Cameroun - Olembe : Tollo jure que l'hôtel et le centre commercial existent
© Camer.be : Onana Nestor | 14 Sep 2026 12:44:08 | 366Cyrille Tollo assure que l'hôtel de 70 chambres et le centre commercial de 18 000 m² d'Olembe existent. Il reconnaît qu'ils attendent encore leur ameublement.
Le conseiller technique du ministère des Sports défend l'achèvement du complexe d'Olembe, mais ses propres précisions révèlent les limites du chantier.
Cyrille Tollo ne supporte plus qu'on doute de lui. Invité de l'émission Libre Expression sur Info TV le dimanche 13 septembre 2026, le conseiller technique n°2 au ministère des Sports a défendu bec et ongles l'achèvement du complexe sportif Paul Biya d'Olembé. « La construction du stade d'Olembe est achevée. Vous croyez qu'un responsable de mon acabit viendrait dire aux Camerounais qu'un hôtel existe à Olembe alors qu'il est fictif ? »
La phrase est forte. Elle est aussi plus fragile qu'elle n'y paraît.
Car dans la même respiration, Tollo reconnaît que l'hôtel de 70 chambres « reste en attente de son ameublement complet ». Un hôtel carrelé, vitré, mais sans lits. Sans chambres fonctionnelles. Sans clients possibles.
Ce que Tollo a exactement dit
L'interview a duré quelques minutes. Elle a suffi à relancer un débat vieux de huit ans.
« Vous avez le stade et ses annexes et, en dessous, vous avez l'hôtel de 70 chambres et le centre commercial », a-t-il déclaré sur le plateau de l'émission.
Il a précisé sa pensée en détaillant : le stade principal de 60 000 places est terminé. Les deux stades annexes de 2 000 places chacun sont terminés. L'hôtel intégré sous les gradins est « entièrement construit et carrelé », mais « en attente de son ameublement complet ». Le centre commercial de 18 000 m² comprend « des espaces vitrés, carrelés et des salles de cinéma ».
« C'est le plus grand centre commercial d'Afrique centrale », a-t-il martelé.
Le contexte : une condamnation à 50 milliards
Pourquoi Tollo sort-il du silence maintenant ? Parce que le dossier Olembé est revenu sur la table de manière brutale.
Le 4 septembre 2026, le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), juridiction arbitrale basée à Washington, a condamné l'État du Cameroun à verser 78,5 millions d'euros environ 50 milliards de francs CFA au groupe italien Gruppo Piccini.
Motif : l'éviction « abusive » de Piccini du chantier en novembre 2019. L'État avait résilié unilatéralement le contrat, invoquant des retards mettant en péril la CAN 2021. Le CIRDI a jugé que le Cameroun n'avait pas accordé à son partenaire « un traitement juste et équitable ».
Le gouvernement conteste. Tollo lui-même a dénoncé une décision « surprenante » et « plus reposant sur des jugements de valeur que sur des arguments juridiques ».
Mais la condamnation a rouvert une plaie. Et avec elle, la question qui fâche : où sont passés les 163 milliards de FCFA annoncés au départ ? Le projet devait coûter 163 milliards. Il en a coûté davantage. Beaucoup davantage.
L'hôtel existe. Mais est-il utilisable ?
Tollo a raison sur un point : l'hôtel existe physiquement.
Des photos de l'intérieur ont circulé dès 2024, montrant des couloirs carrelés, des baies vitrées, des espaces compartimentés. Le bâtiment est là. Sous les gradins. Invisible depuis l'extérieur, ce qui explique une partie des doutes.
Mais un hôtel sans meubles n'est pas un hôtel. C'est une coquille.
Tollo le reconnaît lui-même : « en attente de son ameublement complet ». Combien de temps faudra-t-il pour l'ameubler ? Quel budget ? Qui paiera ? Aucune de ces questions n'a reçu de réponse publique à ce jour.
Le centre commercial, lui, est décrit comme « carrelé et vitré ». Mais carrelé et vitré ne signifie pas ouvert. Aucune enseigne n'y est installée. Aucun commerce n'y fonctionne. Les salles de cinéma n'ont pas de projecteurs en activité, à notre connaissance.
Le stade n'est toujours pas homologué par la CAF
Il y a un autre problème. Un problème que Tollo n'a pas mentionné.
Le stade d'Olembé ne figure pas sur la liste des enceintes homologuées par la Confédération africaine de football (CAF) pour la saison 2026-2027. Cinq stades camerounais ont obtenu leur validation. Pas Olembé.
Depuis 2024, le stade n'a pas reçu d'homologation de la CAF.
Comment un stade « achevé » peut-il ne pas être homologué ? La question mérite d'être posée. La CAF a relevé « des insuffisances à corriger avant une homologation complète », selon des informations concordantes.
Ces insuffisances concernent-elles les infrastructures annexes ? Les vestiaires ? Les zones de presse ? Les accès ? Aucune communication officielle ne le précise.
101 hectares, 20 emménagés
En août 2025, Félix François Ewane, responsable de l'Office national des infrastructures et équipements sportifs (ONIES), avait donné une image différente du chantier.
« Olembe, c'est 101 hectares dont 20 déjà emménagés. Un studio pour la télévision et la radio, un hôtel et un centre commercial en construction », avait-il résumé.
En construction. Pas achevé. Pas carrelé et vitré. En construction.
Un an plus tard, Tollo dit que tout est fini. Qui croire ? Les deux hommes travaillent pour le même État. Ils ne disent pas la même chose.
Le vrai problème : 400 milliards pour deux matchs
Il y a un chiffre qui résume tout. Le stade d'Olembé a accueilli exactement deux matchs officiels depuis son inauguration : le match d'ouverture et la finale de la CAN 2021, remportée par le Sénégal.
Deux matchs. Pour un complexe dont le coût total, entre les versements à Piccini, les paiements à Magil et la condamnation du CIRDI, dépasse les 400 milliards de FCFA selon plusieurs estimations concordantes.
Le stade devait être la vitrine du Cameroun. Il est devenu le symbole d'une gouvernance qui empile les milliards sans jamais livrer un objet utilisable.
La CAN 2021 a laissé un goût amer. Et pas seulement à cause des travaux inachevés. Le 24 janvier 2022, une bousculade à l'entrée sud du stade a causé la mort de huit personnes, dont des enfants. Le drame a jeté une ombre que le complexe n'a jamais réussi à dissiper.
Tollo a promis que tout est là. Il a dit : « carrelé, vitré, salles de cinéma ». Il a dit que l'hôtel attendait ses meubles.
Ce qu'il n'a pas dit : quand l'hôtel ouvrira. Quand le centre commercial accueillera ses premiers clients. Quand le stade sera homologué. Quand les Camerounais pourront enfin profiter d'un complexe qui a englouti une partie de leur argent.
Ces questions restent sans réponse. Et tant qu'elles le resteront, le doute persistera.
Pas parce que les Camerounais ne veulent pas croire Tollo. Parce que l'histoire du chantier Olembé leur a appris à se méfier des promesses.
L'hôtel du stade Olembe existe-t-il vraiment ?
Oui, le bâtiment existe. Il est construit sous les gradins. Des photos de l'intérieur ont circulé. Mais il n'est pas meublé et ne peut pas accueillir de clients en l'état.
Pourquoi le Cameroun doit-il payer 50 milliards à Piccini ?
Le CIRDI a jugé que l'éviction de l'entreprise italienne en 2019 était abusive. L'État avait résilié le contrat sans respecter les procédures contractuelles.
Le stade Olembe est-il utilisable pour des matchs internationaux ?
Non. Le stade n'est pas sur la liste des enceintes homologuées par la CAF pour 2026-2027. Il n'a pas reçu d'homologation depuis 2024.
Le centre commercial de 18 000 m² est-il ouvert ?
Non. Il est décrit comme carrelé et vitré, mais aucune enseigne n'y est installée et aucun commerce n'y fonctionne.
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#Cameroun #Olembe #StadeOlembe #CyrilleTollo #InfrastructuresLire aussi
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