FRANCE :: NATOU PEDRO SAKOMBI PROPOSE DE DECOLONISER LA PENSEE EN RELISANT LA PHILOSOPHIE UNIVERSELLE
© AFRIKSURSEINE : Ecrivain et Romancier Calvin DJOUARI | 02 May 2026 11:09:09 | 908Le livre écrit par Natou Pedro Sakombi s’inscrit dans une démarche intellectuelle à la fois engagée et réflexive, où l’admiration pour une œuvre se double d’une volonté de questionner les cadres établis du savoir. À travers la lecture de Socrates and Òrúnmìlà, l’autrice restitue non seulement un contenu mais surtout elle amorce un déplacement du regard, invitant le lecteur à reconsidérer ce qui a longtemps été admis comme évidence dans l’histoire de la philosophie. Dès les premières lignes, une tension féconde s’installe entre curiosité et remise en question.
Le choix de rapprocher Socrate et Òrúnmìlà agit comme un levier critique qui fissure les hiérarchies implicites entre traditions de pensée. L’écriture adopte un ton accessible, presque conversationnel, mais derrière cette apparente simplicité se déploie une interrogation profonde sur la légitimité des savoirs. L’usage récurrent de la question rhétorique n’est pas anodin, il construit une complicité avec le lecteur tout en l’obligeant à sortir d’une posture passive.
La force de ce livre réside dans sa capacité à rendre visible ce qui a été historiquement relégué à la périphérie. En mettant en parallèle deux figures que tout semble opposer dans l’imaginaire académique, l’autrice déconstruit subtilement l’idée selon laquelle la philosophie serait indissociable de l’écriture. La démonstration s’appuie sur une analogie frappante, celle d’un Socrate lui-même privé d’œuvre écrite, dont la pensée n’a survécu que par la médiation d’autrui. Ce rapprochement opère comme une mise en abyme qui fragilise les critères traditionnels de reconnaissance philosophique. Sur le plan linguistique, ses pensées privilégient une écriture fluide, marquée par une oralité assumée qui fait écho à son propos. Cette cohérence entre le fond et la forme renforce la portée du discours. Loin d’un jargon académique, le choix d’un vocabulaire simple mais précis permet d’élargir l’accès à une réflexion pourtant exigeante.
Cette stratégie discursive participe à une forme de démocratisation du savoir, en accord avec l’esprit même de la pensée qu’elle défend. L’opposition entre pensée occidentale et pensée yoruba est introduite avec prudence, évitant le piège d’un affrontement caricatural. Il ne s’agit pas ici de substituer une hégémonie à une autre, mais de proposer une lecture en termes de complémentarité. Cette nuance constitue l’un des apports les plus intéressants du texte. Là où la tradition occidentale est présentée comme structurée par la dichotomie, la pensée yoruba apparaît comme un espace de cohabitation des contraires. Cette différence est analysée non comme une hiérarchie, mais comme une divergence de logique, ouvrant ainsi la voie à une pluralité des rationalités. La critique du regard eurocentré traverse l’ensemble de la chronique sans jamais sombrer dans l’invective. Elle se déploie plutôt comme une mise en lumière progressive des mécanismes d’exclusion qui ont façonné le récit philosophique dominant.
En cela, sa pensée rejoint les préoccupations de Sophie Bósèdé Olúwolé, dont le travail vise précisément à réinscrire les traditions africaines dans l’histoire mondiale des idées. L’autrice parvient à traduire cette ambition sans alourdir son propos, en maintenant un équilibre entre explication et réflexion. Ce qui se joue en filigrane, c’est une redéfinition de la philosophie elle-même. Le livre suggère que philosopher ne relève pas d’un cadre formel ou d’un support particulier, mais d’une disposition humaine à interroger le monde. Cette idée, bien que formulée avec simplicité, porte une charge critique importante. Elle invite à repenser les critères de légitimité intellectuelle et à reconnaître la richesse de traditions longtemps marginalisées. De toute façon c’est un ouvrage qui s’ouvre sur une perspective à la fois lucide et porteuse d’espoir.
L’idée d’un oubli construit mais réversible confère au texte une dimension presque politique, au sens noble du terme. Il ne s’agit plus seulement de constater une absence, mais d’envisager les conditions de sa réparation. Le regret exprimé quant à l’absence de traduction française prolonge cette réflexion en soulignant les enjeux de diffusion du savoir. Ainsi, cette chronique se distingue par sa capacité à conjuguer clarté, engagement et profondeur. Elle ne prétend pas épuiser le sujet, mais elle en révèle les lignes de force avec justesse. En redonnant voix à des traditions souvent réduites au silence, elle participe à un élargissement du champ philosophique et rappelle que la pensée ne se limite jamais aux frontières que l’histoire lui impose.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
:: NATOU PEDRO SAKOMBI PROPOSE DE DECOLONISER LA PENSEE EN RELISANT LA PHILOSOPHIE UNIVERSELLE
:: Portrait: Quand survivre devient une mission : la voix d’Annick Fotsi
:: Les membres du Café Bilingue du Cameroun échangent autour de "Things Fall Apart" de Chinua Achebe
:: Tata Lolo, du récit de survie à la renaissance publique
:: Maman Dédée réveille le subconscient des parents sur la nécessité de prier pour leurs progénitures.
LE DéBAT
Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun? :: AFRICA
AFRIQUE :: Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ? :: AFRICA
AFRIQUE :: Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe? :: AFRICA
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ? :: AFRICA
Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
CAMEROUN :: La problématique du changement de nom en droit comparé :: CAMEROON
Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun :: CAMEROON
L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain :: CAMEROON
Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun :: CAMEROON
CAMEROUN :: La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé :: CAMEROON
partenaire
Vidéo de la semaine
Dr Christian TCHAM entretien après la conférence de presse à Paris
Dr Christian Tcham à propos de Mesitraining
MBOU MBOU EMILE ancien Lion Indomptable...l'entretien avec Sopieprod
Christophe TAPA DE LA CCFNA dévoile les contours d'un événement fédérateur
PIERRE LECHANTRE en entretien avec Hilaire SOPIE
Vidéo
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
Valsero rend hommage à Anicet Ekanè et analyse le peuple camerounais à Bruxelles
Marianne Ekanè interpelle Nathalie Yamb
Issa Tchiroma se proclame vainqueur et propose une transition pacifique
Fadimatou Iyawa à Bruxelles : sa colère contre la BAS et son déni de nationalité
il y a une semaine
FRANCE :: À Massy-Palaiseau, la vie de Brigitte TCHAMBA célébrée comme un héritage
FRANCE :: Sarcelles en effervescence : la culture Bamendjou s’invite en majesté à Paris
Révision constitutionnelle: Débat autour des articles 2 alinéa 2 et 64 de la constitution du Cameroun :: CAMEROON
CAMEROUN :: Afrique centrale : Après 20 ans de retard, la CEMAC bascule vers le recensement 100% numérique :: CAMEROON
CAMEROUN :: CAMIFF 2026 : UNE CÉLÉBRATION DU CINÉMA ET DE L'ÉLÉGANCE AFRICAINE :: CAMEROON
il y a un mois
CAMEROUN :: Jacques Bertrand Mang arrêté à Douala : quand le silence d'un peuple devient sa propre condamnation :: CAMEROON
AFRIQUE :: CAF : gouvernance africaine en crise, le cas Eto'o révèle les fractures du football continental
CAMEROUN :: Biya Verrouille Son Armée Avant de Toucher à la Constitution :: CAMEROON
Constitution camerounaise 2026 : un régime hybride qui trahit l'héritage Owona :: CAMEROON
CAMEROUN :: Bonabéri : nudisme nocturne d’un bailleur, scandale révélateur et risques pénaux :: CAMEROON
il y a un an