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CAMEROUN :: Les salons, voitures et groupes électrogènes d'Abah Abah bientôt au plus offrant :: CAMEROON

L'État camerounais organise les 25, 26 et 27 juin 2026 une vente aux enchères publiques de biens saisis dans le cadre de l'opération Épervier une étape inédite qui marque le passage de la condamnation judiciaire à la liquidation effective des patrimoines.

Les voitures de luxe. Les groupes électrogènes de forte capacité. Les salons. Les salles à manger.

Tout cela sera vendu au plus offrant, les 25, 26 et 27 juin prochains, à la Maison du Parti de Bonanjo, en plein cœur de Douala.

Ce n'est pas une vente ordinaire. C'est l'État camerounais qui reprend ce qui lui appartient morceau par morceau, lot par lot, enchère après enchère.

Et derrière ces biens, un nom revient avec insistance : Polycarpe Abah Abah. Ancien ministre de l'Économie et des Finances. Ancien artisan du miracle fiscal camerounais. Aujourd'hui, l'homme dont les avoirs saisis s'apprêtent à changer de mains sous les coups de marteau d'un commissaire-priseur.

L'opération Épervier vient d'entrer dans une nouvelle ère.

L'État camerounais met en vente les biens saisis dans le cadre de l'opération Épervier

La Société de Recouvrement des Créances du Cameroun (SRC) a publié un communiqué officiel annonçant la tenue d'une vente aux enchères publiques les 25, 26 et 27 juin 2026 à la Maison du Parti de Bonanjo, à Douala. L'opération vise la liquidation de biens saisis appartenant à plusieurs débiteurs de l'État, dans le cadre des décisions rendues par le Tribunal criminel spécial et des procédures de recouvrement engagées depuis plusieurs années.

Parmi les lots annoncés : des véhicules de luxe, des groupes électrogènes de forte capacité, du mobilier haut de gamme, des équipements électroménagers et divers matériels de valeur. Des biens qui témoignent, silencieusement mais éloquemment, du train de vie de leurs anciens propriétaires.

Le nom qui revient : Polycarpe Abah Abah

Au cœur des spéculations figure le nom de Polycarpe Abah Abah, ancien ministre de l'Économie et des Finances, dont plusieurs biens saisis seraient concernés par cette opération. Son parcours reste l'un des plus saisissants de l'administration camerounaise contemporaine.

Cadre des Impôts formé à l'ESSEC de Paris, réformateur reconnu, il a marqué l'histoire fiscale du Cameroun d'une empreinte durable. Entre 1998 et 2004, à la tête de la Direction générale des Impôts, il supervise une progression spectaculaire des recettes fiscales du pays : de 250 à 750 milliards de francs CFA en six ans. 

Nommé ministre de l'Économie et des Finances en décembre 2004, il participe aux réformes ayant permis au Cameroun d'atteindre, en 2006, le point d'achèvement de l'Initiative PPTE un jalon historique qui a ouvert la voie à un allègement substantiel de la dette extérieure.

Puis, en 2008, la chute.

Une trajectoire brisée par l'opération Épervier

Son arrestation dans le cadre de l'opération Épervier marque un tournant brutal. Poursuivi dans plusieurs affaires de corruption et de détournement de deniers publics, il traverse une longue série de procédures judiciaires. Si certains dossiers ont abouti à des acquittements, plusieurs condamnations prononcées par le Tribunal criminel spécial sont venues alourdir son passif judiciaire au fil des années.

Aujourd'hui, c'est son patrimoine qui est sur la sellette.

Un signal politique fort

Au-delà du cas individuel, cette vente aux enchères envoie un message clair : les sanctions ne s'arrêtent plus à la condamnation. Elles atteignent désormais les biens. Concrètement, physiquement. Jusqu'au dernier salon, jusqu'au dernier véhicule.

Depuis son lancement en 2006, l'opération Épervier a conduit à l'arrestation de dizaines de hauts responsables camerounais. Elle a longtemps été critiquée pour son caractère perçu comme sélectif, ses lenteurs procédurales, et l'écart entre les montants présumés détournés et les sommes effectivement recouvrées.

La mise en vente publique des biens saisis représente une tentative de refermer cet écart. De matérialiser, en billets et en coups de marteau, ce que les jugements n'avaient pu que promettre sur le papier.

Qui pourra enchérir ?

L'opération, ouverte au public, se tient à la Maison du Parti de Bonanjo lieu symbolique, au cœur du quartier des affaires de Douala. Toute personne physique ou morale pourra, a priori, participer aux enchères. Les conditions exactes de participation n'ont pas encore été rendues publiques dans leur intégralité.

Cette ouverture au grand public constitue en elle-même un signal : l'État ne récupère pas discrètement. Il vend. Devant tout le monde. La transparence affichée est partie intégrante du message.

Et après ?

La question qui reste posée : cette opération sera-t-elle isolée, ou marque-t-elle le début d'un mouvement de recouvrement systématique des avoirs saisis dans tous les dossiers Épervier en cours ? Des dizaines d'autres anciens responsables ont fait l'objet de condamnations assorties de saisies. Leurs biens connaîtront-ils le même sort ?

La SRC n'a pas répondu à ces questions pour l'heure. Mais les dates sont fixées. Les marteaux sont prêts. Et Douala attend.

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