CAMEROUN :: Il déchire les portraits de Biya, il meurt : coïncidence ? :: CAMEROON
© Camer.be : Toto Jacques | 18 Jun 2026 02:07:55 | 978Le cyberactiviste camerounais qui avait déchiré les portraits de Paul Biya à la veille de l'élection présidentielle de 2025 est décédé un mois après sa libération, plongeant sa famille et l'opinion dans une polémique nationale sur les conditions de sa détention.
Il avait osé toucher au symbole. Le 17 juin 2026, un mois après avoir retrouvé sa liberté, le TikToker Abdoul Al Islam rendait son dernier souffle à l'hôpital de la Cité Verte à Yaoundé. Sa faute ? Avoir déchiré, devant des millions de vues, les portraits du président Paul Biya. Sa sentence ? Une mort dont les circonstances interrogent, alors que sa famille évoque déjà un « empoisonnement d'État » orchestré dans les geôles de Kondengui.
Le Cameroun retient son souffle. Le paysage politique camerounais, déjà tendu par les séquelles de l'élection présidentielle d'octobre 2025, vient de connaître un nouveau séisme. L'annonce du décès de Abdoul Al Islam, figure montante de la contestation numérique, a provoqué une onde de choc qui dépasse désormais les frontières du pays.
Un défi qui a coûté cher
Tout commence à la fin de l'année 2025. Dans un contexte politique sous haute tension, le jeune homme publie sur TikTok une vidéo qui va changer sa vie. Devant son téléphone, les yeux rivés sur l'objectif, il déchire méthodiquement les portraits officiels du président sortant, profanant ce que la loi camerounaise considère comme le socle de l'ordre républicain.
« C'était un acte de folie, mais aussi de bravoure », confie un ami du défunt qui souhaite garder l'anonymat. « Il savait ce qu'il risquait. Mais il voulait montrer que la peur n'était plus une fatalité. »
La vidéo devient instantanément virale. Des milliers de partages, des millions de vues. L'onde de choc atteint les plus hautes sphères du pouvoir. La réaction de l'appareil sécuritaire est immédiate et impitoyable.
L'incarcération à Kondengui
Quelques jours après la diffusion de sa vidéo, Abdoul Al Islam est appréhendé à Yaoundé. Direction : la prison centrale de Kondengui, cet établissement pénitencier de haute sécurité qui abrite les figures de l'opposition et les détenus politiques.
Inculpé pour outrage au chef de l'État et trouble à l'ordre public, il est placé sous mandat de dépôt. Commence alors une détention qui, selon ses proches, va s'avérer fatale.
« Il n'était plus le même », témoigne un camarade de cellule sous couvert d'anonymat. « Il avait perdu du poids, il se plaignait de douleurs abdominales. Il disait que sa nourriture avait un goût étrange. »
La libération-surprise et le drame
Coup de théâtre le mois dernier. En mai 2026, sans explication officielle, Abdoul Al Islam est libéré. Ses soutiens crient à la victoire. Sur les réseaux sociaux, on célèbre ce qu'on présente comme une avancée pour la liberté d'expression au Cameroun.
Mais à peine a-t-il retrouvé sa liberté que son état de santé se dégrade. Ce que ses proches décrivent comme une « dégradation physique fulgurante » le contraint à l'hospitalisation d'urgence à l'hôpital de la Cité Verte.
« Il ne tenait plus debout. Ses yeux étaient jaunes, il vomissait constamment », raconte un membre de sa famille. « Nous avons supplié les médecins de faire quelque chose. Mais il était déjà trop tard. »
Le mercredi 17 juin 2026
Abdoul Al Islam succombe. Le verdict médical n'a pas encore été rendu public, mais la famille ne doute pas : il a été empoisonné.
« C'est un assassinat d'État », déclare un proche, la voix tremblante de colère. « Ils l'ont libéré parce qu'ils savaient qu'il était déjà condamné. Le poison agissait en lui, en silence. C'était leur façon de se débarrasser de lui sans éveiller les soupçons. »
Les accusations sont graves. La famille exige une autopsie indépendante et pointe du doigt l'administration pénitentiaire de Kondengui.
Le silence des autorités
Face à ces allégations d'une gravité extrême, le gouvernement camerounais et les autorités judiciaires se retranchent dans un silence assourdissant. Aucune autopsie officielle n'a encore été annoncée. Aucune déclaration n'a émané du ministère de la Justice, de la direction de la prison de Kondengui, ou même de la présidence de la République.
Ce mutisme, perçu comme suspect par une partie de l'opinion, alimente d'autant plus les rumeurs et la colère. Les organisations de défense des droits humains au Cameroun commencent à s'émouvoir et réclament une enquête transparente.
Un contexte politique explosif
Cette tragédie survient à un moment où le Cameroun reste fragile. L'élection présidentielle d'octobre 2025 a laissé des traces profondes, exacerbant les tensions entre les partisans du pouvoir et une opposition de plus en plus déterminée.
Le régime de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, fait face à une défiance grandissante, notamment parmi la jeunesse urbaine, qui trouve sur les réseaux sociaux un exutoire à son mécontentement.
Abdoul Al Islam était devenu, malgré lui, un symbole de cette résistance numérique. Sa mort pourrait bien devenir un catalyseur de contestation.
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