Cameroun - IL AVAIT 11 ANS QUAND IL A REJOINT LE MAQUIS. IL Y PERDRA UN BRAS, PUIS SUBIRA LA TORTURE
© Correspondance : Gildas Igor Noumbou Tetam | 01 Sep 2026 10:14:27 | 413Une enfance volée par la guerre. Kumba, Cameroun, 25 septembre 1948. Flaubert Nganya naît dans une famille de neuf enfants, dans un pays où la lutte pour l'indépendance a basculé dans la clandestinité armée.
En août 1959, alors qu'il se rend simplement à l'église un dimanche, des combattants upécistes le repèrent sur le chemin. Il a 11 ans. Il ne rentrera jamais chez lui de la même manière.
D'enfant soldat à instructeur militaire
Intégré dans l'Armée de Libération Nationale du Kamerun (ALNK), il gravit rapidement les échelons. À peine sorti de l'adolescence, il devient en 1962 instructeur d'une unité d'élite surnommée la « Troupe régulière », formant d'autres combattants aux techniques de guerre à travers les forêts et collines de l'Ouest-Cameroun.
Une balle, un bras, une amputation sans anesthésie
Le 27 janvier 1963, lors d'un affrontement avec l'armée camerounaise, il est grièvement blessé au bras gauche. Trois interventions chirurgicales « à vif », menées par un simple infirmier de maquis sans aucune anesthésie, aboutiront à l'amputation de son bras au niveau de l'humérus. Un camarade blessé au même moment n'y survivra pas. Lui s'en relève, et reprend son rôle d'instructeur — cette fois à l'état-major, pour raisons politiques et pédagogiques plutôt que combattantes.
L'arrestation et la torture
Arrêté en février 1970, Nganya subit des interrogatoires d'une extrême violence, destinés à lui faire révéler la localisation d'Ernest Ouandié, le chef historique du mouvement. Il gardera toute sa vie les séquelles physiques de ces sévices. Condamné à cinq ans de prison à Bafoussam, il continue pourtant, depuis sa cellule, à faire preuve d'ingéniosité : il monte un petit commerce de couscous et de cigarettes pour survivre et aider d'autres détenus.
Une vie entière pour la mémoire des siens
Libéré en 1975, il s'installe à Douala, se marie, fonde une famille de quatre enfants — mais ne renonce jamais à son engagement politique. Il devient l'une des chevilles ouvrières de l'Association des vétérans de la lutte de libération du Cameroun (ASVECAM), militant inlassablement pour que la France et le Cameroun reconnaissent enfin les crimes commis pendant cette guerre méconnue, et pour que les anciens maquisards soient reconnus comme les héros de l'indépendance qu'ils étaient.
Il meurt accidentellement à Douala en 2015, sans avoir vu ce combat pour la mémoire aboutir.
Flaubert Nganya n'a jamais eu de monument, ni de rue à son nom. Son histoire dort encore aujourd'hui dans des archives coloniales françaises et des témoignages oraux, presque effacée du récit national camerounais.
Il a survécu à la guerre, à l'amputation et à la torture — mais c'est l'oubli qui a failli avoir raison de son histoire.
Combien d'anciens combattants de l'indépendance africaine vivent aujourd'hui encore dans l'anonymat,leurs sacrifices absents des livres d'histoire de leur propre pays ?
Sources :
Gildas Igor Noumbou Tetam, « Flaubert Nganya, une figure méconnue de la guerre de libération nationale du Cameroun (1959-2015) », Note de recherche n°04, GRESDA (Groupe de Recherche en Sciences Sociales et en Développement en Afrique), janvier 2024
M. Njassep et F. Nganya, L'avenir nous donnera raison, témoignages d'anciens combattants de l'ALNK, recueillis par Astrid Mack-Kit, 2012
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