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CAMEROUN :: Faux enfants à charge : le gouvernement sort les griffes contre les fraudeurs :: CAMEROON

Face à une explosion de 55% des enfants déclarés en seulement 21 mois, le gouvernement camerounais engage une opération sans précédent pour débusquer les fraudes aux allocations familiales et récupérer les sommes indûment versées aux agents de la Fonction publique.

Ils s'appellent Paul, Marie ou Junior. Ils figurent dans les fichiers de l'État, ouvrent droit à des allocations familiales, font gonfler des bulletins de salaire depuis des mois, parfois des années. Sauf qu'ils n'existent peut-être pas.

Ou plus exactement : ils existent, mais pas là où on les déclare.

En 21 mois, le nombre d'enfants déclarés à charge dans la Fonction publique camerounaise a bondi de 55%. Un chiffre que le gouvernement juge impossible à expliquer par la seule démographie. Un chiffre qui sent la fraude.

Ce lundi à Yaoundé, l'État a décidé d'en finir.

L'État sonne l'alerte

Le signal était là depuis plusieurs trimestres, discret mais implacable dans les tableaux de bord du ministère des Finances : une courbe qui grimpe, régulière, anormale. En l'espace de vingt et un mois, le nombre d'enfants déclarés à charge par les agents de la Fonction publique camerounaise a augmenté de 55%.

Cinquante-cinq pour cent. En moins de deux ans.

Pour un gouvernement dont la masse salariale représente l'un des plus lourds postes budgétaires, l'anomalie ne pouvait plus être ignorée.

Ce lundi, réuni en séance inaugurale à Yaoundé, le Comité de pilotage de l'Opération d'Audit des Allocations Familiales baptisée AALFA a officiellement lancé ses travaux. Une initiative portée au plus haut niveau de l'exécutif, sous la présidence du ministre des Finances.

Ce que l'opération veut faire

La mission de l'AALFA est clairement définie : vérifier l'authenticité de chaque déclaration ouvrant droit aux allocations familiales versées aux agents de l'État. Chaque enfant déclaré à charge sera soumis à un contrôle rigoureux. Chaque dossier sera épluché.

L'objectif est quadruple :
- Débusquer et éliminer du fichier solde les enfants alignés frauduleusement.
- Assainir durablement le fichier de paie de l'État.
- Garantir l'équité entre tous les agents publics.
- Recouvrer les sommes indûment versées aux fraudeurs.

Le ministre des Finances a été sans ambiguïté lors de la cérémonie de lancement : "L'objectif est d'extirper du fichier solde tous les enfants alignés frauduleusement et de recouvrer les sommes indûment payées."

Un message direct, sans fioritures, adressé à l'ensemble des agents de l'État.

Comment fonctionne la fraude aux allocations ?

Dans la Fonction publique camerounaise, les allocations familiales constituent une composante du salaire. Plus un agent déclare d'enfants à charge, plus ses émoluments mensuels sont élevés. Le mécanisme, conçu pour soutenir les familles nombreuses, est devenu, pour certains, une opportunité de gonfler artificiellement leur rémunération.

Les procédés sont variés : déclaration d'enfants décédés toujours inscrits au fichier, enfants d'autres membres de la famille déclarés comme enfants biologiques, ou encore déclarations multiples du même enfant par deux agents différents.

Le résultat est le même : l'État paie pour des ayants droit fictifs, et les caisses publiques saignent silencieusement.

L'enjeu financier : des milliards en jeu

Si l'exécutif n'a pas encore communiqué de chiffre global sur les sommes en jeu, la tendance observée parle d'elle-même. Une hausse de 55% des déclarations en 21 mois, si elle est en partie frauduleuse, représente des dizaines voire des centaines de millions de francs CFA versés indûment chaque mois.

À l'échelle d'une année, et sur plusieurs années de pratique, le manque à gagner pour les finances publiques pourrait atteindre des montants significatifs. Le recouvrement des sommes indûment versées constitue donc un enjeu budgétaire autant qu'un enjeu de justice sociale.

Un signal fort envoyé à la Fonction publique

Au-delà des chiffres, l'opération AALFA envoie un message clair à l'ensemble du corps de la Fonction publique : l'ère de la permissivité est révolue.

Plusieurs observateurs des finances publiques camerounaises notent que cette initiative s'inscrit dans un effort plus global de rationalisation et d'assainissement de la masse salariale de l'État, un chantier récurrent mais souvent entravé par des résistances institutionnelles et administratives.

"C'est une opération de vérité", résume un expert en gouvernance financière sous couvert d'anonymat. "Elle permettra non seulement de récupérer des fonds, mais surtout d'envoyer un signal dissuasif pour l'avenir."

Ce qui attend les agents fraudeurs

Si les travaux de l'AALFA confirment les soupçons de l'exécutif, les agents reconnus coupables de fraudes pourraient faire face à plusieurs types de sanctions : radiation du fichier des éléments frauduleux, obligation de remboursement des sommes perçues indûment, et potentiellement des poursuites disciplinaires, voire judiciaires, selon la nature et l'ampleur des irrégularités constatées.

Le Comité de pilotage n'a pas encore précisé les modalités exactes du recouvrement ni le calendrier de l'opération. Ces détails devraient être communiqués au fil de l'avancement des travaux.

Un test pour la gouvernance camerounaise

L'opération AALFA sera observée de près, tant par les partenaires techniques et financiers du Cameroun que par la société civile et les syndicats de fonctionnaires. Son issue dira beaucoup sur la capacité réelle de l'État à se réformer de l'intérieur, à sanctionner ses propres agents et à protéger les ressources publiques face aux pratiques frauduleuses.

Une chose est certaine : la chasse aux enfants fantômes a officiellement commencé.

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