Cameroun - Trophée des Lionnes : Biya, Eto’o, Mouelle Kombi qui garde ?
© Camer.be : Paul Moutila | 24 Aug 2026 09:59:20 | 594Où va rester le trophée des Lionnes Indomptables ? Entre FECAFOOT, MINSEP et CAF, le mystère s’épaissit. Découvrez les coulisses du bras de fer protocolaire.
Sacrées championnes d’Afrique pour la première fois de leur histoire, les Lionnes Indomptables ont rapporté le trophée de la CAN féminine 2026 à Yaoundé. Mais une question tenace agite désormais les esprits : où va rester ce trophée historique ?
Le 16 août 2026, à Rabat, les Lionnes Indomptables ont écrit la plus belle page de leur histoire en s’imposant 3-0 face au Malawi et en décrochant leur premier titre continental. Trois finales perdues (2004, 2014, 2016) appartiennent désormais au passé. Le trophée est à Yaoundé. Mais pour combien de temps ? Et entre les mains de qui ?
Une question, posée par le journaliste Yves-Marc Medzo, résume l’incertitude qui plane : « Est-ce que le trophée des Lionnes Indomptables va rester au ministère camerounais des Sports et de l’Éducation physique ? Ou alors va-t-il retourner à la CAF ? ». Derrière cette interrogation protocolaire se cache un bras de fer bien réel entre Samuel Eto’o, président de la FECAFOOT, et le ministre des Sports, le professeur Narcisse Mouelle Kombi. Une guerre des préséances qui, en pleine liesse populaire, menace de transformer la célébration d’un exploit historique en polémique politique.
Un sacre historique, une question protocolaire
Le Cameroun vibre encore. Les Lionnes Indomptables, entraînées par Valentine Nguele devenue la première sélectionneuse à remporter la CAN avec le Cameroun ont dominé la finale de la CAN féminine 2026 face à un Malawi novice. Un doublé de Marie Gisèle Ngah Manga et une réalisation de Naomie Eto ont scellé la victoire. Michaely Bihina a été élue meilleure gardienne du tournoi, tandis que Monique Ngock a été sacrée meilleure joueuse.
La liesse populaire a été à la hauteur de l’événement : parade dans les rues de Yaoundé, retrouvailles avec des milliers de supporters, décorations officielles. Mais dans l’ombre de ces célébrations, une correspondance officielle du ministère des Sports, datée du 19 août 2026, a jeté une lumière crue sur les relations toujours tendues entre le ministre Narcisse Mouelle Kombi et le président de la FECAFOOT, Samuel Eto’o.
La lettre qui a tout changé
Tout commence par une initiative de Samuel Eto’o. Le président de la FECAFOOT sollicite une audience auprès du ministre des Sports pour lui présenter officiellement le trophée de la CAN féminine 2026. Une démarche qui, sur le papier, relève du simple respect institutionnel : la tutelle technique du sport camerounais se doit d’être la première informée.
Mais la réponse de Narcisse Mouelle Kombi est cinglante. Dans une lettre au ton administratif, chaque formule pèse son poids de préséance. Le ministre oppose un refus poli mais sans ambiguïté : « C’est à Monsieur le Président de la République qu’appartiennent tant la prérogative que le privilège solennel de recevoir les Lionnes Indomptables ».
Le message est clair : ce n’est pas à lui, ministre, de recevoir en premier les Lionnes et leur trophée. Ce droit revient au président de la République lui-même. Mouelle Kombi rappelle qu’il a lui-même fait partie de la délégation conduite par le Premier ministre à Rabat, sur instruction du chef de l’État, et qu’il a escorté les joueuses et leur trophée jusqu’à Yaoundé. Il n’a nul besoin d’une cérémonie supplémentaire.
Le trophée a-t-il déjà changé de mains ?
Selon plusieurs sources, le trophée aurait finalement été présenté à Samuel Eto’o au siège de la FECAFOOT. Une information qui, si elle se confirme, ajouterait un rebondissement supplémentaire à cette affaire. Le président de la Fédération aurait-il réussi, malgré le refus du ministre, à obtenir ce qu’il voulait ?
Dans cette célébration, Samuel Eto’o est resté très discret. Revenu du Maroc avec l’équipe, il n’a été aperçu ni à l’aéroport, ni lors de la parade dans Yaoundé. Une discrétion qui contraste avec l’offensive protocolaire qu’il a menée par courrier.
Que dit le règlement de la CAF ?
La question posée par Yves-Marc Medzo le trophée va-t-il retourner à la CAF ? mérite d’être examinée. Traditionnellement, la Confédération africaine de football confie le trophée original au pays vainqueur, qui le conserve jusqu’à l’édition suivante. Le trophée de la CAN féminine 2026, dévoilé par la CAF en juillet 2025, est un nouveau modèle. Les règles de conservation n’ont pas été rendues publiques de manière détaillée. Mais dans la pratique, le pays champion conserve le trophée pendant deux ans, jusqu’à la prochaine édition de la compétition. Le trophée ne « retourne » donc pas à la CAF avant 2028 sauf si le règlement prévoit une disposition particulière pour ce nouveau trophée.
Hypothèse prudente : faute de confirmation officielle de la CAF sur le sort précis de ce trophée, il est probable que le Cameroun le conserve jusqu’à la prochaine CAN féminine. La question n’est donc pas tant de savoir s’il va retourner à la CAF, mais bien qui, au Cameroun, en aura la garde officielle.
Les scénarios possibles
Scénario 1 Le trophée reste au MINSEP : Si le protocole est respecté à la lettre, le trophée pourrait être conservé par le ministère des Sports, en tant que tutelle technique. Ce serait une victoire symbolique pour Narcisse Mouelle Kombi.
Scénario 2 Le trophée rejoint le siège de la FECAFOOT : Samuel Eto’o pourrait arguer que le trophée revient de droit à la fédération, qui a conduit l’équipe à la victoire. Une option qui renforcerait le poids politique du président de la FECAFOOT.
Scénario 3 Une solution de compromis : Le trophée pourrait être exposé dans un lieu public ou confié à un musée, en signe d’apaisement. Mais l’histoire récente des relations entre la FECAFOOT et le MINSEP rend cette hypothèse peu probable.
Scénario 4 Le trophée rejoint le Palais de l’Unité : Après la réception présidentielle, le trophée pourrait rester au Palais, symbole de l’incarnation de la victoire par le chef de l’État.
Une polémique qui dépasse le football
Au-delà du simple sort d’un trophée, c’est bien une question de légitimité et de pouvoir qui se joue. La FECAFOOT de Samuel Eto’o, élue en 2022, n’a cessé d’être en conflit avec le ministère des Sports. La victoire des Lionnes offre une scène où ce conflit de fond peut s’exprimer. Comme le souligne RFI, « autour de leur coupe, un autre match se joue désormais : celui de savoir qui aura l’honneur de la brandir ».
Pour les Camerounais, cette polémique est à double tranchant. D’un côté, elle témoigne de l’importance symbolique de ce premier titre continental. De l’autre, elle risque de ternir une célébration qui devrait être unanimement joyeuse.
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