États-Unis - CBS News révèle l'ampleur des dégâts iraniens sur les bases US
© Camer.be : Paul Moutila | 17 Sep 2026 12:55:33 | 485CBS News a publié des photos exclusives montrant des dégâts majeurs sur les bases américaines après les frappes iraniennes. Un soldat dénonce le silence du Pentagone.
Les images obtenues par CBS News révèlent une réalité que le Pentagone et la Maison-Blanche ont minimisée : des bases américaines ravagées par les frappes iraniennes, sans que le public en soit informé.
Un E-3 Sentry, l'avion-radar le plus sophistiqué de l'US Air Force, gît sur le tarmac de la base aérienne Prince Sultan, en Arabie saoudite. L'arrière de l'appareil est carbonisé. La queue a été sectionnée nette. Le radar rotatif, cœur du système AWACS, est détruit.
Le cliché existe. Il a été pris par un militaire en service actif, transmis à CBS News sous couvert d'anonymat. Et il raconte une autre guerre que celle décrite à Washington.
Ce que CBS News a publié
Le réseau américain a mis en ligne, le 15 septembre, une série de photos inédites montrant les conséquences des frappes iraniennes sur plusieurs installations militaires américaines au Moyen-Orient.
Les images ont été transmises par des militaires en service actif. Ils ont exigé l'anonymat en raison des restrictions strictes imposées aux médias au sein de l'institution militaire.
Sur la base aérienne Prince Sultan, en Arabie saoudite, un Boeing E-3 Sentry apparaît l'arrière du fuselage carbonisé. La queue est sectionnée. La section qui supportait le radar rotatif essentiel à la collecte de renseignements en vol a été endommagée.
Le coût unitaire de cet appareil : environ 300 millions de dollars.
À Camp Buehring, au Koweït, zone de transit majeure pour les forces terrestres et les véhicules blindés américains, les photos montrent des remorques détruites et un véhicule calciné.
À Camp Arifjan, également au Koweït, un bâtiment est lourdement endommagé.
Le Pentagone n'a pas répondu à la demande de commentaire de CBS News.
« Les yeux fermés pendant qu'on nous frappe »
Un militaire déployé a parlé à CBS News. Ses mots sont directs.
« C'est un dégât majeur sur nos bases qui n'a pas été communiqué au public américain. Nous restons là, les yeux fermés, pendant qu'on nous frappe au visage. »
Le même soldat rejette la terminologie employée par le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, après l'attaque du 1er mars contre le port de Shuaiba, au Koweït, qui a tué six militaires américains. Hegseth avait qualifié les projectiles iraniens de « squirters » un terme qui minimise leur pouvoir destructeur.
« Ce ne sont pas des "squirters" qui passent à travers. Nous ne défendons pas ces bases. Nous les regardons se faire détruire. »
Un autre militaire a qualifié les images de preuve que les Américains n'ont pas été informés de l'ampleur des dégâts.
Le rapport qui confirme
Les photos de CBS News coïncident avec la publication, le 14 septembre, du rapport trimestriel de l'inspecteur général du Pentagone sur l'opération Fureur épique.
Les chiffres, pour la période du 28 février au 30 juin 2026 :
Coût total de l'opération : 33,4 milliards de dollars.
Munitions tirées : 22,3 milliards de dollars.
Pertes d'équipement : jusqu'à 3,7 milliards de dollars, incluant près de 60 aéronefs.
Pertes humaines : 18 morts, 820 blessés, selon le système d'analyse des pertes du département de la Défense.
Le rapport reconnaît une « pénurie » de munitions. Les dépenses en munitions ont « provoqué une pénurie dans les inventaires stratégiques et révélé des goulots d'étranglement au sein des industries pour le renouvellement ».
Le US Central Command a rapporté des frappes iraniennes sur des bases américaines au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, en Irak, à Oman et en Jordanie.
Huit pays. Des centaines de bâtiments et de structures endommagés ou détruits.
Ce que Trump disait
Le 8 septembre une semaine avant la publication des photos , Donald Trump rejetait les informations selon lesquelles des frappes iraniennes avaient endommagé plusieurs aéronefs militaires américains sur une base en Jordanie.
« Aucun dégât », avait-il insisté. « Rien du tout. »
Début septembre, il écrivait encore que les États-Unis disposaient de « quantités pratiquement illimitées de munitions ».
Le rapport de l'inspecteur général, publié la semaine suivante, dit le contraire.
En juin, lorsque la presse avait rapporté que les États-Unis rationnaient l'utilisation de leurs missiles intercepteurs, le gouvernement avait démenti. Trump avait affirmé que le pays disposait de « quantités énormes de munitions ».
Un conflit qui s'installe
Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël lançaient des frappes conjointes contre l'Iran. Objectif affiché : changement de régime, abandon du programme nucléaire, fin de l'influence iranienne dans la région.
L'opération devait durer quelques semaines, selon les déclarations initiales.
Sept mois plus tard, le conflit continue. Un accord préliminaire, négocié par le Pakistan, a été annoncé en juin après 108 jours de guerre, mais il n'a jamais été formalisé.
Les objectifs de Washington ont changé. De la capitulation iranienne, Trump est passé à des demandes plus modestes : réouverture du détroit d'Ormuz, encadrement du programme nucléaire iranien. Ces objectifs ne sont pas atteints.
Des responsables américains, cités par la presse, évoquent une prolongation du conflit jusqu'à l'élection de mi-mandat de novembre 2026, voire jusqu'à l'investiture du prochain président en janvier 2029.
Le coût réel
Les 33,4 milliards de dollars du rapport de l'inspecteur général couvrent la période allant du 28 février au 30 juin. Ils n'incluent pas les coûts de reconstruction des bases endommagées.
Le secrétaire à la Défense Hegseth avait évoqué 37,5 milliards de dollars en juillet devant le Sénat, sans compter les réparations des infrastructures.
Linda Bilmes, professeure à la Kennedy School de Harvard, estime que le coût total à long terme pourrait dépasser 1 000 milliards de dollars.
Pour comparaison : le budget de la défense américain pour l'année 2025 s'élevait à 895 milliards de dollars.
Le Center for Strategic and International Studies a estimé, dans un rapport du 27 mai, qu'il faudrait au moins trois ans aux contractants de défense américains pour reconstituer les stocks de missiles Tomahawk, d'intercepteurs Patriot et THAAD utilisés dans le conflit.
La Maison-Blanche a demandé à des constructeurs automobiles, dont General Motors, de réorienter leurs chaînes vers la production de missiles Patriot.
La question qui reste
Les photos de CBS News posent une question simple : pourquoi le public américain n'a-t-il pas été informé de l'ampleur des dégâts ?
Le Pentagone n'a pas commenté. La Maison-Blanche non plus. Les militaires qui ont transmis les images l'ont fait sous anonymat, craignant des représailles.
Un sondage de Morgan Stanley, cité par la presse, indique que 60 % des électeurs américains considèrent cette guerre comme « pas digne d'être menée », et 79 % pensent que les États-Unis risquent de s'y enliser.
Nous avons tenté de joindre le Pentagone et le département d'État avant publication. Sans réponse.
Pourquoi CBS News a-t-il publié ces photos maintenant ?
Parce que des militaires en service actif les ont transmises sous condition d'anonymat, après le rapport de l'inspecteur général du Pentagone du 14 septembre reconnaissant une pénurie de munitions et des pertes d'équipement.
Quels dégâts sont confirmés ?
Un E-3 Sentry détruit à Prince Sultan Air Base (Arabie saoudite), des remorques et véhicules détruits à Camp Buehring (Koweït), un bâtiment endommagé à Camp Arifjan (Koweït), et des centaines de bâtiments touchés dans huit pays selon le rapport du Pentagone.
Le Pentagone a-t-il caché ces informations ?
Le Pentagone n'a pas commenté les photos. Il a publié un rapport officiel reconnaissant les pertes d'équipement et la pénurie de munitions. Le décalage entre les déclarations publiques de Trump et les données du rapport pose question.
Combien de militaires américains sont morts ?
18 morts et 820 blessés selon le système d'analyse des pertes du département de la Défense, pour la période couverte par le rapport.
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