles. Et l'homme qui le dit n'est pas un adversaire de Washington : c'est David Petraeus, ancien directeur de la CIA et ancien commandant du CENTCOM.
Le double appel qui a tout dit
Mercredi 10 septembre 2026. Les forces houthies venaient de prendre Mocha, le port stratégique de la mer Rouge, et poussaient vers le détroit de Bab al-Mandeb. La ligne de front se rapprochait dangereusement des intérêts saoudiens.
Selon deux responsables américains cités par Axios, Mohammed ben Salmane a appelé Donald Trump une première fois pour l'informer de la progression houthie. Puis une seconde fois, quelques heures plus tard, pour lui demander directement de lancer des frappes américaines. Des frappes, pas des renseignements. Pas des livraisons d'armes. Des avions, des bombes, des soldats américains.
Trump a refusé. Il a proposé du renseignement et une assistance au ciblage. Le CENTCOM a envoyé son commandant, l'amiral Brad Cooper, à Riyad pour des « discussions de coordination d'urgence ». Washington a fait savoir que les forces américaines resteraient concentrées sur l'Iran et le détroit d'Ormuz. Pas question d'ouvrir un second front.
Nous n'avons pas pu obtenir de commentaire officiel du gouvernement saoudien avant publication. Le communiqué de l'agence SPA n'avait pas été publié au moment d'écrire ces lignes.
2019, déjà : Trump avait dit non
Pour comprendre pourquoi ce refus compte, il faut revenir sept ans en arrière. Septembre 2019. Dix-huit drones et missiles s'abattent sur les installations pétrolières d'Abqaiq et Khurais, propriétés du géant Aramco. L'attaque, attribuée à l'Iran par Washington, coupe la production saoudienne de moitié 5,7 millions de barils par jour.
Trump est pressé de riposter. Il refuse. Et il le dit publiquement : il n'avait « jamais promis de protéger l'Arabie saoudite ».
À l'époque, beaucoup avaient analysé ce refus comme un caprice tactique d'un président imprévisible. Sept ans plus tard, la même séquence se répète. Sauf que cette fois, elle intervient après une guerre contre l'Iran qui a détruit une partie du dispositif militaire américain dans la région.
« Pourquoi Mohammed ben Salmane s'attendait à ce que Trump dise oui, nul ne le sait », écrit le Middle East Eye dans une analyse publiée le 18 septembre. « Il était déjà passé par là. »
Petraeus et les bases « non viables »
Le 8 septembre 2026, David Petraeus, ancien directeur de la CIA et ancien commandant du CENTCOM, prend la parole dans le podcast State Secret de CNN. Sa phrase est reprise partout : « Nos anciennes bases sont désormais inutilisables. »
Petraeus ne parle pas d'un adversaire politique de l'Amérique. Il parle de la base aérienne d'Al Udeid, au Qatar. C'est là que le CENTCOM dirigeait ses opérations. Aujourd'hui, le commandant ne s'y trouve plus. « C'était de magnifiques infrastructures, d'une valeur de 100 millions de dollars, construites pour nous par les Qataris et que j'ai inaugurées en personne », a-t-il déclaré. « Et maintenant, il semble y avoir des trous dans leurs toits. »
Selon des informations publiées par le New York Times et relayées par Pars Today, certaines bases américaines dans le Golfe ont été « presque complètement détruites » par les attaques iraniennes. Des responsables du Pentagone auraient évoqué un coût de reconstruction pouvant atteindre 50 milliards de dollars.
Nous n'avons pas pu vérifier ces chiffres de manière indépendante avant publication. Ils émanent de sources gouvernementales américaines citées par des médias tiers.
Ce que Riyad commence à comprendre
La dépendance sécuritaire du Golfe à Washington n'est pas nouvelle. Depuis quarante ans, les bases américaines au Qatar, à Bahreïn, au Koweït, aux Émirats et en Arabie saoudite constituent le socle du dispositif américain dans la région. En échange, les monarchies pétrolières achètent des armes américaines et alignent leur diplomatie sur celle de Washington.
Ce système a produit ce qu'il était censé empêcher : une guerre régionale dévastatrice. Comme l'écrit Middle East Eye, « ce sont les États-Unis eux-mêmes qui ont déclenché la guerre contre les objections de plusieurs États du CCG et, au sein de cette guerre, les bases n'ont pas dissuadé l'Iran d'attaquer. Plutôt, les bases ont servi d'aimants pour les attaques iraniennes. »
Un responsable du Golfe, cité par le Washington Post sous couvert d'anonymat, a résumé la situation en une phrase : « Trump a commencé cette guerre, et c'est nous qui payons le prix. »
La frustration ne date pas de septembre. En août 2026, le Washington Post rapportait que les gouvernements saoudien, émirati, qatari, koweïtien et bahreïni étaient « unis dans leur exaspération » face à l'administration Trump. Certains commençaient à débattre de l'utilité de continuer à accueillir de grandes installations militaires américaines sur leur sol.
Le pacte qui change tout
Il y a un signe qui ne trompe pas. La semaine dernière, l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont signé un accord de défense mutuelle. Un responsable européen de haut niveau, cité par le Washington Post, y voit « un signal envoyé aux États-Unis ». Le message est clair : ces trois puissances sunnites « cherchent à diversifier leurs partenariats de sécurité et de défense ».
En clair : dans leur esprit, les États-Unis ne suffisent plus.
Ce n'est pas un divorce. C'est une assurance-vie. Riyad, Abou Dabi et leurs voisins ne peuvent pas se permettre de rompre avec Washington du jour au lendemain. Les États-Unis restent leur principal fournisseur d'armes. Le Qatar et Bahreïn continuent d'abriter de grandes bases américaines. Mais les monarchies du Golfe commencent à explorer des alternatives : rapprochement avec la Turquie, ouverture de canaux directs avec l'Iran sur la navigation dans le détroit d'Ormuz, diversification des partenariats technologiques et militaires.
« Nous devons nous libérer de cette obsession »
Bader Al-Saif, professeur d'histoire à l'Université du Koweït, a dit au New York Times ce que beaucoup pensent tout bas : « Nous sommes coincés à un point où, tout en préservant une partie du passé, nous essayons de construire quelque chose de nouveau. Nous devons nous libérer de cette obsession de la protection extérieure. »
Cette phrase résume le dilemme. Les monarchies du Golfe ont passé quarante ans à sous-traiter leur sécurité aux États-Unis. Elles ont dépensé des milliards en armement. Mais leurs armées restent plus petites et moins capables que celle de l'Iran. Et ni la Chine ni la Russie, malgré leurs liens avec les pétromonarchies, ne se sont portées à leur secours quand les missiles iraniens pleuvaient.
La guerre a exposé une vérité simple : le parapluie américain n'a protégé personne. Il a transformé les bases en cibles et les alliés en dommages collatéraux.
La question n'est plus de savoir si Washington interviendra pour défendre Riyad. La question est de savoir ce que Riyad fera quand Washington ne le fera pas.
Le Better Order Project, porté par le Quincy Institute, propose une réponse : remplacer le système actuel centré sur l'exclusion de l'Iran et la dépendance à un garant extérieur par une architecture de sécurité régionale inclusive. Tous les grands acteurs de la région, y compris l'Iran, la Turquie, l'Irak et les États arabes, participeraient à une institution permanente conçue pour gérer leurs rivalités, pas pour les éliminer.
Le modèle inclut des mécanismes de désescalade, de contrôle des armements et de coopération sur l'eau, le climat et le développement. Israël aurait une porte d'entrée à condition de mettre fin à l'occupation et d'accepter la création d'un État palestinien sur les frontières de 1967.
Ces idées peuvent sembler naïves. Elles le sont moins quand on regarde l'état des bases d'Al Udeid et le silence de Riyad après le double refus de Trump.
Une chose est sûre : la prochaine fois que Mohammed ben Salmane décrochera son téléphone pour appeler Washington, il saura déjà ce qu'on lui répondra.
Pourquoi Trump a-t-il refusé de frapper les Houthis ?
Selon Axios, Trump a indiqué que les forces américaines devaient rester concentrées sur l'Iran et la sécurité du détroit d'Ormuz. Washington a proposé du renseignement et une assistance au ciblage à la place.
Les bases américaines dans le Golfe sont-elles encore opérationnelles ?
David Petraeus a déclaré que plusieurs d'entre elles étaient « inutilisables ». Le CENTCOM ne dirige plus ses opérations depuis Al Udeid, au Qatar.
Qu'est-ce que le Better Order Project ?
Un projet du Quincy Institute réunissant plus de 130 experts de 40 pays, qui propose une architecture de sécurité régionale inclusive pour le Moyen-Orient.
MBS peut-il se passer des États-Unis ?
Pas immédiatement. Mais le pacte de défense Arabie-Turquie-Pakistan et l'ouverture de canaux avec l'Iran montrent que Riyad explore activement des alternatives.
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#ArabieSaoudite #Trump #MBS #Houthis #GolfeLire aussi
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