Cameroun - Maurice Kamto : tout le monde lui enseigne le droit
© Camer.be : Avec Alex Kamta | 28 Aug 2026 11:11:49 | 295Entre la convention contestée du MRC et les leçons de droit sur Facebook, Maurice Kamto suscite au Cameroun un débat où la politique se déguise souvent en jurisprudence.
Professeur de droit à l'international, étudiant permanent au Cameroun : Maurice Kamto cristallise une curieuse habitude nationale où chacun, sur les réseaux sociaux et les plateaux télé, se transforme en juriste pour lui donner des leçons. Mais quand la couleur politique détermine la valeur d'un argument juridique, c'est le droit lui-même qui est sacrifié.
Un destin singulier
Maurice Kamto possède un destin particulier au Cameroun. À l'international, son parcours universitaire et professionnel le fait connaître comme professeur de droit et spécialiste du droit international. Une figure respectée, dont les travaux font autorité dans les universités et les enceintes juridiques du monde entier.
Mais au Cameroun, dès qu'une affaire politique le concerne, le professeur se retrouve soudain étudiant dans une immense faculté populaire. Les enseignants viennent de Facebook, WhatsApp, des plateaux de télévision et des réunions politiques. Chacun arrive avec son Code électoral, sa construction personnelle, sa certitude. Et surtout, chacun connaît déjà le verdict quand il s'agit du professeur : « Irrécupérable ! »
Une situation paradoxale qu'Alex Kamta résume avec une ironie mordante : à ce rythme, plus besoin de tribunaux. « Facebook peut siéger en chambres réunies : le matin on publie, à midi on plaide et avant le journal de 20 heures, l'arrêt est définitif. Irrecevable ! »
La convention du MRC : un cas d'école
La controverse trouve son origine dans la convention extraordinaire du MRC. Le 29 novembre 2025, le parti de Maurice Kamto a été interdit de tenir sa convention prévue ce jour-là. Policiers et gendarmes en grand nombre étaient visibles tout autour du siège du MRC au quartier Odza. Une barricade a été érigée par les forces de l'ordre, et le siège du parti est resté fermé, interdit d'accès.
Les militants venus des quatre coins du pays se sont retrouvés dans les bars en face du siège, dans un face-à-face tendu mais sans accrocs. Même scénario au quartier Santa Barbara, où réside Maurice Kamto : les accès étaient contrôlés par un important dispositif policier.
Dans un communiqué, le MRC a dénoncé « un encerclement permanent, illégal et sans motif de son président national », estimant que Maurice Kamto était « soumis à un siège de fait... qui constitue une violation de la Constitution et des droits de l'homme ».
La convention en visioconférence et la réélection
Face à cette interdiction, le MRC a organisé sa convention extraordinaire le 21 décembre 2025 en visioconférence. Cette convention a permis de réélire Maurice Kamto à la présidence du parti et d'adopter des amendements aux statuts et au règlement intérieur.
Mais la convention n'a pas fait l'unanimité au sein du parti. Des voix dissidentes, notamment celle d'Okala Ebode Joseph Thierry, ancien trésorier adjoint du MRC exclu du parti pour « trahison », ont contesté sa régularité juridique et déposé une assignation.
Le refus du MINAT : un coup de tonnerre
Le 19 août 2026, le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, adresse une correspondance à Okala Ebode Joseph Thierry. L'objet : la contestation du procès-verbal de la Convention extraordinaire du parti du 21 décembre 2025.
La réponse du ministre est sans appel : « Le MINAT n'a pas jugé opportun de prendre acte des travaux de la Convention extraordinaire du MRC du 21 décembre 2025. » Motif invoqué : l'article 3 alinéa 2 de la loi n°90/055 du 19 décembre 1990.
Cette loi, qui régit le fonctionnement des partis politiques au Cameroun, confère au ministre de l'Administration territoriale un pouvoir de contrôle sur la régularité des activités des formations politiques. Mais son application dans ce cas précis soulève des questions : pourquoi ce refus maintenant, huit mois après la tenue de la Convention ?
Quand le droit devient politique
C'est là que l'affaire MRC–MINAT dépasse la personne de Maurice Kamto. Lorsqu'une administration prend position sur les actes internes d'un parti d'opposition, deux questions doivent être distinguées : que dit le droit ? Et quelles sont les conséquences politiques de cette décision ?
Au Cameroun, les deux finissent trop souvent dans la même marmite. Et chacun arrive avec sa louche. La loi devient alors « parfaitement claire » lorsqu'elle confirme notre opinion et terriblement compliquée lorsqu'elle donne des arguments au camp adverse.
Il serait absurde d'affirmer que Maurice Kamto a toujours raison parce qu'il est professeur de droit. L'expertise n'est pas l'infaillibilité. Mais l'inverse est également vrai : dire « Kamto est un piètre homme politique » n'est pas une démonstration juridique.
S'il se trompe, prouve-le avec des éléments juridiques et non du RDPC. Quel texte ? Quel article ? Quelle procédure ? Quelle jurisprudence ? C'est ainsi que l'on contredit un juriste, un homme politique.
La jurisprudence Facebook
Dans un État de droit, la réputation de Kamto ne devrait pas automatiquement lui donner raison. Mais son appartenance à l'opposition ne devrait pas davantage lui donner tort, même sur sa façon de respirer.
Les textes, les faits et les procédures doivent parler. Sinon, fermons les facultés de droit, rangeons la constitution et le Code électoral et décidons désormais de la jurisprudence camerounaise par vote à main levée sur Facebook après le débat télévisé du dimanche.
Car lorsque la couleur politique de celui qui parle détermine la valeur de son argument juridique, ce n'est plus seulement le juriste qu'on dévalue. C'est le droit qu'on sacrifie.
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#Cameroun #MauriceKamto #MRC #Droit #PolitiqueCamerounaiseLire aussi
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