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Motazé à Londres : le Cameroun cherche 40 000 milliards

Louis-Paul Motazé a présenté à Londres les besoins de financement du Cameroun. La SND30 nécessite 88 000 milliards FCFA. Le pays explore de nouveaux instruments.

Le ministre des Finances a défendu l'image d'une économie diversifiée, mais les IDE sont en baisse et les intérêts de la dette absorbent une part croissante des recettes.

Louis-Paul Motazé a fait le voyage. Les 9 et 10 septembre 2026, le ministre camerounais des Finances s'est rendu à Marlborough House, à Londres, pour un « market sounding » organisé par le Commonwealth Enterprise and Investment Council (CWEIC). Objectif : sonder l'appétit des banquiers, assureurs et bailleurs de fonds avant de nouvelles opérations de financement.

« Nous ne sommes pas venus vous présenter un Cameroun où tout serait déjà accompli. Mais nous pouvons regarder avec confiance le chemin parcouru », a-t-il déclaré devant l'auditoire.

Le chemin parcouru, oui. Le chemin restant, aussi. La Stratégie nationale de développement (SND30) nécessite 88 000 à 89 000 milliards de FCFA d'investissements. 45 % doivent venir du privé et des partenaires. Et les investissements directs étrangers, eux, sont en baisse.

Ce que Motazé a dit aux investisseurs

Le ministre des Finances a déroulé les chiffres. La croissance s'est maintenue à 3,5 % en 2025, pour la troisième année consécutive. Les activités hors pétrole représentent désormais près de 98 % du PIB. Le Cameroun pèse 44 % de l'économie de la CEMAC. La dette publique ressort à environ 43 % du PIB, loin du plafond communautaire de 70 %.

Autour de lui, une délégation fournie : Paul Tasong, ministre délégué à la Planification, Félix Mbayu, ministre délégué chargé de la Coopération avec le Commonwealth, Sylvester Moh Tangongho, directeur général du Trésor, et Adolphe Noah Ndongo, directeur général de la Caisse autonome d'amortissement.

Le chiffre qui fâche : les IDE en baisse

Motazé n'a pas tout dit. Ou plutôt, il n'a pas mis en avant un chiffre qui complique son discours.

Le stock d'investissements directs étrangers (IDE) du Cameroun culminait autour de 560 milliards de FCFA en 2022. Il est retombé à environ 473 milliards en 2026, soit 1,2 % du PIB.

La SND30 exige de mobiliser environ 1 500 milliards de FCFA par an. C'est plus de trois fois le stock actuel d'IDE.

Le fossé est là. Motazé le sait. C'est précisément pour le combler qu'il a fait le déplacement de Londres.

Panda Bonds, Samurai Bonds, Sukuk : les nouveaux outils

Pour élargir sa base d'investisseurs, le Cameroun explore des instruments inédits.  Louis-Paul Motazé a indiqué que le pays étudiait le recours aux Panda Bonds (obligations émises sur le marché chinois, en yuan), aux Samurai Bonds (marché japonais, en yen) et aux Sukuk (finance islamique, adossée à des actifs).

Aucun montant, aucun calendrier. Le ministre a simplement précisé que le pays y recourrait « lorsque les conditions seront réunies ».

« L'intérêt commun de ces trois instruments est surtout d'aller chercher des investisseurs différents de ceux qui souscrivent traditionnellement à sa dette »

Ce que les chiffres ne disent pas

Le ratio de dette à 43 % du PIB est un chiffre rassurant. Il ne dit pas tout.

Les intérêts de la dette devraient absorber 9,5 % des recettes publiques en 2026, contre 6,9 % en 2021. Une part croissante des ressources de l'État sert à payer le coût des emprunts, pas à investir.

Moody's, dans sa note du 21 août 2026, a maintenu la note souveraine du Cameroun à Caa1, avec perspective stable. L'agence pointe « des tensions de liquidité », « la progression de l'endettement public » et « un historique d'arriérés de paiement ». Elle anticipe une dette à 45 % du PIB en 2026.

Moody's évoque aussi, dans une note distincte, le risque d'une « transition présidentielle chaotique » liée à la réforme constitutionnelle du 14 avril 2026 créant un poste de vice-président nommé. Un facteur politique qui pèse sur la perception du risque Cameroun.

Le climat des affaires : le non-dit de Londres

Le ministre a parlé d'une économie « diversifiée » et « moins dépendante du pétrole ». Il n'a pas évoqué les obstacles que les investisseurs rencontrent une fois arrivés.

Une enquête de la Banque mondiale menée entre juin 2024 et février 2025 auprès de 615 entreprises camerounaises identifie les principaux freins : l'accès au financement (28,8 % des entreprises), l'accès à l'électricité (16,8 %), la concurrence du secteur informel (12,9 %) et la corruption (7,3 %).

Au Nord, la corruption est le premier obstacle cité (17,8 %). Dans le Littoral, 46,7 % des entreprises se plaignent de l'accès au financement. À l'Ouest, 36 % citent le financement et 19 % l'instabilité politique.

Le taux de pression fiscale effectif dans le secteur formel atteint 57 %, selon les données présentées lors de la Cameroon-UE Business Week 2026. C'est le plus élevé de la zone CEMAC.

Des observateurs, , évoquent également des difficultés récurrentes : lenteur de la justice commerciale, opacité foncière, insuffisance des infrastructures portuaires et routières, coûts logistiques prohibitifs. Ces critiques sont documentées par plusieurs rapports d'organisations patronales et d'institutions internationales.

La SND30 à mi-parcours : 49,6 % des objectifs atteints

Un rapport du Comité national de suivi-évaluation (CNSE), publié en août 2026, dresse un bilan en demi-teinte de la SND30. À quatre ans de l'échéance de 2030, seuls 49,6 % des besoins identifiés ont été satisfaits.

L'écart entre investissements attendus et réalisés entre 2021 et 2030 atteint 44 432 milliards de FCFA, selon le CNSE. Le rapport indique que « le relais attendu du secteur privé peine à se matérialiser ».

Le crédit au secteur productif ne représente que 17,6 % du PIB, contre une cible de 23,2 %.

Ces chiffres dessinent un tableau plus nuancé que le discours londonien. Le Cameroun a des atouts. Il a aussi des contraintes que les investisseurs découvriront en lisant les rapports, pas seulement les présentations PowerPoint.

Motazé a promis que le Cameroun « regarde avec confiance le chemin parcouru ». Il a raison sur un point : le pays a fait des progrès. La croissance résiste. La dépendance au pétrole diminue.

Mais le chemin restant est long. 88 000 milliards à financer. Des IDE en baisse. Des intérêts de dette qui grignotent les recettes. Un climat des affaires qui décourage.

Londres a écouté. Les investisseurs décideront. Et ils ne décideront pas sur la base des discours, mais des chiffres, des contrats et des risques.

La SND30 a besoin de 1 500 milliards par an. Le stock d'IDE est de 473 milliards. L'équation ne se résout pas avec des Panda Bonds seuls.


Pourquoi Motazé est-il allé à Londres ?
Pour participer à un « market sounding » organisé par le CWEIC. Objectif : sonder l'intérêt des banquiers, assureurs et bailleurs avant de nouvelles opérations de financement.

Combien le Cameroun a-t-il besoin pour financer la SND30 ?
Entre 88 000 et 89 000 milliards de FCFA. 45 % doivent provenir du secteur privé et des partenaires au développement.

Qu'est-ce qu'un Panda Bond ?
Une obligation émise sur le marché chinois, libellée en yuan. Le Cameroun explore ce type d'instrument pour diversifier ses sources de financement.

Le Cameroun est-il surendetté ?
La dette est à 43 % du PIB, sous le plafond CEMAC de 70 %. Mais les intérêts absorbent 9,5 % des recettes en 2026, contre 6,9 % en 2021. Moody's maintient la note à Caa1.

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#Cameroun #Motazé #SND30 #Investissement #CEMAC
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