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CAMEROUN :: Digue-route du Logone : livraison reportée à 2029 :: CAMEROON

Longue de 330 kilomètres et large de 15 mètres, la future digue-route de protection du fleuve Logone s'étendra de Kousseri au « Bec de Canard ». Annoncé en 2012 par le président Paul Biya, le projet sera finalement livré en 2029 soit 17 ans après sa promesse initiale.

Il y a des promesses qui traversent les décennies. Celle-ci en est une. En septembre 2012, Paul Biya se rendait à Guirvidig, dans l'Extrême-Nord, après des inondations dévastatrices qui avaient fait 12 morts, touché 6 637 ménages et laissé près de 27 000 personnes sans abri. Devant les populations meurtries, le président de la République promettait solennellement la construction d'une digue-route de 330 km le long du fleuve Logone, entre Kousseri et le « Bec de Canard ».

Treize ans plus tard, le projet est toujours sur les papiers.

Mais le gouvernement vient de fixer une nouvelle échéance : 2029. Selon le Document de programmation économique et budgétaire du ministère des Finances, les travaux devraient débuter en 2028 pour s'achever en 2031. Le gouvernement évoque désormais une livraison en 2029.

Pour les populations de l'Extrême-Nord, qui subissent chaque année les crues du Logone, cette annonce est à la fois un espoir et un rappel : elles attendent cette infrastructure depuis 17 ans.

UN PROJET ANNONCÉ EN 2012, TOUJOURS EN ATTENTE

Le 20 septembre 2012, Paul Biya se rendait dans la région de l'Extrême-Nord, ravagée par des inondations historiques. Devant les sinistrés, il prenait un engagement solennel : la construction d'une digue-route de 330 km entre Kousseri, dans le département du Logone-et-Chari, et la zone du « bec de canard », dans le Mayo-Danay.

« J'ai également prescrit des mesures à court et à moyen terme comportant notamment la construction d'une digue-route allant de Gobo jusqu'à Kousseri », avait déclaré le chef de l'État.

Les études de faisabilité, réalisées au MINEPAT en 2013, évaluaient le coût du projet à 1 000 milliards de FCFA. Un montant colossal qui allait rapidement devenir le principal obstacle.

Treize ans plus tard, le projet est toujours à l'arrêt. « Les populations ont entendu tant de promesses qu'elles n'y croient presque plus », confiait un notable local à 237online. « Pendant ce temps, chaque saison des pluies apporte son lot de déplacés et de pertes économiques. »

UNE INFRASTRUCTURE VITALE POUR L'EXTRÊME-NORD

La digue-route n'est pas un simple aménagement routier. C'est un rempart indispensable contre les assauts répétés des eaux du Logone.

Chaque année, la saison des pluies transforme des quartiers entiers de Kousseri en zones inhabitables. Les débordements du fleuve Logone détruisent habitations, commerces et infrastructures publiques. Les départements du Mayo-Danay et du Logone-et-Chari sont les plus touchés.

L'infrastructure, longue de 330 kilomètres et large de 15 mètres, traversera une soixantaine de villages. Elle combine deux fonctions essentielles :

1. Protéger les populations contre les crues du Logone
2. Désenclaver une région frontalière stratégique en facilitant les échanges avec le Tchad

« Ce projet combine ingénieusement deux fonctions essentielles : protéger les populations contre les crues et désenclaver une région frontalière stratégique », explique un ingénieur civil familier du dossier.

Dans une région déjà fragilisée par l'insécurité liée à Boko Haram, la digue-route pourrait dynamiser l'économie locale et faciliter les échanges commerciaux avec le Tchad voisin.

UN FINANCEMENT LONGUEMENT INCERTAIN

Le principal obstacle à la réalisation du projet a toujours été le financement. En février 2025, le gouvernement cherchait désespérément 1 100 milliards de FCFA pour concrétiser l'infrastructure.

Mais une révision majeure est intervenue. Selon le Document de programmation économique et budgétaire, le coût prévisionnel est désormais estimé à 381 milliards de FCFA, soit près du tiers des 1 100 milliards envisagés lors des premières études.

« Aucune explication officielle n'a, pour l'heure, été fournie sur cette forte révision à la baisse du coût du projet », note Ecomatin. « Tout porte toutefois à croire que le gouvernement a revu ses ambitions financières afin d'adapter le projet à ses contraintes budgétaires ».

Le financement sera assuré en maîtrise d'ouvrage publique (MOP). Les partenaires techniques et financiers Banque mondiale et Banque africaine de développement sont également sollicités.

UN NOUVEAU CALENDRIER : 2028-2031

Le gouvernement camerounais a enfin fixé un calendrier précis. Selon le ministère des Finances :

- Début des travaux : 2028
- Achèvement : 2031

La livraison de la digue-route est désormais attendue pour 2029, selon les informations communiquées par le gouvernement.

Ce calendrier intervient dans le cadre du Programme spécial de reconstruction et de développement de la région de l'Extrême-Nord (PSRDREN). En octobre 2023, le coordinateur du programme, Alhadji Magra Massaou, annonçait déjà une actualisation des études de faisabilité réalisées en 2017, pour un coût d'un milliard de FCFA.

« Le projet de la digue-route a fait l'objet d'une évaluation. Il est inscrit dans le plan présidentiel de construction de l'Extrême-Nord », déclarait Alhadji Magra Massaou.

17 ANS D'ATTENTE : LE COÛT HUMAIN

Derrière les chiffres et les calendriers, il y a des vies. Des familles qui, chaque année, fuient les eaux. Des récoltes détruites. Des enfants qui ne vont pas à l'école parce que les routes sont coupées.

En 2024, les inondations ont causé la rupture des digues par endroits, provoquant un déplacement massif des populations, des pertes en vies humaines et matérielles. Entre juillet et septembre 2025, les inondations ont touché 7 452 personnes (1 308 ménages), détruit plus de 500 habitations et submergé 148 hectares.

Depuis 2012, les populations de l'Extrême-Nord vivent dans l'angoisse de la saison des pluies. La digue-route, promise comme une solution définitive, est devenue le symbole des grandes promesses gouvernementales qui peinent à se matérialiser.

Pour les habitants de Kousseri, du Mayo-Danay et du Logone-et-Chari, 2029 est à la fois une date d'espoir et un rappel : ils attendent cette infrastructure depuis 17 ans.

QUEL AVENIR POUR LA RÉGION ?

La réalisation de la digue-route aurait des répercussions bien au-delà de la simple protection contre les inondations. Elle pourrait :

- Stimuler l'économie locale en facilitant les échanges avec le Tchad
- Sécuriser la région en permettant une meilleure mobilité des forces de défense
- Créer une zone de production agricole de référence
- Désenclaver une soixantaine de villages actuellement isolés pendant plusieurs mois chaque année

Mais pour l'instant, le projet reste sur les papiers. Les populations continuent d'attendre. Et les eaux du Logone continuent de monter.

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