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Et si Biya ne revenait pas ? Le Cameroun sans vice-président :: CAMEROON

La révision constitutionnelle camerounaise a créé le poste de vice-président pour sécuriser la succession mais le poste reste non pourvu, exposant le pays à un vide juridique critique à chaque déplacement du chef de l'État.

Et si l'avion ne revenait pas ?

La question est brutale. Elle est taboue. Et pourtant, elle occupe en silence les esprits de ceux qui connaissent les rouages du pouvoir camerounais.

Paul Biya est une nouvelle fois en Suisse. Ce déplacement, comme tous les autres, suit le protocole rodé d'une gouvernance habituée aux absences. Yaoundé attend. Le pays tourne au ralenti.

Mais cette fois, quelque chose a changé.

La Constitution révisée prévoit désormais un vice-président pour assurer la transition en cas de vacance du pouvoir. Sur le papier, le mécanisme de sécurité existe. Dans la réalité, le poste est vide. Pas de titulaire. Pas de décret. Pas de visage.

Si le pire survenait aujourd'hui qui prendrait le relais ?

Personne ne peut répondre clairement à cette question. Et c'est précisément là que réside le danger.

Vice-présidence non pourvue : le Cameroun face à son angle mort constitutionnel

Paul Biya est en déplacement en Suisse. Une fois encore. Le Cameroun observe, comme à son habitude, cette absence présidentielle avec ce mélange de résignation et d'anxiété contenue qui caractérise la vie politique nationale depuis des décennies.

Mais ce déplacement intervient dans un contexte juridique inédit et préoccupant.

Une réforme constitutionnelle à moitié appliquée

La révision constitutionnelle récemment adoptée a introduit dans le droit camerounais un mécanisme de succession longtemps attendu : la vice-présidence de la République. Selon les nouvelles dispositions, c'est le vice-président et non plus le président du Sénat comme le prévoyait l'ancienne configuration qui est constitutionnellement habilité à assurer l'intérim et la transition en cas de vacance du pouvoir, qu'il s'agisse d'un décès, d'une démission ou d'un empêchement définitif.

L'intention du législateur était claire : sécuriser la chaîne de commandement, désigner à l'avance un successeur légitime, et couper court aux guerres de succession qui ont historiquement fragilisé d'autres États africains dans des moments de vulnérabilité.

Problème fondamental : le décret de nomination du vice-président n'a toujours pas été signé.

La fonction existe dans la loi fondamentale. Elle n'existe nulle part ailleurs.

Un paradoxe juridique inédit

Ce décalage entre le texte constitutionnel révisé et la réalité politique crée ce que les juristes constitutionnalistes pourraient qualifier de paradoxe normatif : une disposition centrale de la loi fondamentale est techniquement inapplicable, faute d'acteur désigné pour l'incarner.

Si une vacance du pouvoir survenait aujourd'hui, deux scénarios se dessinent, aucun n'étant satisfaisant.

Le premier : revenir à l'ancienne formule et confier l'intérim au président du Sénat. Ce serait appliquer des dispositions constitutionnelles abrogées, au mépris de la loi fondamentale en vigueur. Un tel acte ouvrirait immédiatement la voie à des contestations juridiques et politiques d'une gravité extrême.

Le second : tenter d'appliquer les nouvelles dispositions constitutionnelles en désignant dans l'urgence un vice-président. Dans le contexte d'une vacance du pouvoir, une telle nomination par qui ? selon quel processus ? avec quelle légitimité ? serait contestée de toutes parts.

Dans les deux cas, le vide juridique ne serait pas comblé. Il serait seulement contourné. Et les contestations qui s'ensuivraient menaceraient directement la stabilité institutionnelle.

Quand la loi ne suffit plus, les rapports de force parlent

L'histoire politique africaine offre de nombreux exemples de ce que produit l'absence de mécanisme de succession clair au moment où il serait nécessaire. Ce ne sont pas les textes qui dictent alors la suite des événements ce sont les rapports de force entre clans, appareils sécuritaires, et ambitions personnelles.

Le Cameroun, fort de ses propres fragilités internes la crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les tensions sociales, les équilibres ethnorégionaux complexes ne peut se permettre d'ajouter à cela une incertitude constitutionnelle au sommet de l'État.

« On ne peut pas graver un mécanisme de secours aussi important dans la Constitution et le laisser indéfiniment à l'état de concept », résument sobrement les observateurs de la scène politique nationale.

Un retard qui n'en est peut-être pas un

Dans un régime aussi centralisé que le système camerounais, aucun "retard" n'est vraiment fortuit. Le non-pourvoi de la vice-présidence peut s'analyser comme une décision politique implicite maintenir la nomination comme variable d'ajustement, carte à jouer en temps voulu, instrument de contrôle des ambitions.

Cette logique est compréhensible du point de vue de la gestion du pouvoir à court terme. Elle est dangereuse du point de vue de la stabilité institutionnelle à long terme.

Car chaque jour qui passe sans nomination est un jour où le Cameroun reste exposé.

L'urgence de sécurité nationale

Compte tenu de la position stratégique du Cameroun en Afrique centrale pays pivot entre les zones sahélienne, équatoriale et côtière, acteur incontournable de la stabilité régionale les partenaires internationaux, les institutions financières et les organisations régionales ne peuvent pas ignorer ce vide.

La nomination du vice-président n'est plus une question de calendrier politique interne. Elle est une urgence de sécurité nationale.

La nouvelle Constitution doit cesser d'être une promesse théorique. Elle doit devenir une réalité pleinement appliquée. Le décret de nomination ne peut pas attendre indéfiniment. Le Cameroun mérite mieux qu'une architecture constitutionnelle à moitié construite.

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