Cameroun - Alamine Ousmane Mey, l'homme qui peut réveiller le Grand-Nord
© Camer.be : Paul Moutila | 15 Sep 2026 10:30:46 | 404Après l'exil de Tchiroma, le Grand-Nord cherche un leader. Alamine Ousmane Mey peut-il combler ce vide ? Enquête sur une succession qui divise.
L'exil d'Issa Tchiroma Bakary a laissé le Grand-Nord orphelin. Alamine Ousmane Mey, discret ministre de l'Économie, pourrait hériter d'une revendication historique à condition de sortir de l'ombre.
Le Grand-Nord camerounais n'a plus de voix. Depuis que l'ex-ministre de l'Emploi, candidat malheureux de la présidentielle d'octobre 2025, s'est exilé en Gambie. Depuis que Paul Biya, réélu pour un huitième mandat, gouverne depuis Yaoundé, indifférent à cette région qui lui a longtemps donné ses voix. Depuis que la promesse d'alternance Nord-Sud, vieille de quatre décennies, s'est dissoute dans le silence.
Un nom circule pourtant, à voix basse, dans les salons de Garoua et les couloirs de Yaoundé : Alamine Ousmane Mey.
Alamine Ousmane Mey, l'électron libre qui peut réveiller le Grand-Nord
Issa Tchiroma Bakary a quitté le Cameroun en novembre 2025. Depuis, il vit en Gambie. Le 20 juillet dernier, il a lancé un appel vidéo à l'armée camerounaise : « Venez me récupérer », a-t-il demandé, se présentant comme le « président élu » de la présidentielle du 12 octobre 2025.
Un an plus tôt, il était ministre de l'Emploi. Il avait démissionné trois mois avant le scrutin. Le Conseil constitutionnel a proclamé Paul Biya vainqueur avec 53,66 % des voix. Tchiroma a obtenu 35,19 % un score contesté, mais un fait brut : il a gagné l'Adamaoua (50,33 %), le Nord (43,51 %) et le Littoral (64,59 %).
Pour la première fois depuis 1997, le Grand-Nord a voté contre le candidat du pouvoir. La chute est vertigineuse. En 2011, Paul Biya glanait 86,15 % dans l'Adamaoua, 90,15 % dans l'Extrême-Nord, 77,98 % dans le Nord. En 2025, il perd deux de ces trois régions.
Ce basculement n'est pas un accident. C'est une revendication ancienne, enfouie depuis la démission d'Ahmadou Ahidjo en 1982. Le premier président, originaire du Nord, avait cédé le pouvoir à Paul Biya, du Sud. Quarante ans plus tard, le Grand-Nord réclame sa part. Tchiroma en a été l'incarnation. Il est parti.
L'homme qui ne dit jamais non, mais qui ne dit rien
Alamine Ousmane Mey n'a jamais prononcé un mot de trop. Ministre de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire depuis 2015, cet ancien banquier de 58 ans est décrit par Jeune Afrique comme « l'électron libre du pouvoir ». Encarté au RDPC, proche de Franck Biya le fils du président il joue « sa propre partition », loin des intrigues de Yaoundé.
Son ancrage territorial est réel. Fils de Garoua, il incarne une génération de technocrates nordistes qui n'ont pas fait de la revendication identitaire leur métier. Il a dirigé des missions dans le Septentrion pour évaluer les projets structurants de la Stratégie nationale de développement 2030. En septembre 2025, il a signé avec la Banque africaine de développement un prêt de 136 millions d'euros pour l'employabilité et l'entrepreneuriat dans l'Extrême-Nord.
Mais l'homme ne se presse jamais. Il ne revendique rien. Il attend.
La condition que personne n'avait vue venir
Selon l'enquête de Jeune Afrique, Alamine Ousmane Mey pourrait prétendre à fédérer le Grand-Nord. Sa stature nationale, son ancrage local, sa proximité avec le clan présidentiel : tout semble aligné. Sauf une chose.
Il devrait abandonner sa discrétion.
Pour un homme qui s'est construit une carrière en se tenant « au-dessus de la mêlée », le basculement serait une rupture stratégique majeure. Alamine Ousmane Mey n'a jamais fait campagne pour lui-même. Il n'a jamais pris la parole dans un meeting. Il n'a jamais élevé la voix.
Le Grand-Nord attend un tribun. Il a un gestionnaire.
Le vide que Tchiroma a laissé
Le Front pour le Salut national du Cameroun (FSNC), le parti de Tchiroma, a annoncé en février 2026 qu'il participerait finalement aux élections législatives et municipales. Un revirement. Le parti avait initialement proclamé le boycott, refusant de « cautionner les irrégularités » du système électoral. Mais Alice Nkom, porte-parole du FSNC, a expliqué que la stratégie visait désormais à « récupérer des mains du RDPC » certaines circonscriptions clés, notamment Douala 2e.
Cette décision révèle une réalité : le FSNC continue d'exister sans son leader. Mais il n'a plus d'incarnation. Tchiroma, depuis la Gambie, appelle l'armée à le ramener. Il revendique 72 % des suffrages, y compris au sein de l'armée. Personne, à Yaoundé, ne répond.
Le Grand-Nord, lui, n'a plus de porte-voix. Les élections législatives approchent. Les municipales aussi. Qui portera la revendication de l'alternance ? Qui parlera pour l'Adamaoua, l'Extrême-Nord et le Nord ?
Alamine Ousmane Mey pourrait être cet homme. Mais il faudrait qu'il parle.
La question qui dérange
L'entourage de Paul Biya 93 ans, au pouvoir depuis 43 ans observe. Le président est resté hors du Cameroun pendant 74 jours cet été, alimentant les spéculations sur sa santé et sa succession. Franck Biya, son fils, est cité comme un possible héritier. Alamine Ousmane Mey, proche de lui, est dans l'équation.
La succession ouverte du RDPC et la revendication du Grand-Nord sont deux dynamiques distinctes. Elles pourraient se rejoindre. Alamine Ousmane Mey est le point de jonction possible : un Nordiste loyal au régime, capable de rassurer Yaoundé et de parler au Septentrion.
Mais il y a un prix. S'il choisit de fédérer le Grand-Nord, il devra se positionner. S'il se positionne, il entre dans la mêlée. S'il entre dans la mêlée, il perd la neutralité qui fait sa valeur.
Le dilemme est simple. Rester discret, ou devenir un leader. Alamine Ousmane Mey n'a pas encore choisi. Le Grand-Nord, lui, n'a plus le temps d'attendre.
Pourquoi Issa Tchiroma Bakary est-il en exil en Gambie ?
Il a quitté le Cameroun en novembre 2025, après avoir contesté les résultats de la présidentielle du 12 octobre. Il a demandé l'asile en Gambie.
Qui est Alamine Ousmane Mey ?
Ministre de l'Économie depuis 2015, ancien banquier, originaire de Garoua. Il est décrit comme un « électron libre » du pouvoir, proche de Franck Biya.
Qu'est-ce que l'alternance Nord-Sud ?
Une revendication historique du Grand-Nord, qui estime qu'après la démission d'Ahmadou Ahidjo en 1982, le pouvoir devait alterner entre le Nord et le Sud. Quarante ans plus tard, aucun Nordiste n'a succédé à Biya.
Le Grand-Nord peut-il encore peser sur la présidentielle ?
Lors de la présidentielle de 2025, les trois régions septentrionales ont massivement voté pour Tchiroma. Le poids électoral de la région reste significatif, mais divisé.
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