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Pénurie de gaz au Cameroun : pourquoi c'est pire à Douala

La bouteille SCTM a disparu. Douala et Yaoundé suffoquent. Dette, navire parti, stock sous tension : l'anatomie d'une pénurie de gaz qui n'aurait pas dû surprendre.

Le marché du gaz domestique camerounais reposait sur un équilibre fragile. La bouteille rouge est tombée la première. Les autres suivent.

Douala, 14 septembre 2026. Ndogpassi, Pk14, Ndokoti, Dakar. Marius, pompiste à Tradex Ndokoti, secoue la tête. Pas de gaz. Pas aujourd'hui.

Derrière lui, une file de bouteilles vides. Devant lui, des ménages qui ont déjà fait quatre stations. Le gaz domestique n'arrive plus. Et personne, à ce jour, n'a donné de date pour le retour à la normale.

La bouteille rouge disparaît

La SCTM, Société camerounaise de transformation métallique, était le leader du gaz domestique au Cameroun. Sa bouteille rouge, reconnaissable entre toutes, représentait environ 38 % du marché national, selon les données de la SCDP. Les ménages l'achetaient les yeux fermés.

Depuis juin 2026, elle a quasiment disparu des points de vente.

En cause : une dette impayée envers la SCDP, gestionnaire des infrastructures de stockage, qui a suspendu ses livraisons à l'entreprise depuis plus de deux mois. Une information confirmée par une source interne à la SCDP elle-même.

Le ministre de l'Eau et de l'Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a reconnu la nature financière du blocage le 28 août. Il a chargé la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) de mener des concertations entre SCTM et ses créanciers.

La dette est estimée à 4 milliards de FCFA. Créancier principal : Tradex, l'importateur public de gaz domestique, qui a suspendu ses livraisons à SCTM.

Le navire qui est parti

La SCTM est tombée. Mais elle n'est pas la seule cause.

Le 6 juillet 2026, le navire-usine norvégien Hilli Episeyo a quitté les côtes de Kribi. Ce navire assurait, depuis 2018, près d'une bouteille de gaz sur trois consommées au Cameroun, avec une production annuelle de 30 000 tonnes. Il est parti pour Singapour, où il sera rénové avant un contrat de vingt ans en Argentine.

Le gisement qu'il exploitait, un réservoir de 600 milliards de pieds cubes, s'est épuisé après huit ans d'exploitation, selon la Société Nationale des Hydrocarbures.

La production locale s'est effondrée. Le seul site significatif restant, Bipaga, dans la région du Sud, produit environ 30 000 tonnes par an. Le Cameroun consomme plus de 100 000 tonnes.

Résultat : environ quatre bouteilles sur cinq sont importées, une dépendance aggravée depuis l'incendie de la raffinerie de Sonara en 2019.

La ruée vers les concurrents

Quand la bouteille rouge disparaît, les ménages se tournent vers les autres marques. Tradex, Neptune, Bocom, Camgaz.

Mais les concurrents ne peuvent pas absorber la demande supplémentaire. « Une forte demande, surtout de la part des ménages qui utilisaient SCTM et se sont retournés vers Tradex », confirme Marius, pompiste à Tradex Ndokoti, joint par téléphone.

« Mon livreur m'a dit qu'il n'a ni Camgaz, ni Neptune. J'ai même demandé Bocom, qui n'en a pas aussi. Je suis obligée d'utiliser le charbon comme avant », témoigne Hélène, une consommatrice de Douala.

À Yaoundé, le scénario est identique. À Nkomo, les files s'étirent devant les stations dès 4 heures du matin. À Douala, de Ndogpassi à Pk14, le mouvement de tête en signe de non est devenu la réponse standard des vendeurs.

Le marché noir s'installe

Le prix officiel de la bouteille de 12,5 kg est fixé à 6 500 FCFA. C'est le tarif homologué par le gouvernement, rappelé par le ministre Eloundou Essomba lors de l'inauguration du centre emplisseur de Bamenda.

Sur le terrain, il ne s'applique plus.

À Douala, la bouteille se négocie entre 10 000 et 15 000 FCFA au marché noir, selon Season Media. À Yaoundé, les vendeurs demandent jusqu'à 12 000 ou 13 000 FCFA, rapporte Cameroon Tribune. À Bafoussam et Ebolowa, les prix grimpent aussi.

Une bouteille payée deux fois son prix. Parfois plus.

La FOCACO alerte

Le 14 septembre 2026, la Fondation Camerounaise des Consommateurs (FOCACO) a publié un communiqué. L'organisation alerte sur l'ampleur de la crise, qui touche Douala, Yaoundé et Kribi depuis début septembre.

Selon la FOCACO, les bouteilles de 12,5 kg des marques SCTM, Bocom, Tradex et Total sont devenues introuvables dans plusieurs points de vente. Les ménages multiplient les déplacements. Certains reviennent au bois de chauffe. D'autres pratiquent le transvasement clandestin, une opération dangereuse.

La FOCACO cite la loi-cadre n°2011/012 du 6 mai 2011 portant protection du consommateur. Trois articles seraient mis à mal : le droit à la satisfaction des besoins de base, le droit à la protection des intérêts économiques, et le droit à la sécurité.

Ce que dit la SCDP

La Société Camerounaise des Dépôts Pétroliers se veut rassurante.

Elle met en avant l'extension du dépôt de Bonabéri, dont la capacité est passée de 2 500 à 3 500 tonnes grâce à une nouvelle sphère de stockage mise en service le 21 août 2026. Elle souligne aussi que 132 902 tonnes de GPL ont été mises à la consommation entre janvier et juillet 2026, contre 125 085 tonnes sur la même période en 2025, soit une hausse de 6,2 %.

La SCDP nie toute rupture d'approvisionnement.

La FOCACO prend acte de ces chiffres. Mais elle souligne un décalage entre la disponibilité annoncée dans les dépôts centraux et la rareté constatée chez les détaillants, en particulier à Douala.

60 000 tonnes d'urgence

Le gouvernement a lancé un appel d'offres le 1er septembre 2026. Objectif : importer 60 000 tonnes de GPL pour couvrir la consommation jusqu'à la fin de l'année.

Ce volume représente près de 40 % des 150 420 tonnes de butane importées par le Cameroun en 2025. Il équivaut à presque cinq mois d'importations au rythme moyen de l'année précédente.

L'appel d'offres est divisé en deux lots : 35 000 et 25 000 tonnes. Les plis devaient être ouverts et les contrats attribués le 8 septembre au siège de la CSPH, à Yaoundé.

À l'heure où nous publions, les résultats de cet appel d'offres n'ont pas été rendus publics. Les délais de livraison ne sont pas connus.

La question qui reste

Le Cameroun dispose de plus de 6 000 milliards de pieds cubes de gaz naturel, selon l'expert pétrolier Robert Mouthe Ambassa. De quoi tenir des décennies. Mais la production locale de GPL ne suit pas. La demande progresse de 15 % par an, selon la SCDP.

Le pays importe. Il importe de plus en plus. Et il importe dans l'urgence.

Une question revient dans les files d'attente : comment un pays qui a du gaz sous ses pieds en est-il réduit à importer quatre bouteilles sur cinq ?

Nous avons tenté de joindre le ministère de l'Eau et de l'Énergie et la SCDP pour obtenir une réponse. Sans succès avant publication.


Pourquoi le gaz SCTM est-il introuvable ?
Parce que la SCTM doit 4 milliards de FCFA à Tradex, son principal fournisseur, et des arriérés à la SCDP. Les livraisons sont suspendues depuis juin 2026.

Combien coûte la bouteille de 12,5 kg en ce moment ?
Le prix officiel est de 6 500 FCFA. Au marché noir, elle se négocie entre 10 000 et 15 000 FCFA à Douala, et jusqu'à 12 000-13 000 FCFA à Yaoundé.

Quand la pénurie va-t-elle prendre fin ?
Aucune date n'a été communiquée. Le gouvernement a lancé un appel d'offres pour importer 60 000 tonnes de GPL. Les résultats n'ont pas été rendus publics.

Pourquoi le navire Hilli Episeyo est-il parti ?
Le gisement qu'il exploitait s'est épuisé après huit ans. Il est parti pour Singapour avant un contrat de vingt ans en Argentine.

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#Cameroun #Gaz #SCTM #Pénurie #Douala
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