Cameroun - Vice-présidence, code électoral, les réformes qui défient la promesse Biya
© Camer.be : Paul Moutila | 09 Mar 2026 10:16:35 | 2764Etoudi osera-t-il ? La question taraude les observateurs alors que s'ouvre ce mois de mars la session parlementaire ordinaire à l'Assemblée nationale du Cameroun. Au cœur des débats, une série de textes réformateurs qui pourraient redessiner les contours de l'État. Mais un paradoxe saute aux yeux : comment concilier ces chantiers institutionnels avec le discours de renouveau centré sur la jeunesse et les femmes ?
Une session parlementaire sous haute tension
La session parlementaire de mars marque le vrai départ de l'année législative 2026. Les députés vont examiner plusieurs projets structurants. Parmi eux, la possible création d'un poste de vice-président de la république, une refonte du code électoral et une reconfiguration administrative de l'État. Ces dossiers, qualifiés de "réformateurs" par les observateurs, étaient attendus. Mais leur calendrier interroge.
Le paradoxe de la promesse présidentielle
Pourquoi ces textes créent-ils un malaise ? Parce que le chef de l'État contesté, fraîchement réélu, a placé son nouveau mandat sous le signe de la valorisation de la jeunesse et du genre féminin. C'était l'engagement fort. Or, les réformes qui arrivent sur le bureau des députés semblent appartenir à un autre registre, celui du verrouillage institutionnel et du partage des hautes responsabilités. Le décalage entre le discours et l'agenda parlementaire est flagrant.
Que contiennent réellement ces textes ?
Derrière l'expression "textes réformateurs" se cache un programme lourd. L'institution du poste de vice-président de la république est une idée ancienne, régulièrement évoquée sans jamais aboutir. Elle poserait la question de la succession et de l'équilibre des pouvoirs. La réforme du code électoral, elle, pourrait modifier les règles du jeu pour les scrutins à venir. Enfin, la reconfiguration administrative laisse présager un redécoupage territorial ou une redistribution des compétences entre l'État central et ses démembrements.
Le RDPC face à ses propres contradictions
Le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc), parti au pouvoir, se trouve en première ligne. La question qui agite les couloirs de l'Assemblée est simple : le groupe parlementaire va-t-il investir ces textes ? Va-t-il oser les porter alors même qu'ils semblent en rupture avec le cap affiché par le président réélu sur la jeunesse et les femmes ? Le silence d'Etoudi sur le sujet ajoute au mystère. Les députés devront choisir entre la loyaué partisane et la cohérence politique.
Les enjeux d'une session décisive
À court terme, l'adoption de ces réformes enverrait un signal fort. Celui d'un exécutif qui verrouille son architecture pendant que le pays attend des mesures concrètes pour l'emploi des jeunes ou la place des femmes. À long terme, l'impact serait bien plus profond. La création d'une vice-présidence modifierait la nature du régime. Un nouveau code électoral pourrait fragiliser ou renforcer l'opposition. La reconfiguration administrative, elle, redessinerait la carte des influences locales.
Au-delà des textes, c'est bien la parole présidentielle qui est en jeu. Peut-on placer un mandat sous le signe du renouveau générationnel tout en consacrant l'essentiel de l'énergie législative à des réformes institutionnelles majeures ?
Alors que les députés prennent leurs marques, une interrogation demeure : ces réformes sont-elles la clé d'un avenir plus stable, ou le symptôme d'une incapacité à céder la place à la nouvelle génération ?
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