Ali Bongo brise le silence : « Le Gabon mérite la vérité »
© Camer.be : Paul Moutila | 23 Aug 2026 14:16:21 | 474Ali Bongo brise trois ans de silence dans un entretien exclusif à Info241. L'ancien président gabonais se confie sur sa chute, Oligui, l'AVC, sa famille et son avenir. Confidences choc.
Trois ans après le coup d'État du 30 août 2023 qui l'a chassé du pouvoir, Ali Bongo Ondimba sort de son silence et livre à Info241 des confidences sans précédent sur sa chute, sa famille, l'exercice du pouvoir après son AVC et ses projets pour l'avenir.
Ali Bongo Ondimba, ancien président du Gabon destitué par un coup d'État le 30 août 2023, brise trois années de silence. Dans un entretien exclusif accordé à Info241, publié le 22 août 2026, l'ancien chef de l'État se livre sans filtre sur sa chute, sa relation avec le général Brice Clotaire Oligui Nguema, son AVC de 2018, le rôle de sa famille et ses projets pour l'avenir. Des confidences rares, à fleur de peau.
« Je souhaite m'adresser à ceux qui comptent : le peuple gabonais », déclare d'emblée Ali Bongo. Pendant trois ans, il a choisi de garder le silence. Aujourd'hui, il estime que « les gens méritent de connaître la vérité ». Un message fort, adressé à un pays qu'il a dirigé pendant quatorze ans et qu'il n'a jamais cessé d'aimer.
La chute du 30 août 2023 : « J'ai appelé au calme »
Le 30 août 2023 restera gravé dans l'histoire du Gabon comme le jour où l'armée a mis fin à 55 ans de règne de la dynastie Bongo. Ce jour-là, alors que les résultats de l'élection présidentielle venaient d'être proclamés, des militaires ont pris le pouvoir et placé Ali Bongo en résidence surveillée.
L'ancien président raconte ses premières pensées : « Mes premières pensées sont allées à ma famille et au pays. J'ai appelé au calme, comme vous vous en souvenez sans doute ». Il affirme avoir tout fait pour éviter l'effusion de sang : « Alors que ceux qui avaient juré de me protéger avaient choisi une autre voie, je ne voulais pas qu'une seule goutte de sang gabonais soit versée pour moi ». Une déclaration qui résonne avec son message de la fin de l'entretien : « aucun pouvoir ne vaut une vie gabonaise ».
Oligui Nguema : « J'avais confiance en lui et en son uniforme »
L'un des passages les plus attendus de l'interview concerne le général Brice Clotaire Oligui Nguema, chef de la transition et ancien chef de la Garde républicaine. Ali Bongo était-il surpris par sa trahison ?
« Il a servi mon père avant moi, puis il m'a servi à mon tour. Naturellement, j'avais confiance en lui et en son uniforme », répond-il. Avant d'ajouter : « Compte tenu de ces antécédents de service, qui n'aurait pas été surpris par les événements qui se sont déroulés ? » Une réponse qui en dit long sur la déception de l'ancien président, même s'il affirme ne pas prendre les choses « personnellement » : « Ses actes parlent d'eux-mêmes. L'histoire et le peuple gabonais les jugeront ».
Interrogé sur une éventuelle collaboration avec Oligui Nguema, Ali Bongo répond avec une franchise désarmante : « La bonne question n'est pas de savoir avec qui je travaillerais, mais dans quel genre de Gabon nous pourrions travailler ». Il pointe du doigt un État où « la justice est bafouée » et où « un ancien Premier ministre est maintenu en prison pendant des mois pour une dette datant de dix-huit ans ».
L'AVC de 2018 : « J'ai continué à exercer mes fonctions »
L'un des sujets les plus sensibles reste l'AVC qu'Ali Bongo a subi en 2018. Pendant des années, les rumeurs ont circulé sur sa capacité à gouverner. L'ancien président répond sans détour : « J'étais président de la République et j'ai continué à exercer mes fonctions. Je n'ai jamais caché ma maladie au peuple gabonais ».
Il insiste : « Les décisions présidentielles sont restées les miennes à tout moment. Elles n'étaient ni celles de ma femme ni celles de mon fils, mais les miennes ». Une réponse cinglante à ceux qui l'accusaient d'être un président fantoche, dirigé par son entourage. « Ceux qui prétendent que je ne gouvernais pas confondent les rumeurs et la réalité », martèle-t-il.
Sylvia et Noureddin : « Ce sont les mêmes qui ont privé ma famille de liberté »
L'ancien président n'élude pas la question du rôle de son épouse Sylvia Bongo Ondimba et de son fils Noureddin Bongo Valentin, tous deux visés par des procédures judiciaires.
« Mon épouse n'occupait aucune fonction publique. Elle se consacrait à sa fondation, à l'éducation, à la santé, aux familles, à l'égalité et à la lutte contre les violences faites aux femmes », défend-il. Quant à Noureddin, il « s'acquittait des fonctions officielles pour lesquelles il avait été nommé, dans le respect des règles et sous mon autorité ».
Ali Bongo dénonce une instrumentalisation judiciaire : « Ce sont ces mêmes personnes qui ont privé mon épouse et mon fils de leur liberté, les ont jugés par contumace et ont refusé à leurs avocats la possibilité de contre-interroger les témoins ». Il affirme que « certaines souffrances ne peuvent être exprimées par des mots ; il faut simplement les supporter ».
Le bilan : fierté, regrets et critiques assumées
Quatorze ans de pouvoir. Un bilan contrasté. Ali Bongo assume ses réussites : « Nous avons réalisé d'importants investissements pour moderniser les infrastructures du Gabon, protégé nos forêts, valorisé la biodiversité et lutté contre les inégalités entre les sexes ».
Mais il reconnaît aussi ses erreurs : « Nous n'avons pas toujours choisi les bonnes personnes, comme l'ont clairement montré les événements qui ont suivi ». Et surtout, il comprend la déception de certains Gabonais : « Un président qui ne comprend pas la critique n'a rien compris à son rôle. Certains Gabonais attendaient davantage de moi que ce que j'ai pu leur apporter, et leur déception mérite d'être respectée plutôt que niée ».
Avec le recul, il note amèrement que « trois ans plus tard, certains problèmes dont on m'a tenu pour responsable, notamment la hausse du coût de la vie, le chômage des jeunes et l'endettement public, restent des défis et se sont, dans certains cas, aggravés ».
Les violences de 2016 : « Chaque vie perdue était une vie de trop »
Interrogé sur les violences postélectorales d'août 2016 qui ont fait plusieurs morts, Ali Bongo exprime des regrets : « Des citoyens gabonais ont perdu la vie en 2016 et, dix ans plus tard, ma douleur reste intacte ».
Il reconnaît que « la proportionnalité de cette réponse fait encore débat ». Mais il est catégorique : « Si les chiffres avancés concernant le nombre de morts varient, il n'en demeure pas moins que chaque vie perdue était une vie de trop ».
Et il ajoute, dans une phrase qui pourrait devenir un mantra : « Aucun pouvoir ne vaut une vie gabonaise. Je le croyais alors et je le crois encore davantage aujourd'hui, après avoir vu la force s'imposer là où la loi aurait dû suffire ».
Le pouvoir et la nature humaine : une leçon de vie
L'expérience du pouvoir a profondément marqué Ali Bongo. Il livre une réflexion universelle : « Le pouvoir révèle la vraie nature d'une personne. J'ai découvert qui étaient réellement ceux qui m'entouraient, et les loyautés qui ont perduré m'ont profondément ému ».
Il a appris que « l'on pouvait tout perdre son poste, la liberté de ses proches, sa santé sans perdre ce qui compte le plus : la certitude d'avoir servi et l'amour de son pays ». Une leçon de résilience.
L'avenir : « Je ne me présenterai plus, mais je resterai »
Ali Bongo est clair : « Je ne me présenterai plus à des élections. Ce chapitre de ma vie est clos ». Mais il n'abandonne pas la politique : « Je préside le PDG et ma mission est de passer le flambeau, puis de préparer une nouvelle génération afin qu'il existe une alternative pour le peuple gabonais ».
Et il promet de s'effacer : « Ensuite, mon intention est de m'effacer pour lui laisser la place. C'est ainsi que l'on sert lorsque l'on a déjà occupé toutes les fonctions ».
Le retour au Gabon : un vœu, pas encore une réalité
L'ancien président vit hors de son pays. « Je n'ai jamais servi le Gabon dans le but d'en tirer des avantages, et je ne vais certainement pas commencer à en parler maintenant », affirme-t-il.
Son souhait le plus cher ? « Retourner au Gabon, plus que tout. Le Gabon est ma patrie et je ne peux m'en séparer. J'y retournerai lorsque les conditions de droit et de sécurité le permettront, pour moi-même et pour ma famille ».
Le mot de la fin : un message d'espoir pour le Gabon
Ali Bongo conclut son entretien par un appel à l'unité : « Aux femmes et aux hommes du Gabon : gardez foi en notre pays et gardez l'espoir vivant. Le Gabon a traversé de nombreuses épreuves. Il s'est toujours relevé grâce à l'unité de ses filles et de ses fils, jamais grâce à leur division ».
« Le Gabon est plus grand que n'importe lequel d'entre nous. Il était là avant nous et il restera après nous. Que Dieu bénisse le Gabon. »
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