CAMEROUN :: Routes défoncées, marchés bloqués : l'Assemblée interpelle l'Exécutif :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 15 Jun 2026 11:04:30 | 1576Sous la présidence de Théodore Datouo, l'Assemblée nationale du Cameroun a tenu une séance plénière de questions orales au gouvernement, transformant l'hémicycle en tribunal citoyen sur la décentralisation, les routes et la gestion des biens publics.
Il y a des jours où le Parlement cesse d'être un décor.
Ce jour-là, sous les lambris dorés de l'Assemblée nationale du Cameroun, les mots ont claqué comme des portes. Des députés debout. Des ministres qui choisissent leurs mots. Et dans les tribunes, le silence lourd de ceux qui attendent des réponses depuis trop longtemps.
Décentralisation en panne, routes en décomposition, marchés publics enlisés dans la bureaucratie trois dossiers brûlants que les élus du peuple ont portés jusqu'au cœur du pouvoir exécutif. Le Premier ministre Joseph Dion Ngute et le ministre Emmanuel Nganou Djoumessi étaient au banc des accusés. Pas juridiquement. Mais politiquement, et c'est parfois pire.
Que s'est-il vraiment dit dans cet hémicycle ? Qui a convaincu ? Qui a esquivé ? Voici le récit d'une séance qui restera dans les mémoires.
YAOUNDÉ L'HÉMICYCLE COMME MIROIR D'UN CAMEROUN QUI S'IMPATIENTE
La séance plénière consacrée aux questions orales adressées au gouvernement, présidée par le Très Honorable Théodore Datouo, a offert une image rare et précieuse : celle d'un Parlement qui joue pleinement son rôle constitutionnel de contrôle de l'Exécutif.
Un hémicycle en mode interpellation
Pendant de longues heures, des députés de différentes sensibilités ont succédé à la tribune pour soumettre l'Exécutif à l'exercice le plus basique et le plus redouté de la démocratie représentative : rendre des comptes.
Au cœur des débats, trois grandes thématiques ont structuré les échanges. D'abord, la mise en œuvre de la décentralisation, réforme phare du régime dont les résultats sur le terrain restent disputés. Ensuite, la gestion des biens de l'État, enjeu de transparence et de responsabilité publique. Enfin, l'état catastrophique des infrastructures routières dans plusieurs localités du pays, sujet qui touche directement les populations dans leur quotidien.
Le Premier ministre dans l'arène
C'est l'Honorable Bindoua Mathurin Germain qui a ouvert les hostilités en interpellant le Chef du gouvernement sur les lenteurs observées dans les procédures de passation des marchés au sein des collectivités territoriales décentralisées. Une question précise, technique, mais qui cache une réalité de terrain : des projets bloqués, des fonds gelés, des populations qui attendent.
Joseph Dion Ngute a répondu avec la posture du technicien : la législation camerounaise, a-t-il rappelé, attribue aux collectivités elles-mêmes la responsabilité de la gestion des déchets ménagers. Des mesures d'accompagnement sont, selon lui, "progressivement renforcées" pour permettre aux collectivités d'exercer pleinement leurs compétences.
Une réponse structurée. Mais suffisante ?
L'auto-assurance de l'État : une doctrine qui interroge
Sur la question de la protection des biens publics, soulevée par l'Honorable Djeumeni Bénilde, le Chef du gouvernement a précisé que l'État camerounais fonctionne selon un régime d'auto-assurance. Seules certaines catégories de biens exposées à des engagements internationaux nécessitent une couverture spécifique. Les autres risques seraient absorbés par les mécanismes administratifs et budgétaires internes.
Cette position, qui peut paraître logique dans un contexte de maîtrise budgétaire, n'a pas manqué de susciter des interrogations parmi les observateurs. Que se passe-t-il lorsque l'État perd un bien ? Qui assume ? Avec quels fonds ?
Routes : le nerf de la guerre
Le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, a également pris la parole sur les infrastructures routières, thème récurrent dans les doléances des populations camerounaises. L'état des routes dans de nombreuses localités du pays reste un sujet de tension sociale profonde, entre bassins de production agricole enclavés et populations urbaines confrontées à des axes dégradés.
Les réponses apportées lors de cette séance, si elles témoignent d'une prise de conscience institutionnelle, devront trouver une traduction concrète sur le terrain pour convaincre une opinion publique de plus en plus exigeante.
Le sens d'une séance
Au-delà des joutes rhétoriques, cette séance plénière illustre une dynamique parlementaire en évolution au Cameroun. Le contrôle de l'Exécutif par le Législatif, longtemps perçu comme formel, prend progressivement une consistance nouvelle. Les questions orales ne sont plus de simples rituels elles deviennent des moments de pression politique réelle.
Pour les citoyens camerounais, l'enjeu est simple : ces débats dans l'hémicycle se traduiront-ils par des routes réparées, des marchés déblocages, des collectivités enfin autonomes ? La réponse appartient aux semaines et aux mois qui viennent.
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