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Train de vie de l’État : avec 63 ministres, le Cameroun fait pâle figure face aux grandes puissances

Alors que le remaniement ministériel promis par Paul Biya depuis novembre 2025 se fait toujours attendre, une comparaison avec les grandes nations relance le débat sur la gabegie et l’efficacité de l’appareil d’État camerounais.

Un gouvernement pléthorique à la camerounaise

C’est un constat qui revient régulièrement dans le débat public : le Cameroun a un gouvernement trop gros. Le quotidien La Nouvelle Expression le rappelle dans son édition du 8 septembre 2026 : le pays compte actuellement 63 ministres et assimilés ministres d’État, ministres, ministres délégués, chargés de mission et secrétaires d’État. Une architecture gouvernementale qualifiée de « lourde, éclatée, coûteuse, souvent redondante » par l’écrivain Jean Ediegnie.

Pour une population estimée à moins de 40 millions d’habitants, la proportion est frappante. Et le malaise est d’autant plus vif que le pays traverse une morosité économique persistante, avec une inflation élevée, un chômage endémique et des infrastructures défaillantes.

Comparaison internationale : le Cameroun en décalage

La France, 34 membres pour 68 millions d’habitants

L’Hexagone, puissance économique majeure et ancienne puissance coloniale, gouverne avec 14 ministères et environ 34 membres au total. Soit deux fois moins de ministres que le Cameroun, pour une population près de deux fois supérieure.

Les États-Unis, 15 départements pour 330 millions d’Américains

La première puissance mondiale fonctionne avec 15 départements ministériels. Une efficacité organisationnelle qui contraste avec la pléthore camerounaise.

La Chine, 26 ministères pour 1,4 milliard d’habitants

Le continent-État chinois, avec plus d’un milliard d’habitants, ne compte que 26 ministères et commissions. Le Cameroun en a plus du double.

L’Allemagne, 16 ministères pour 83 millions d’habitants

La première économie européenne gère ses affaires avec seulement 16 portefeuilles ministériels.

Un remaniement attendu… qui n’arrive pas

Le gouvernement actuel, conduit par Joseph Dion Ngute depuis le 4 janvier 2019, est accusé d’avoir montré ses limites et même ses fissures. Pourtant, Paul Biya avait promis à plusieurs reprises la formation d’une nouvelle équipe gouvernementale : le 31 décembre 2025 lors de son message de fin d’année, puis le 10 février 2026 à l’occasion de son adresse à la jeunesse.

L’attente se prolonge. « Au sein de l’exécutif, de nombreux ministres jouent de prudence dans le traitement des dossiers relevant de leurs sphères de compétences, par peur de l’inconnu », confie un haut cadre d’un ministère. Le politologue Aristide Menguele évoque des « difficultés à faire un casting optimal du fait de l’épuisement d’une ressource politique cruciale ».

Train de vie de l’État : une facture salée

Au-delà de l’image, c’est une question de coût. Un ministre camerounais touche un salaire de base estimé entre 800 000 et 1 500 000 FCFA par mois. En mission, les indemnités journalières peuvent atteindre 250 000 FCFA à l’intérieur du pays comme à l’étranger, avec 75 000 FCFA par jour pour les ministres d’État, ministres et ministres délégués.

L’économiste Dieudonné Essomba dénonce régulièrement ce train de vie qu’il qualifie de « danger permanent pour le Trésor public camerounais ». La masse salariale de l’État ne doit pas dépasser 35 % des recettes fiscales, selon une circulaire du ministre des Finances Louis Paul Motaze. Avec 63 ministres, le plafond semble bien fragile.

Des ministres sans pouvoir réel ?

Au Cameroun, un ministre ne sert pas à grand-chose, analyse le politologue Moussa Njoya. La multiplication des portefeuilles dilue les compétences et émiette le pouvoir. Le moindre projet exige l’intervention d’une multitude d’autres ministères, agences et établissements publics, générant inertie et paralysie.

La vraie puissance ? La bureaucratie. Directeurs, sous-directeurs, chefs de division, conseillers techniques à la primature et à la présidence ce sont eux qui, dans les faits, décident de tout. « C’est le ministre qui dépend des collaborateurs », résume l’éditorialiste.

Que faut-il attendre des prochains mois ?

La pression monte. L’opposition, la société civile, une partie de la classe politique et même des ministres en exercice réclament un remodelage. Certains proposent des fusions : un seul ministère de l’Éducation nationale au lieu de deux, une intégration du foncier à la Justice ou à l’Administration territoriale.

Mais Paul Biya avance à son rythme. « Celui d’une tortue de marbre », ironise un éditorialiste. Le remaniement n’arrivera que quand le président décidera que l’heure a sonné. En attendant, le Cameroun continue de gouverner avec une armée de 63 ministres un record qui, comparé aux grandes puissances, interroge sur l’efficacité et le coût de l’appareil d’État.

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