CAMEROUN :: Donald Trump face à son Vietnam invisible :: CAMEROON
© Correspondance : Cyrille Tchamba | 17 Apr 2026 09:15:42 | 1481Il y a des guerres que l’on gagne avec des chars. Et d’autres que l’on perd avec des idées.
Le monde regarde aujourd’hui le face-à-face tendu entre les États-Unis, Israël et l’Iran avec les vieux réflexes du XXe siècle : puissance de feu, supériorité technologique, domination militaire. Une grille de lecture rassurante. Mais fausse.
Car la guerre a changé. Et le gouvernement de Donald Trump, paradoxalement, semble parfois être le dernier à l’avoir compris.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, les conflits ne se gagnent plus seulement sur le terrain. Ils se gagnent dans les têtes. Le Troisième Reich l’avait compris en instrumentalisant le réel. Dès 1925, Adolf Hitler, dans Mein Kampf, pose les bases idéologiques d’un récit structurant, dont les conséquences seront tragiques.
Le Génocide des Tutsi au Rwanda l’a, à son tour, confirmé, notamment à travers le rôle de la Radio-Télévision Libre des Mille Collines.
La guerre moderne est narrative avant d’être militaire. Et dans cette guerre-là, les rapports de force sont moins évidents.
Soyons lucides : sur le plan strictement militaire, l’Iran ne pèse pas face aux États-Unis. Aucun État aujourd’hui ne peut rivaliser frontalement avec la machine américaine. C’est un fait. Vérifiable. Documenté.
Mais ce n’est plus là que se joue l’essentiel. L’Iran ne cherche pas à gagner une guerre. Il cherche à ne pas la perdre et surtout, à montrer qu’il ne la perd pas. Nuance fondamentale.
Dans un monde fragmenté, saturé d’images et de récits, tenir tête suffit parfois à exister. Et exister, c’est déjà fissurer l’ordre établi.
À Maroua, cela nourrit une lecture anti-impérialiste. À Varsovie, cela alimente l’inquiétude stratégique. Dans les salles de marché, cela fait trembler les prix du baril, avec en toile de fond le détroit d’Ormuz, artère vitale du pétrole mondial.
Autrement dit : le champ de bataille n’est plus géographique. Il est psychologique, économique, symbolique.
Et c’est précisément là que le bât blesse. Car la puissance américaine ne repose pas uniquement sur ses porte-avions. Elle repose sur une architecture : le droit international, les institutions, les règles du jeu — celles-là mêmes incarnées, imparfaitement, par l’Organisation des Nations unies.
Un système que Washington a contribué à bâtir. Et qu’il fragilise chaque fois qu’il choisit de s’en affranchir. C’est ici que l’histoire devient ironique.
Lors de la guerre du Vietnam, l’Amérique n’a pas été battue militairement. Elle a été battue politiquement, moralement, symboliquement. Elle a perdu la guerre du récit.
Et c’est exactement ce risque qui réapparaît aujourd’hui.
Non pas une défaite militaire, improbable. Mais une érosion lente, méthodique, presque invisible : celle de la légitimité.
Car dans un monde globalisé, interdépendant, où les flux énergétiques, financiers et informationnels s’entremêlent, la puissance brute ne suffit plus. Elle peut même devenir contre-productive si elle n’est pas adossée à une cohérence politique. C’est là que le problème devient sérieux.
Lorsque la première puissance mondiale donne le sentiment de naviguer à vue, de réduire la complexité du monde à des réflexes primaires, elle ouvre un espace. Et dans cet espace, d’autres s’engouffrent, non pas pour dominer, mais pour contester. L’Iran a parfaitement compris cela.
Il ne gagnera probablement jamais une guerre contre les États-Unis. Mais il peut contribuer à installer une idée bien plus dangereuse : celle que l’Amérique n’est plus intouchable. Pire encore, qu’elle n’est plus forcément légitime.
Et dans l’ordre international, la perte de légitimité est toujours le début du déclin. Il faut donc poser la question, froidement, sans posture : les États-Unis sont-ils en train de reproduire, à une autre échelle, une erreur stratégique déjà commise ?
Si tel est le cas, alors oui : l’Iran pourrait devenir, non pas le Vietnam militaire de l’Amérique, mais son Vietnam mental. Et celui-là est toujours le plus difficile à quitter.
Cette mutation profonde des conflits n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une transformation plus large des rapports de force contemporains — une problématique que j’explore en détail dans mon ouvrage Ni messies, ni miracles : l’Afrique face à la guerre de 4e génération, publié aux éditions Le Schabel, où j’analyse précisément comment ces nouvelles formes de confrontation redéfinissent les marges de manœuvre, notamment pour les États africains.
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