Féminicide au Cameroun : derrière chaque mort, un mystère à élucider
© Camer.be : Kemta | 18 Sep 2026 08:12:07 | 339Derrière chaque mort violente, derrière chaque homme ou chaque femme battue, se cache parfois une histoire que personne ne connaît dans son entièreté.
Il y a l'acte que tout le monde voit.
Il y a la plaie que personne ne voit.
Et entre les deux se trouve souvent tout un monde de souffrances, de frustrations, de silences, de conflits, d'humiliations, de trahisons et de blessures accumulées au fil des années.
C'est pourquoi, face à un féminicide, à un homicide conjugal ou à une violence extrême, il faut se garder des conclusions hâtives.
Condamner l'acte est une chose.
Comprendre le chemin qui y a conduit en est une autre.
Comprendre ne signifie pas excuser. Expliquer ne signifie pas justifier. Mais si nous voulons véritablement prévenir les prochains drames, nous devons avoir le courage de regarder au-delà du dernier geste.
Car parfois, la violence que l'on découvre soudainement n'est que l'explosion visible d'une souffrance beaucoup plus ancienne.
Le magma qui bouillonne sous la surface
Certaines blessures ressemblent à un magma enfoui sous la terre.
Pendant des années, tout semble calme.
La personne travaille, sourit, élève ses enfants, fréquente sa famille, participe à la vie sociale.
Mais à l'intérieur, quelque chose bouillonne.
Une humiliation après l'autre.
Une trahison après l'autre.
Une frustration après l'autre.
Une injustice ressentie.
Un conflit jamais résolu.
Une parole qui blesse.
Un silence qui s'éternise.
Une accumulation de rancœurs que personne ne prend le temps d'écouter.
Puis vient un jour où le magma trouve une faille.
Et lorsque l'explosion survient, tout le monde découvre soudainement la violence.
On s'interroge :
« Comment a-t-il pu faire cela ? »
« Comment a-t-elle pu en arriver là ? »
« Pourquoi personne n'a rien vu ? »
Mais parfois, la véritable question est aussi :
« Qu'est-ce qui s'est passé pendant toutes ces années avant que tout n'explose ? »
Ne jugeons pas une histoire entière sur son dernier chapitre
Lorsqu'un drame survient, notre émotion nous pousse naturellement à chercher immédiatement un coupable et une victime.
La justice doit évidemment établir les responsabilités.
Mais la société, elle, doit aussi chercher à comprendre.
Car une personne ne devient pas nécessairement violente du jour au lendemain. De même, une relation ne devient pas destructrice en une seule nuit.
Il peut exister une longue histoire derrière quelques minutes de violence.
Cela peut concerner une femme comme un homme.
Cela peut concerner la violence physique, mais également la violence psychologique, économique ou affective.
Le dernier coup n'explique pas toujours les dix années qui l'ont précédé.
C'est précisément pourquoi les enquêtes doivent être sérieuses, approfondies et débarrassées des préjugés.
Le rôle de la famille
La famille a ici une responsabilité immense.
Combien de drames auraient peut-être pu être évités si les proches avaient écouté plus tôt ?
Si quelqu'un avait pris au sérieux les appels à l'aide ?
Si les parents avaient accepté d'entendre les deux versions ?
Si l'on avait cessé de considérer certaines humiliations comme de simples « problèmes de couple » ?
Si l'on avait compris que derrière un silence prolongé peut se cacher une immense souffrance ?
La famille ne doit pas attendre le drame pour découvrir qu'il y avait un problème.
Elle doit apprendre à intervenir avant que le magma ne trouve sa faille.
Le rôle de l'État
L'État doit également créer les conditions permettant de détecter et de prévenir ces situations avant qu'elles ne deviennent irréversibles.
La lutte contre le féminicide ne peut pas se limiter à compter les morts et à condamner les auteurs après le drame.
Elle doit aussi s'attaquer aux mécanismes qui précèdent la violence : conflits conjugaux chroniques, violences psychologiques, menaces, harcèlement, précarité, isolement, instrumentalisation des enfants et absence de médiation efficace.
La justice doit établir les faits.
Les services sociaux doivent pouvoir intervenir.
Les familles doivent pouvoir être accompagnées.
Et les victimes, qu'elles soient femmes ou hommes, doivent savoir où trouver de l'aide avant que la situation ne devienne explosive.
Comprendre pour prévenir
Une société qui ne regarde que l'explosion ne comprend pas le volcan.
Elle condamne la lave lorsqu'elle a déjà détruit la maison, mais elle oublie parfois de surveiller les signes qui annonçaient l'éruption.
C'est pourquoi, face aux féminicides et aux violences conjugales au Cameroun, nous devons avoir deux exigences simultanées :
la fermeté face à la violence et la profondeur dans la compréhension de ses causes.
Il ne faut ni banaliser la souffrance, ni justifier le passage à l'acte.
Il faut écouter avant qu'il ne soit trop tard.
Il faut intervenir avant que la colère ne devienne haine.
Il faut accompagner avant que la frustration ne devienne désespoir.
Et surtout, il faut comprendre que derrière chaque drame, il y a parfois une histoire longue, complexe et douloureuse que les apparences ne racontent pas.
Derrière chaque mort, il y a un mystère humain qu'une enquête sérieuse doit chercher à élucider.
Parce que le sang versé est le dernier chapitre.
La véritable histoire, elle, a souvent commencé des années auparavant.
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