CAMEROUN :: Franck Biya vice-président : l'imposture constitutionnelle d'une succession dynastique :: CAMEROON
© Camer.be : La rédaction | 16 May 2026 12:04:45 | 3734Selon les dénonciations de l'Alliance pour la défense du bien public, les opérations attribuées au fils aîné du président camerounais représenteraient près de 100 milliards de FCFA captés sur les deniers publics. Un montant qui dépasse le budget annuel de plusieurs ministères.
Le vide d'un curriculum et le poids d'un nom
La loi n° 2026/002 autorise techniquement le président de la République à nommer un vice-président. Personne ne conteste ce fait textuel. Mais le droit de nommer ne saurait se confondre avec la légitimité du nommé. Franck Biya n'a jamais exercé la moindre fonction officielle au sein de l'administration camerounaise. Aucun poste ministériel, aucune direction d'établissement public, aucun mandat électif, aucune responsabilité de gestion de l'argent public. Son parcours est celui d'un opérateur économique privé dont la visibilité tient à sa filiation.
Le régime Biya avait pourtant motivé la révision constitutionnelle par la nécessité de garantir une succession automatique en cas de vacance du pouvoir. Le vice-président n'est donc pas un figurant protocolaire. Il est, en droit, le successeur constitutionnel. Or demander aux Camerounais d'accepter un successeur d'État potentiel sans aucune expérience de la chose publique, c'est troquer la continuité de l'État contre la continuité d'une famille.
L'affaire des OTZ : un délit d'initié à grande échelle
L'absence de compétence n'est pourtant pas le seul problème. Le parcours d'homme d'affaires de Franck Biya comporte un dossier documenté et jamais jugé : l'affaire des Obligations du Trésor à coupon zéro. En 2006, par le biais de sa société Afrione, Franck Emmanuel Biya aurait acquis 9 400 obligations du Trésor camerounais. L'opération s'est déroulée dans le cadre de la titrisation de la dette de l'État vis-à-vis de la CAMTEL et de la CNPS.
Le mécanisme correspond à un délit d'initié à grande échelle. Selon les sources concordantes d'Afrique Intelligence, Franck Biya a joué de ses appuis au sein de l'appareil d'État pour acquérir ces obligations en dessous de leur valeur de marché. La Caisse autonome d'amortissement lui a ensuite racheté ces titres à leur valeur à maturité en 2017. La différence est édifiante : 9,4 milliards de FCFA payés contre 17,4 milliards perçus. Soit une ponction d'environ 14 milliards sur le Trésor public.
La question posée par le député Jean Michel Nintcheu à l'Assemblée nationale reste sans réponse. Si la Trésorerie disposait des liquidités pour payer Franck Biya par anticipation, pourquoi ne pas avoir versé directement ces 17,4 milliards à la CAMTEL, déjà en proie à d'énormes difficultés financières ?
Le silence comme système de défense
La dimension internationale de l'affaire ajoute un niveau d'incrimination supplémentaire. L'association One Cameroon Movement a déposé une requête auprès de l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière en France. L'organisation accuse Franck Emmanuel Biya de posséder illégalement sur le territoire français plusieurs biens immobiliers de grande valeur ainsi que des véhicules de luxe acquis à Monaco pour un montant approchant deux millions d'euros l'unité.
Face à l'accumulation de ces accusations précises, la réponse de Franck Biya a été le silence. Ni Franck Biya, ni les dirigeants de CAMTEL, ni ceux de la Caisse autonome d'amortissement n'ont réagi publiquement. Ce mutisme systématique ne relève pas de la discrétion. Il s'agit d'impunité structurelle assumée, protégée par la puissance paternelle.
Une République ne se transmet pas
La thèse des défenseurs de cette nomination repose sur une triple confusion. Entre légalité formelle et légitimité républicaine d'abord. Entre discrétion et compétence ensuite. Entre continuité dynastique et stabilité républicaine enfin.
L'impact à court terme est prévisible. Dans les six à douze mois, cette nomination fragilisera davantage la crédibilité des institutions camerounaises auprès des partenaires internationaux. Les bailleurs de fonds, déjà attentifs aux questions de gouvernance, durciront leurs conditions. À long terme, sur trois à cinq ans, c'est le principe même de l'État de droit qui s'érode. La normalisation de la succession héréditaire ferme définitivement l'espace politique camerounais.
Un État de droit ne nomme pas à sa tête potentielle un homme dont le seul titre est d'être fils de président. Le Cameroun n'est pas un patrimoine. Il est une République. Et une République ne se transmet pas : elle se mérite. La question qui engage l'avenir est désormais simple : jusqu'à quand le droit formel continuera-t-il à masquer l'absence de toute légitimité républicaine ?
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