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FRANCE :: LE ROI NGUILA, CALVIN DJOUARI RACONTE LA GENESE D’UN LIVRE CONSACRE A UN HEROS DE L’HISTOIRE VUTE

A travers sa nouvelle publication  « Le Roi Nguila, l’Âme enracinée », l’écrivain  calvin Djouari  propose  à ses lecteurs un voyage au cœur de l’histoire, de la mémoire et de l’identité du peuple Vuté. Entre traditions orales, faits historiques et souffle romanesque, il redonne vie à une figure royale dont le destin éclaire une part méconnue du patrimoine camerounais. Dans cette interview, il revient sur les motivations qui ont guidé son œuvre, retrace le parcours du Roi Nguila, évoque la résistance de son peuple face aux envahisseurs et défend la richesse d’une civilisation longtemps transmise par la parole. Un entretien passionnant qui interroge la mémoire, le leadership et la place des héros africains dans le récit de l’histoire nationale.

 

Pourquoi avoir consacré un livre au roi Nguila ?

Ce livre lui est consacré parce que le Roi Nguila est une figure majeure de l’histoire du peuple Vuté et, plus largement, de l’histoire du Cameroun. Pourtant, son nom demeure peu connu du grand public. À travers cet ouvrage, j’ai voulu redonner une voix à un souverain dont le courage, l’autorité traditionnelle et le sens de la stratégie ont marqué son époque. Ce livre est aussi une manière de transmettre une mémoire longtemps portée par la tradition orale. Le Roi Nguila, l’Âme enracinée est avant tout une œuvre littéraire inspirée de l’histoire. Elle s’appuie sur des traditions orales, des faits historiques, tout en laissant une place à l’imagination. Mon objectif n’était pas d’écrire un manuel d’histoire, mais de faire revivre une époque et de donner une voix aux silences de la mémoire.

Qui était réellement le roi Nguila ?

Nguila n’était pas un simple chef de village comme certaines représentations l’ont laissé croire. Il dirigeait un royaume structuré dont l’influence s’étendait de Ndoumba, aujourd’hui Nguila, jusqu’à Tibati. C’était un roi stratège, diplomate et guerrier, capable de fédérer les siens tout en protégeant son territoire face aux menaces extérieures. Aidé par son frère Nguté, dont la légende nous fait connaitre qu’ils étaient des enfants issus de deux frères jumeaux, il a organisé la défense de son territoire  comme un grand stratège moderne et a réussi à maintenir une terre qui était assez convoité ;  il fut un roi craint qui s’est imposé comme un chef charismatique et très vénéré. il  a participé à la défense de son peuple face aux offensives des Foulbés, puis à l’arrivée de la puissance coloniale allemande. Toujours avec  son frère Nguté que vous voyez en couverture, il a organisé la résistance, préservé l’autonomie de son royaume et défendu les valeurs de son peuple. Son histoire rappelle que les sociétés africaines possédaient déjà leurs propres institutions politiques et militaires avant la colonisation.

Le livre s’ouvre sur une allégorie : dans une communauté villageoise, les hommes s’affairent et les passants s’arrêtent pour comprendre ce qui se passe. Soudain apparaît un homme, somptueusement vêtu : c’est la sortie matinale du roi. À son passage, toute la foule s’immobilise. Un silence solennel semble envahir l’espace, au point que l’on a l’impression que même le vent suit la direction de son regard. Les femmes se couchent sur son chemin afin qu’il marche sur elles, tandis qu’un proche du souverain adresse à la foule un discours qui glorifie le roi et l’encourage à poursuivre sa marche. Comment expliquer une telle vénération envers un chef au siècle dernier ?

Le roi Nguila était un chef d’une haute stature, il avait une prestance  recherchée et, selon les sources orales, il était doté d’une éloquence hors du commun. En utilisant la langue maternelle, c’est-à-dire le Vuté, il savait trouver les mots et les arguments pour diriger ses troupes et se faire respecter par ses sujets, qui, d’ailleurs, le vénéraient presque comme un dieu. Il possédait un magnétisme comparable à celui des grands seigneurs grecs. C’est ce magnétisme qui, encore aujourd’hui, nous pousse à écrire sur lui. La scène que vous évoquez met en lumière les mécanismes de la sacralisation du pouvoir et permet de comprendre la vénération quasi religieuse que l’on vouait à nos chefs au siècle dernier. Oui, effectivement, le livre commence par une allégorie qui ouvre le récit et met en scène un chef dont la présence impose une autorité traditionnelle, voire politique à cette époque, mais qui relève aussi du sacré.

Dans nos villages, dès son apparition, le roi exerce une véritable fascination collective. Les personnes présentes interrompent leurs activités, les passants s’immobilisent, le silence envahit l’espace et même la nature semble se soumettre à sa volonté. Ces procédés d’écriture, fondés sur l’hyperbole et la personnification, construisent une image presque divine du souverain. Les femmes qui se couchent sur son passage incarnent l’effacement total de l’individu devant le pouvoir, tandis que le discours d’un proche du roi agit comme une célébration officielle destinée à entretenir cette admiration. Tout cela traduit une conception sacrée de la royauté et du pouvoir. Le chef est perçu comme un être exceptionnel, investi d’une mission qui le place au-dessus du commun des mortels. C’est pourquoi un véritable culte de la personnalité se développe autour de lui. À travers les cérémonies auxquelles vous faites allusion, c’est-à-dire les discours, les symboles et la mise en scène de la puissance, on cherche à faire du dirigeant une figure incontestable, suscitant à la fois l’admiration et la crainte. Et lorsqu’un chef bénéficie de l’amour et de la confiance de son peuple, il ne peut naturellement que prendre les devants lorsque surviennent les périodes de danger.

Justement, puisque vous évoquez la bataille de Voudoun, vous expliquez qu’au moment où la troupe se prépare à affronter les envahisseurs, le chef demande soudain d’attendre. Il prend ensuite lui-même la tête du peloton et ordonne à ses hommes d’avancer. Le chef Nguila a-t-il réellement agi de cette manière ?

Oui, tout à fait. Voundou faisait partie intégrante du village de Ndoumba. C’était un peu comme une base militaire, mais aussi un lieu très stratégique pour le peuple. Quand Voundou a été envahie, le chef a voulu prendre lui-même les devants. Il faut comprendre que Voundou, c’était un peu la capitale du peuple, sa mamelle nourricière. C’était aussi un lieu où se trouvaient les meilleures femmes voutées, des femmes réputées pour leur beauté, mais aussi pour leur courage et leur travail. Voundou constituait donc une véritable arrière-garde qu’il fallait absolument défendre et reprendre rapidement. Le chef ne voulait pas que l’occupation dure trop longtemps, parce qu’il savait que plus les envahisseurs s’y installeraient, plus il serait difficile de reconquérir la ville. C’est pour cela qu’il a demandé à son armée d’attendre, puis il a pris lui-même la tête des opérations. Et finalement, après une nuit entière de bataille, Voundou est tombée.

Dans le chapitre 10, vous affirmez qu’il a existé une véritable civilisation voutée au cours de l’histoire. N’est-ce pas une affirmation un peu audacieuse ? Sur quelles sources vous appuyez-vous pour avancer cette idée ?

Oui, je comprends que l’affirmation puisse paraître audacieuse, mais je ne pense pas qu’elle le soit si l’on s’arrête d’abord sur la définition du mot « civilisation ». Une civilisation, ce n’est pas uniquement une grande ville, des monuments en pierre ou une écriture. C’est aussi une organisation humaine, sociale, politique et culturelle qui permet à une communauté de vivre, de se structurer, de se défendre et de transmettre son histoire au fil du temps. A partir de cette définition, peut-on réellement dire qu’il n’y a jamais eu de civilisation voutée ? Lorsque des hommes sont capables de mener des batailles pour défendre de vastes territoires, de creuser des tranchées et de mettre en place des stratégies militaires, cela montre déjà un certain niveau d’organisation. Lorsqu’un peuple cherche à délimiter son territoire, à établir des frontières et à connaître les limites de son espace de vie, cela témoigne également d’une organisation politique et territoriale.

Il faut aussi prendre en compte la manière dont une communauté s’organise et développe une véritable culture de la vie. Un peuple qui prend soin de ses membres, qui protège les plus faibles, qui se mobilise autour d’un blessé et qui transmet ses savoirs possède déjà des éléments fondamentaux d’une civilisation. Je prends souvent l’exemple d’un fémur qui aurait été recollé il y a plus de quatre cents ans et qui est conservé dans une des  chefferies Vuté. Cet élément est particulièrement intéressant. Lorsqu’une personne souffre d’une fracture grave, elle peut être immobilisée et devenir totalement dépendante des autres. Dans certaines sociétés, un blessé pouvait être abandonné, car on considérait qu’il ne pouvait plus survivre ou être utile à la communauté. Mais lorsqu’on retrouve un os qui a été recollé et qui a permis à une personne de survivre, cela signifie nécessairement qu’il y a eu une intervention humaine. Il a fallu observer la blessure, comprendre qu’il fallait maintenir l’os, immobiliser le membre et probablement mobiliser plusieurs personnes autour du blessé. Cela témoigne d’un savoir, d’une pratique et d’une forme de médecine traditionnelle. On ne peut donc pas simplement regarder l’histoire des peuples africains avec les critères des civilisations européennes. L’absence de grands monuments en pierre ou de documents écrits ne signifie pas l’absence de civilisation.

Certaines civilisations ont laissé leur histoire dans les traditions orales, dans l’organisation des chefferies, dans les pratiques médicales, dans les techniques de guerre, dans la gestion des territoires et dans les objets transmis de génération en génération. Regardez vous-même comment les Vutés sont éparpillés à travers le Cameroun et en Afrique. N’oubliez pas que chaque fois qu’un peuple est envahi sa langue disparait, c’est le cas des Vutés restés au Soudan Occidental je veux dire l’Afrique de l’ouest et au Soudan oriental notamment au sud soudan. La civilisation Vuté doit donc être étudiée à partir de l’ensemble de ces éléments.

Un peuple qui a su s’organiser, défendre son territoire, mener des guerres, résister aux attaques, préserver une identité et une culture sur plusieurs siècles, et développer des pratiques permettant de prendre soin des blessés, possède des caractéristiques qui correspondent pleinement à une forme de civilisation. Je ne prétends pas dire que la civilisation Vuté doit être comparée exactement aux civilisations égyptienne, grecque ou romaine. Chaque peuple développe sa propre forme de civilisation, selon son histoire, son environnement et ses propres moyens. Mais lorsque l’on observe l’ensemble de ces éléments, il me paraît tout à fait légitime de parler d’une civilisation Vuté dans l’histoire. La question n’est donc pas seulement de savoir si les Vutés ont construit de grandes cités en pierre. Il faut aussi se demander comment ils se sont organisés, comment ils ont défendu leurs terres, comment ils ont soigné leurs blessés, comment ils ont transmis leur culture et comment ils ont réussi à résister au temps et aux différentes attaques. C’est à travers l’ensemble de ces éléments que l’on peut commencer à comprendre et à reconnaître l’existence d’une civilisation.

 Pourquoi l’identité Vuté est-elle si importante dans votre ouvrage ?

Parce qu’une identité ne se résume pas à une langue ou à un territoire. Elle repose aussi sur une mémoire, des valeurs, une manière de vivre ensemble et une transmission entre les générations. En racontant Nguila, je raconte également l’âme du peuple Vuté : son humanisme, son sens de l’honneur, son courage et son profond attachement à la terre de ses ancêtres. Les Vutés comptent parmi les anciens peuples du Cameroun. Leur histoire est intimement liée à celle de l’Adamaoua et des régions voisines. Ils ont participé aux grands mouvements de population en Afrique centrale, développé une organisation politique solide et entretenu une riche tradition culturelle. Leur contribution mérite d’être mieux connue et pleinement intégrée au récit national.

Vous évoquez les origines égyptiennes des Vutés. Quelle est votre démarche ?

Je distingue toujours ce qui relève de la tradition orale de ce qui est établi par la recherche historique. Les traditions Vuté évoquent une origine ancienne liée à l’Égypte et aux grandes migrations africaines. Ces récits font partie de la mémoire collective. Mon rôle d’écrivain est de les transmettre avec respect, tout en précisant que certaines hypothèses restent débattues par les historiens, les archéologues et les linguistes. Connaître ses racines ne signifie pas vivre dans le passé, mais construire l’avenir avec davantage de confiance. Les héros africains existent. Ils méritent d’être connus, étudiés et transmis aux générations futures.

Quelle est la portée littéraire de Le Roi Nguila, l’Âme enracinée ?

Ce livre est à la croisée de plusieurs genres : le roman historique, le récit mémoriel et l’essai culturel. J’y associe les exigences de la recherche, la richesse de la tradition orale et la puissance de l’imaginaire. Mon ambition est de faire revivre une époque tout en offrant au lecteur une réflexion sur la mémoire, l’identité et la transmission parce que le roi Nguila incarne des valeurs universelles : le courage, la responsabilité, la fidélité à son peuple, le sens du devoir et la capacité de résister face aux épreuves. Dans un monde en quête de repères, son parcours rappelle que le véritable leadership repose sur le service, la vision et l’engagement envers la communauté. Ce livre ne s’adresse pas seulement aux seuls Vutés, c’est un voyage au cœur de la mémoire africaine. Il invite à découvrir un roi méconnu, un peuple riche de son histoire et une civilisation qui continue de vivre à travers ses traditions. En refermant cet ouvrage, le lecteur comprendra que l’histoire des Vutés est aussi une partie de l’histoire du Cameroun et de l’Afrique tout entière.

Où trouver le livre ?

Le livre peut être achetez à la FENAC ou  commandé en ligne sur Amazon la livraison se fait en 48h.

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