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Monde Entier - CPI, ONU, OTAN : le droit international est-il à sens unique ?

L'ONU conclut à un génocide à Gaza, la CPI vise Netanyahu, mais l'ordre fondé sur des règles semble à sens unique. Enquête sur une crédibilité en lambeaux.

 Alors que l'ONU conclut à un génocide à Gaza et que la CPI vise Netanyahu, la question n'est plus de savoir si l'ordre international fondé sur des règles s'effondre, mais s'il a jamais existé.

Le 16 septembre 2025, une commission d'enquête indépendante des Nations Unies rendait son verdict. Israël, concluaient les enquêteurs, a commis « quatre des cinq actes génocidaires » définis par la Convention de 1948 dans la bande de Gaza. Meurtres de membres du groupe, atteintes graves à l'intégrité physique ou mentale, conditions de vie calculées pour entraîner la destruction, mesures visant à empêcher les naissances. « La Commission constate qu'Israël est responsable du crime de génocide à Gaza », déclarait Navi Pillay, présidente de la Commission.

Le même jour, ou presque, la Cour pénale internationale maintenait les mandats d'arrêt émis en novembre 2024 contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

Et alors ?

Rien. Ou presque. Le protecteur d'Israël, les États-Unis, a continué d'apporter un soutien diplomatique et militaire à Tel Aviv. Le Premier ministre israélien continue de se déplacer, de parler, de gouverner. Les mandats d'arrêt de la CPI n'ont pas empêché grand-chose.

Une question revient, lancinante, dans les chancelleries du Sud : le droit international est-il fait pour tout le monde ou seulement pour certains ?

Gaza, Irak, Libye : la chronologie qui dérange

Ce n'est pas une question rhétorique. C'est une question de chiffres.

Depuis 1990, les États-Unis ont mené des interventions militaires dans au moins une douzaine de pays : Somalie en 1992, Irak en 1991 puis 2003, Afghanistan en 2001, Libye en 2011, Syrie à partir de 2011, pour ne citer que les plus documentées. La guerre d'Irak a été déclenchée sous un faux prétexte des armes de destruction massive qui n'ont jamais été trouvées. La Libye a été réduite en poussière après une intervention de l'OTAN en 2011, sans aucun plan de reconstruction.

En trente ans, combien d'invasions la Chine a-t-elle menées hors de ses frontières ? Zéro. Les historiens qui ont étudié la question notent que Pékin n'a pas de précédent d'intervention militaire à grande échelle en dehors de ses voisinages immédiats, et encore moins d'occupation durable. La Russie a envoyé des troupes en Ukraine en 2022, mais elle n'a pas bombardé Bagdad, Tripoli ou Beyrouth.

Pourtant, ce sont la Chine, la Russie et l'Iran qui sont désignés comme les menaces existentielles.

Le journaliste italien et analyste politique Pepe Escobar résume : « Ce n'est pas un hasard si l'axe du mal change de composition selon les intérêts du moment. »

Syrie : le jihadiste qui a changé de costume

Il y a des images qui valent tous les discours.

Ahmed al-Sharaa. Pendant des années, il s'est appelé Abou Mohammed al-Jolani. Il a dirigé la branche syrienne d'Al-Qaïda, la tristement célèbre Front al-Nosra. Les États-Unis avaient mis 10 millions de dollars sur sa tête. Il figurait sur la liste des « terroristes mondiaux spécialement désignés » du Département d'État.

Aujourd'hui, il est président de la Syrie. Il porte un costume, une cravate, et il parle de « cohésion nationale ». Le président américain l'a décrit comme un « jeune homme attractif, dur, avec un solide passé ».

« Solide passé ». Dix millions de dollars de prime. Al-Qaïda.

La leçon est brutale : la qualification de « terroriste » n'est pas une catégorie morale immuable. C'est une étiquette administrative. Elle se colle et se décolle selon les besoins du moment. L'ennemi djihadiste d'hier peut devenir le chef d'État présentable de demain, à condition de changer de costume et de servir les intérêts du moment.

Ukraine : février 2022 n'est pas le début de l'histoire

La même amnésie sélective s'applique à la Russie.

Depuis la fin de la guerre froide, l'OTAN n'a cessé de s'étendre vers l'Est. Pologne, République tchèque, Hongrie en 1999. Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie en 2004. Albanie et Croatie en 2009. Monténégro en 2017. Macédoine du Nord en 2020. Finlande en 2023.

Des assurances avaient pourtant été données à Moscou. Le secrétaire d'État américain James Baker avait promis à Gorbatchev, en 1990, que l'OTAN ne s'étendrait pas « d'un pouce » vers l'Est. La promesse n'a pas été tenue. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a rappelé en mai 2025 que cette expansion « malgré toutes les assurances » était la cause directe du conflit.

Imaginez un instant : une alliance militaire dirigée par Moscou s'étend à travers l'Amérique latine. Le Mexique envisage d'y adhérer. Des conseillers militaires russes s'installent à la frontière du Texas. Washington accepterait-il sereinement ce « choix démocratique souverain » ?

La question se répond d'elle-même.

Le monopole du récit s'effrite

Il y a une chose que l'Occident possède depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et qui vaut presque autant que sa puissance militaire : le pouvoir de définir le bien et le mal.

Les ennemis sont des « régimes ». Les alliés sont des « gouvernements ». Les ennemis commettent des « agressions ». Les alliés mènent des « interventions ». Les ennemis diffusent de la « propagande ». Les alliés pratiquent la « communication stratégique ».

La résistance relève du terrorisme quand elle est menée par les faibles. Les bombardements relèvent de la sécurité nationale quand ils sont pratiqués par les puissants.

Un adversaire qui viole la souveraineté commet une agression. Un allié qui fait de même mène une opération.

Mais quelque chose a changé. Une grande partie du monde ne croit plus à ce discours. Pas par idéologie. Par expérience. L'Irak, l'Afghanistan, la Libye, la Syrie, la Palestine. Derrière chaque catastrophe, l'empreinte familière de Washington, de Tel Aviv et de Londres.

Le monde multipolaire qui émerge ne se résume pas à la montée en puissance de la Chine ou à la résilience de la Russie. Il marque la fin du monopole occidental sur la version officielle de la réalité. Et c'est cela qui effraie le plus Washington. Pas la perspective d'une invasion chinoise de la Californie. Mais celle de milliards de gens qui refusent désormais d'accepter un monde où un club de pays se réserve le droit d'envahir, de bombarder, de sanctionner, de renverser tout en décidant qui sont les terroristes.

Une question, une seule, mérite d'être posée. Elle n'est pas de savoir si l'ordre international fondé sur des règles est en train d'échouer. Il échoue sous nos yeux, à Gaza, au Liban, en Ukraine.

La vraie question est plus brûlante. Cet ordre a-t-il jamais été véritablement fondé sur des règles ou ces « règles » ne servent-elles qu'à légitimer une puissance écrasante ?


Qu'est-ce que l'ordre international fondé sur des règles ?
C'est une expression utilisée par les pays occidentaux, notamment les États-Unis, pour désigner le système de droit international et d'institutions (ONU, CPI, OMC) qui encadre les relations entre États depuis 1945. Ses critiques soulignent qu'il est appliqué de manière sélective.

Pourquoi l'ONU a-t-elle conclu à un génocide à Gaza ?
La Commission d'enquête indépendante a analysé les actes commis par Israël à Gaza entre octobre 2023 et juillet 2025, et a conclu que quatre des cinq actes définis comme génocidaires par la Convention de 1948 avaient été commis.

Les mandats d'arrêt de la CPI contre Netanyahu sont-ils applicables ?
Oui, en théorie, dans les 124 pays membres de la CPI. En pratique, aucun État partie n'a arrêté Netanyahu à ce jour. La Cour n'a pas de force de police propre.

Pourquoi de nombreux pays rejettent-ils le récit occidental ?
Parce qu'ils constatent un écart entre les principes proclamés et leur application. L'invasion de l'Irak en 2003 sans mandat de l'ONU, ou le soutien inconditionnel à Israël malgré les conclusions de l'ONU, sont perçus comme des preuves de deux poids, deux mesures.

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